01/09/2026
🗞 𝗧𝗥𝗜𝗕𝗨𝗡𝗘 𝗟𝗜𝗕𝗥𝗘
𝗣𝗿𝗲𝘀𝘀𝗲 𝘀𝗽𝗼𝗿𝘁𝗶𝘃𝗲, 𝗺𝗮𝗷𝗼𝗿𝗶𝘁𝗲́, 𝗼𝗽𝗽𝗼𝘀𝗶𝘁𝗶𝗼𝗻… 𝗲𝘁 𝗹𝗮 𝘃𝗲́𝗿𝗶𝘁𝗲́ 𝗱𝗮𝗻𝘀 𝘁𝗼𝘂𝘁 𝗰̧𝗮 ?
Avant toute chose, rendons à César ce qui appartient à César.
Il existe encore, dans notre paysage médiatique sportif, une infime partie de journalistes sportifs et de médias sportifs qui ne sont ni de la majorité sportive, ni de l’opposition sportive. Des professionnels qui font simplement leur travail : ils observent, enquêtent, vérifient, recoupent, donnent la parole aux différentes parties et rendent compte des faits, qu’ils soient favorables ou défavorables aux uns comme aux autres.
Ils existent. Ils font correctement leur travail. Mais, malheureusement, ils se comptent aujourd’hui sur les doigts d’une seule main. Et c’est précisément parce qu’ils existent qu’il serait injuste de mettre toute la presse sportive gabonaise dans le même panier.
Mais force est de constater que cette presse-là semble de nos jours bien minoritaire face à une autre réalité, beaucoup plus préoccupante. Car il suffit d’observer la manière dont certains sujets sont traités pour avoir le sentiment que la presse sportive s’est divisée en deux grands camps. D’un côté, ceux qui soutiennent certains dirigeants en place, parfois avec une fidélité militantisme qu’à celle de journalistes sportifs. De l’autre côté, ceux qui semblent avoir fait de la contestation systématique de ces dirigeants leur véritable ligne éditoriale, comme pourrait le faire une sorte d’opposition.
Comme en politique, parfois il ne manque plus que les cartes de membres des partis.
Les questions deviennent alors inévitables : Où est passé la presse sportive qui ne choisit pas son camp avant de regarder les faits ? Où est passé cette presse capable de reconnaitre une bonne décision lorsqu’elle vient d’un dirigeant qu’elle critique habituellement ? Où est passé cette presse qui peut dénoncer une mauvaise décision lorsqu’elle vient d’un dirigeant qu’elle soutient ? La presse sportive est-elle encore un contre-pouvoir… ou est-elle devenue le pouvoir d’un autre camp ?
Car le véritable problème n’est pas que les journalistes sportifs au Gabon aient des opinions. Ils en ont le droit. Le problème commence lorsque l’opinion précède les faits et que les faits sont ensuite sélectionnés pour conforter l’opinion. C’est à ce niveau que le journalisme change de nature. Et c’est là que commence la dangereuse logique des camps.
Il fut un temps où l’on attendait de la presse sportive qu’elle nous raconte le sport, qu’elle nous informe, qu’elle enquête, qu’elle questionne les dirigeants des clubs, des ligues provinciales, ligues nationales et de Fédérations et, surtout, qu’elle nous aide à comprendre ce qui se passe réellement dans nos disciplines sportives.
Une presse sévère est utile. Un dirigeant sportif ne doit pas avoir peur des questions des journalistes. Il doit au contraire accepter d’être interpellé, contredit et, lorsque cela est nécessaire, critiqué. Mais il y a une différence fondamentale entre être critique et être systématiquement contre.
De la même manière, soutenir une décision que l’on estime pertinente est parfaitement légitime. Ce qui devient problématique, c’est de défendre systématiquement ceux que l’on considère comme « son camp ». Car lorsque le journaliste choisit son camp avant de regarder les faits, le journalisme cesse progressivement d’être une recherche de vérité pour devenir une bataille de récits. Et c’est là que le danger commence.
Nous sommes progressivement entrés dans une situation pour le moins curieuse : il semble parfois exister deux vérités dans le football. Une vérité pour ceux qui soutiennent les dirigeants en place ou pas. Une autre pour ceux qui les combattent. Un même événement peut ainsi produire deux lectures totalement opposées.
Lorsque la décision vient du « bon camp », elle est présentée comme courageuse, historique ou nécessaire. Lorsqu’elle vient du « mauvais camp », elle devient immédiatement une erreur, une faute, voire parfois un scandale.
Un dirigeant sportif peut être encensé aujourd’hui et vilipendé demain, non pas parce que les faits ont changé, mais simplement parce que les alliances ont changé.
Et lorsque les alliances changent, certains commentaires changent avec elles. Alors une question s’impose : Qui dit vrai ? Quand le journaliste devient militant le véritable danger est là. Lorsque le journaliste sportif devient le défenseur d’un camp, il finit par regarder les événements avec les lunettes de ce camp.
Il ne cherche plus nécessairement à savoir ce qui s’est passé. Il cherche parfois à démontrer que son camp avait raison. L’information devient alors une arme. L’article devient une réponse à l’article du camp adverse. La conférence de presse devient un procès. Le commentaire sportif devient un réquisitoire. Et le débat sur le fond disparaît derrière une guerre de positions.
On ne discute plus des faits. On discute de celui qui les raconte. C’est extrêmement dangereux. Car lorsque le public finit par dire : « Je sais déjà ce que ce journaliste va écrire avant même de lire son article », c’est que quelque chose ne fonctionne plus.
La vérité ne porte pas le maillot d’un club. Elle ne porte pas celui d’un dirigeant de club, d’une ligue provinciale, d’une ligue nationale. Elle ne porte pas celui d’une Fédération. Et elle ne porte pas davantage celui d’un camp. Elle n’appartient à personne.
Un journaliste sportif devrait pouvoir reconnaître qu’un dirigeant qu’il critique habituellement a pris une bonne décision. Il devrait pouvoir dire qu’un dirigeant sportif qu’il apprécie s’est trompé. Il devrait pouvoir défendre une décision aujourd’hui et la critiquer demain si les faits évoluent. C’est cela, l’indépendance. L’indépendance, ce n’est pas être contre tout le monde. C’est de ne devoir sa position à personne. Le public est celui qui paie le prix de cette polarisation.
Parce qu’à force de lire des informations contradictoires sur le même sujet, le public finit par ne plus savoir où se trouve la vérité. Et lorsqu’une information est publiée par un média, immédiatement certains ne se demandent plus : « Est-ce vrai ? » Ils se demandent : « De quel camp est le journaliste ? » Voilà le véritable échec.
Lorsque l’appartenance supposée du journaliste devient plus importante que l’information qu’il apporte, la crédibilité de toute la profession est fragilisée.
Et lorsque deux médias racontent deux histoires complètement différentes à propos du même événement, sans que les faits permettent objectivement de justifier ces divergences, le public est en droit de s’interroger.
Le football n’a pas besoin de journalistes de camps. Le football a suffisamment de divisions sans que la presse vienne en créer de nouvelles. Il a besoin d’une presse sportive. Une presse qui enquête. Une presse qui vérifie. Une presse qui confronte les versions. Une presse qui donne la parole aux différentes parties.
Une presse qui reconnaît ses erreurs. Une presse qui distingue les faits des opinions. Une presse qui accepte de dire : « Sur ce dossier, les dirigeants ont raison. » Mais qui sait également dire : « Sur celui-ci, ils ont tort. » sans que cette position soit dictée par les relations personnelles, les affinités, les rancœurs ou les appartenances supposées.
Le quatrième pouvoir ne peut pas devenir un quatrième camp.
Il est parfaitement normal que les journalistes aient leurs convictions. Il est parfaitement normal qu’ils aient leurs sensibilités. Il est parfaitement normal qu’ils ne soient pas d’accord entre eux. Ce qui ne devrait pas être normal, c’est que la ligne éditoriale semble parfois dépendre de la personne que l’on soutient ou de celle que l’on combat.
Car à ce moment-là, la presse sportive ne joue plus pleinement son rôle de contre-pouvoir. Elle devient un pouvoir parmi les autres.
Et pire encore, un pouvoir qui peut parfois fabriquer des réputations, détruire des réputations et influencer l’opinion publique sans que le public sache toujours où s’arrêtent les faits et où commencent les intérêts ou les convictions personnelles. Il faut donc avoir le courage de le dire : la presse sportive doit sortir de cette logique de camps.
Elle doit retrouver ce qui fait sa noblesse : la recherche des faits, la confrontation des points de vue, la liberté de ton et surtout l’honnêteté intellectuelle. Car le journaliste sportif n’a pas à choisir entre un camp. Son choix devrait être celui de la vérité. Et si la vérité déplaît à tout le monde, alors peut-être est-ce justement la preuve qu’elle est indépendante. La presse sportive ne doit pas être le parti politique du football.
La Presse sportive gabonaise doit être le miroir du football. Un miroir peut être cruel. Il peut révéler les défauts. Il peut aussi montrer les qualités. Mais un miroir digne de ce nom ne doit pas modifier le reflet en fonction de celui qui se regarde. Sinon, ce n’est plus un miroir. C’est un instrument de propagande. Et c’est notre discipline sportive qui va continuer d’en pâtir.
𝗗𝗲́𝗽𝗮𝗿𝘁𝗲𝗺𝗲𝗻𝘁 𝗖𝗼𝗺𝗺𝘂𝗻𝗶𝗰𝗮𝘁𝗶𝗼𝗻 𝗱𝗲 𝗹𝗮 𝗟𝗜𝗡𝗔𝗙𝗣