06/29/2017
Jours 59 à 65 (19 juin au 25 juin) : De Lone Pine à Independence/Bishop.
Jours 59 et 60 - On reprend les chemins de notre trail en milieu d'après-midi. Cette section s'annonce intense : on a plusieurs grosses rivières à traverser, un col à passer et on prévoit de faire une journée extra pour monter Mt Whitney, la plus haute montagne des États-Unis (hormis Alaska), dont la trail passe juste à côté de la PCT. Sans compter aussi qu'il y a encore beaucoup de neige sur le sentier qui risque de ralentir notre rythme. On transporte donc 6 jours de nourriture avec nous et nos sacs semblent peser un âne mort. On se rend rapidement compte de la teneur de cette "année à neige" : on doit régulièrement monter des gros amas de neige, le terrain est souvent détrempé, les rivières peuvent être très hautes et la trail est régulièrement difficile à trouver, ce qui nous ralentit. Mais les paysages sont magnifiques et les couleurs du soir aussi.
Jour 61- Lever à 3h30 pour notre ascension du Mont Whitney. Le chemin jusqu'au sommet semble incroyablement long, et surtout extrêmement éprouvant. Entre la longue section sur la neige, les passages où le sentier est coupé et il faut donc grimper à travers les cailloux et le dénivelé important, on a l'impression que plus on avance et plus le sommet s'éloigne de nous. Après 8 heures de marche et 10 heures depuis notre dernier repas, épuisées, nous arrivons enfin en haut du plus haut sommet des États-Unis, à 4 421 mètres, d'où nous attend une vue à 360° sur la chaîne de la Haute Sierra -- et d'où aussi on célèbre, entre autres, le Hikers' Naked Day / la Journées des Randonneurs Nus !
Jours 62 et 63 - Un autre type de challenge nous attend aujourd'hui. Nous avons trois rivières à fort courant à passer. Si la première se passe bien, en arrivant à la deuxième, on a beau monter et descendre le long de la rivière, le courant est extrêmement fort. La rivière est impassable à cause de la fonte de neige de l'après-midi. On décide d'attendre le lendemain matin, quand le niveau de l'eau aura baissé. Si on sent toujours qu'on ne peut pas traverser, on fera demi-tour. Le lendemain matin, terriblement anxieuses à l'idée de traverser, on passe deux heures dans la tente à se demander si ça vaut le coup de prendre tant de risques et d'avoir la boule au ventre juste pour faire chaque km de la trail. On décide malgré tout de compter l'une sur l'autre et de finir notre section, sans revenir en arrière.
On entame la traversée de la rivière mais dans un endroit plus profond qu'anticipé. Ju passe la première et commence à être emportée par le courant, rattrapée heureusement ensuite par Cam. On descend un peu plus loin et on traverse chacune notre tour, Ju en premier, prête à rattraper Cam de l'autre côté. Peu de temps après, on aperçoit un couple dont la femme est en très grande difficulté pour traverser. Son mari est de notre côté, mais elle est tombée et a été emportée par le courant et maintenant est trop effrayée pour retenter. Nous nous mettons à trois, nous deux et son mari, pour l'aider à traverser et la rattrapons in extremis. Pour la troisième rivière, on décide de traverser en même temps, Ju en amont pour casser le courant, Cam en aval pour aider à avancer. On sent nos jambes qui tremblent d'angoisse, tout peut si vite basculer, Ju en perd une chaussure face à la force du courant, mais la technique est efficace et on passe de l'autre côté. On continue notre route en direction du col de Forester (que nous passerons le lendemain) sur une neige toute molle et donc sur laquelle il est plus fatigant de marcher.
Jour 64 - On part un peu avant 7h pour profiter d'une neige encore dure sur la pente du col de Forester, point le plus haut de la PCT à 4 008m. On est entourées d'autres hikers et on s'encourage les uns les autres. Armées de nos crampons et notre piolet, la pente est raide mais l'épreuve n'est pas si effrayante que cela. En étant prudentes, elle est même plus facile que celles des jours précédents et le passage du col de Forester est l'un de nos meilleurs moments sur la trail. La route de la descente est longue et fatigante sur la neige molle. Notre dernier passage de rivière se fait sur un rondin tombé au dessus du courant déchaîné, en faisant bien attention de ne pas pas glisser.
Jour 65 - Pour rejoindre la ville, on doit prendre un trail adjacent à la PCT et passer un autre col. On en est à notre septième jour et on n'a plus assez de nourriture. On se rationne depuis les deux derniers jours qui ont été si intenses physiquement que, ce dernier jour, sans assez de nourriture dans le ventre, on sent qu'on n'a plus d'énergie pour continuer. La trail difficile à trouver nous oblige encore à faire des détours et à grimper parmi les roches. Finalement on parvient en haut du col de Keasarge, et même si le chemin est encore long jusqu'au parking, on a plus que de la descente. Un jeune homme nous propose gentiment de nous conduire ensuite à Independence, d'où nous sommes ensuite conduites à Bishop, notre ville étape. Cette dernière section a été très intense et éprouvante, avec beaucoup d'événements et chaque jour un nouveau challenge à passer. Elle a été physiquement très intense, mais aussi moralement. Même si on a toujours été prudentes, on n'a pas toujours eu la sensation de se sentir en sécurité quand on traversait les rivières. On savait qu'il suffisait d'une chose pour que tout bascule. En arrivant à Bishop, les corps et les esprits sont épuisés, et on se dit que c'est probablement le moment d'envisager de revoir notre itinéraire, car on sait qu'il y a une limite à ce qu'on peut physiquement porter niveau nourriture, et aussi car on sait qu'on n'est pas venues faire la PCT pour avoir la boule au ventre en partant le matin à l'idée de passer des rivières pour lesquelles on ne sent pas qu'on a les armes (et surtout le poids) pour les passer.
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Days 59 to 65 (June 19th to June 25th): From Lone Pine to Independence/Bishop.
Days 59 & 60 - We go back to the trail in the afternoon. We expect this section to be challenging: a few big and raging rivers to cross, a pass to cross, and we're planning on taking the side trail up to Mt Whitney, the highest peak in the United States (exc. for Alaska), which will take us an extra day. Without counting that there's still a lot of snow on the ground which will slow down our pace. We're carrying 6 days of food with us and our backpacks feel so heavy. We rapidly take all the measure of this "big snow year": we often have to climb up big piles of snow, the terrain is so wet, the rivers can be so high and the trail is often hard to find, which slows us down. But the landscapes and the evening light are beautiful.
Day 61- We woke up at 3.30am to go up Mount Whitney. The way to the summit is incredibly long, and most of all extremely challenging. Between the long first sections on the snow, the parts where the trail is cut and we have to climb through loose rocks, and the important ascent, we feel that the more we go up, the more the summit seems to be moving away from us. Aft e 8hrs of walking and 10hrs since our last meal, exhausted, we finally arrive at the top of the highest summit in the United States, at 14,505ft, where we can enjoy a 360°-view over the High Sierra range -- and where we celebrate, among other things, the Hikers' Naked Day!
Days 62 & 63 - Another kind of challenge awaits us today. We have three rivers with very strong current to cross. If the first one goes well, when we arrive at the second, we try going up- and down-stream but the current is very strong on every part. The river is impassable because of the snow-melt from the afternoon. We decide to wait until the next morning, when the water level will be lower. If we feel we can't still cross in the morning, we will turn back. The next morning, terribly nervous at the idea of crossing, we spend two hours in the tent wondering if it's worth that many risks and being that stressed just to do every mile of the PCT. We decide however to count on one another and to finish our section, without turning back.
We start crossing the river but in a deeper spot than anticipated. Ju crosses first and starts being swept away by the current, then thankfully caught by Cam. We go a bit further down and we cross one after the other, Ju first, ready to catch Cam on the other side. Just a few moments later, we see a couple trying to cross and the woman is having a lot of troubles to get on the other side. Her husband managed to cross but she fell in the water and was swept away by the current, and now she's too afraid to try again. The both of us join forces with her husband to Leo her cross and we catch her last second. For the third river, we decide to go together, Ju upstream to break the current, Cam downstream to help move forward. We feel our legs shaking with nervousness and anticipation, everything can go wrong so quickly, Ju even loses a shoe to the river, but the teamwork pays off and we manage to make it to the other side. We continue our route to Forester Pass (that we'll cross the next day) on a very slushy snow, tiring to walk on.
Day 64 - We leave a bit before 7am to make sure the snow is still hard on the slope leading to Forester Pass, the highest point on the PCT, at 13,153ft. We are surrounded by other hikers and we cheer on each other. Helped by our crampons and ice axes, the slope is steep but the whole think is not as scary as anticipated. Being careful, it's even easier than the challenges of the last days, and crossing Forester Pass is one of our favourite moments on the trail. The way back down is long and tiring on the slushy snow. We cross our last river over a log, fallen over the raging river, being careful not to slip.
Day 65 - To go to town, we need to take a side trail to the PCT and cross another pass. We're up to our seventh day on this section and we're running short on food. We've been rationing our food for the last two days that have been so intense physically, now on this last day, with not enough food in our stomach, we have no energy to go on. The trail, hard to find, makes us take detours and climb through loose rocks again. Eventually, we make it at the top of Keasarge Pass, and even if the way is still long to the car park, we're only going downhill. A guy kindly offers to drive us to Independence, from where we find a ride to Bishop, our "Zero"-town. This last section has been very intense and challenging, with heaps of things going on and every day a new challenge to go through. It's been very intense physically, and morally. Even if we were always careful, we haven't always felt really safe when we crossed rivers. We knew it all only needed one thing for it all to go wrong. When we made it to Bishop, our bodies and minds were exhausted, and we thought it was probably time to re-think our itinerary, because we know there's a limit to what we can physically carry food-wise, but also because we know we didn't come to do the PCT to feel scared and nervous in the morning at the idea of crossing rivers which we don't feel we have the means (and most of all the weight) to successfully cross every time.