08/11/2021
XAVI AU BARÇA: L’OR ET LA MANIÈRE
November 8, 2021
Le nouveau coach barcelonais pourra-t-il concilier l’urgence de gagner et son idéal du beau jeu?
https://tikitakasportorg.wordpress.com/2021/11/08/xavi-au-barca-lor-et-la-maniere/
Xavi de retour comme entraîneur au Barça, c’était écrit. Comme un héritier élu à un avenir prédestiné. Ce n’était jamais une question de ‘si’ mais de “quand”. Xavi le savait. Mais l’ancien footballeur espagnol a attendu son tour et a su retarder son avènement le plus longtemps possible.
A l’heure où les grands clubs européens recrutent à l’entre-soi, beaucoup de joueurs devenus coachs sautent à la première occasion pour entraîner leur club fêtiche. Mais pas Xavi. Le champion du monde de 2010 a préféré faire ses premières armes loin des projecteurs brillants et brûlants du foot européen. Non pas pour s’en cacher (précaution n’est pas lacheté) mais pour mieux s’y préparer.
Comme rookie, le coach a accompli ses saisons d’apprentissage à Al Sadd- le club qatari où il a terminé en douceur sa carrière de joueur. Au cours de ses deux ans et demi en fonction, il a conduit l’équipe à 7 trophées dont 3 titres domestiques (parmi lesquels la ligue et la coupe de Qatar). Un palmarès quelque peu égal à la légende du joueur. Et de quoi faire gonfler les attentes déjà grandes portées sur l’avenir du jeune entraîneur.
Mais comme on aime à dire chez nous, “tout ceci n’était pas besoin”*. Le football de haut niveau est un tout autre monde. Une fois entré en fonction, le parcours d’outre-mer d’un nouvel entraîneur est vite oublié. Seuls ses prochains résultats au Barça diront si l’ADN catalan de Xavi, sa maîtrise du toque et ses années de préparation à distance ont une quelconque valeur managériale.
Certes, son passage à la tête du club qatari n’est pas rien. Ça lui a sans doute permis de faire ses premiers pas, d’essayer ses idées, celles des autres et de se forger un minimum de confiance professionnelle. Mais, avec son retour au bercail, ce qui est attendu de lui, ce ne seront ni les chances d’un débutant, ni les bonnes intentions d’un “alumni” mais plutôt des compétences à la hauteur des défis du moment.
Gagner
En prélude à son arrivée, le match nul (3-3) concédé ce weekend par le club sur une incroyable “remontada” de la Celta Vigo rappelle que les plaies sont encore béantes et attendent le bon médecin pour être soignées. Le limogeage de son prédécesseur, Ronald Koeman, a été une cure nécessaire mais pas suffisante. Ni le passé légendaire de ce dernier au Barça ni son pedigree d’ancien champion ni son sens du sacrifice pour sauver un club de cœur n’ont suffi pour imprégner les vestiaires barcelonais de la rage de gagner.
Au fond, l’équipe pâtit des faiblesses systémiques qu’aucun tâtonnement de bonne foi ne peut compenser. Et les contre performances de ce début de saison le traduisent bien: en 12 matches, le club n’a pu glaner que quatre victoires; 15 buts encaissés contre 19 réalisés. En Liga, l’équipe patine à la 9è place. Alors que dans la Ligue des Champions, ses deux tombeurs aux matchs-aller , le Bayern Munich et le Benfica de Lisbonne risquent de lui porter au retour des coups de grâce. Seules des victoires en série peuvent faire regagner au club catalan sa place dans les différentes courses aux titres.
Se regagner
Toutefois, entre les adieux du joueur en 2015 et son retour comme entraîneur, le club catalan a perdu au fil des saisons beaucoup d’argent mais surtout (presque) tout ce qui faisait son charme au cours de ces dernières années: son beau jeu d’ensemble,… et Messi. A défaut d’avoir Messi dans son effectif, Xavi a l’opportunité de se concentrer sur l’attrait collectif: apporter dans l’équipe le plaisir de jouer juste et beau et ainsi ressusciter dans les stades et sur les écrans notre grand goût pour continuer à l’admirer.
Et qui mieux incarne ce grand goût du beau jeu collectif que Xavi Hernandez? Sélectionné dans le Meilleur onze de tous les temps par France Football, Xavi, c’est quand même la plaque tournante, qui pendant ses 17 ans de carrière professionnel en Europe, a contribué à hisser l’Espagne, le FC Barcelone et le football champagne sur le toit du monde.
Entre ces deux défis, il n’est pas évident aujourd’hui de dire lequel est le plus facile à accomplir: la victoire ou le beau jeu? L’or ou la manière?
Xavi le joueur avait réussi, il est vrai, à concilier ces deux valeurs: la soif de gagner et le goût du beau jeu. Mais par les temps qui courent, si Xavi l’entraîneur réussit à nous apporter un peu de saveur sur les papilles, juste du champagne, ce sera déjà une grande victoire.
Par Carl-Henry Cadet
*tout ceci n’était pas nécessaire
Le nouveau coach barcelonais pourra-t-il concilier l’urgence de gagner et son idéal du beau jeu?