25/08/2026
LE BÉNÉVOLAT CHANGE. LE SPORT DOIT CHANGER AVEC LUI.
LE BÉNÉVOLAT N’EST PAS MORT
Selon La France bénévole 2025, publiée par Recherches & Solidarités avec une enquête Ifop auprès de 4 646 personnes, 21 % des Français donnent du temps à une association au cours de l’année.
Parmi eux, 11 % s’engagent chaque semaine, soit environ 5 millions de personnes. Le bénévolat régulier a même progressé de deux points en deux ans.
Le problème n’est donc pas la disparition du bénévolat. C’est la transformation de l’engagement.
LE SPORT RESTE DÉPENDANT DES BÉNÉVOLES
Le ministère des Sports estime à 3,5 millions le nombre de personnes qui donnent bénévolement de leur temps chaque année dans les associations sportives.
Et près de 90 % des associations sportives n’ont aucun salarié.
Autrement dit : sans bénévoles, une immense partie du sport français ne fonctionne plus.
Présidents, éducateurs, dirigeants, accompagnateurs, arbitres, responsables de licences, buvette, déplacements, tournois…
Tout cela ne peut pas être remplacé par des salariés.
MAIS LE BÉNÉVOLE NE VEUT PLUS FORCÉMENT TOUT FAIRE
C’est probablement là que se situe le changement.
Le bénévole d’aujourd’hui a un travail, une famille, des contraintes et d’autres engagements.
Il accepte de donner du temps.
Il accepte moins facilement de donner tout son temps.
Le modèle du président qui gère tout pendant quinze ans devient donc plus difficile.
La réponse ne peut pas être de demander toujours plus aux mêmes personnes.
Il faut permettre à davantage de personnes de faire un peu.
- Une mission.
- Une durée.
- Une responsabilité précise.
- Deux heures par semaine, quelques déplacements, trois tournois dans l’année.
Mieux vaut dix bénévoles qui font chacun une petite partie du travail qu’un seul qui finit épuisé.
LE PARENT EST AUSSI DEVENU PLUS CONSOMMATEUR
Le parent paie une licence. Il est normal qu’il demande un service de qualité.
Mais le club ne peut pas devenir uniquement un prestataire.
Derrière chaque entraînement, chaque tournoi et chaque déplacement, il y a encore des heures de bénévolat.
Payer une licence donne des droits.
Cela ne supprime pas les devoirs collectifs.
Le parent n’a pas besoin de devenir dirigeant.
Il peut simplement accompagner un déplacement, aider à un tournoi, tenir une table de marque ou donner quelques heures à l’école de rugby.
Le véritable enjeu est de passer du parent-consommateur au parent-acteur.
LE JOUEUR AUSSI A CHANGÉ
Il ne faut pas caricaturer.
Les joueurs d’hier ne jouaient pas tous gratuitement par amour du clocher et ceux d’aujourd’hui ne jouent pas tous pour l’argent.
Mais le rapport au club a évolué et la mobilité est devenue plus naturelle.
Dans certains niveaux, une proposition financière peut entrer dans le choix d’un joueur.
Et lorsque le joueur est rémunéré pendant que les bénévoles donnent gratuitement leur temps, cela peut générer des tensions.
Le joueur ne devrait pas être indemnisé sans être un acteur de la vie du club.
Aider à l’école de rugby. Participer à un tournoi. Donner un coup de main à une manifestation.
Le rugby ne doit pas opposer rémunération et bénévolat. Il doit les rendre complémentaires.
L’ARGENT DOIT AUSSI ÊTRE ENCADRÉ
C’est là que la Fédération a un rôle à jouer.
Dans les petites divisions, quelques recrutements rémunérés peuvent suffire à créer des écarts considérables entre clubs.
Un club dépense pour attirer des joueurs.
Son voisin ne peut pas suivre.
Le premier se renforce.
Le second s’affaiblit.
Puis le phénomène se répète.
Le risque, c’est de concentrer les joueurs et l’argent au détriment des clubs qui assurent le maillage territorial.
La FFR doit donc réfléchir à la place de l’argent dans les divisions où les clubs reposent essentiellement sur le bénévolat et les ressources locales.
Pas pour empêcher toute indemnisation.
Pour éviter que le joueur devienne une charge financière capable de déséquilibrer tout un club.
Car lorsqu’un petit club disparaît, ce n’est pas seulement une équipe senior qui disparaît.
C’est une école de rugby, des bénévoles, des enfants, des parents et une partie du maillage territorial.
LE MODÈLE DOIT ÉVOLUER
Le rugby amateur ne peut pas revenir au modèle d’il y a trente ans.
Mais il ne peut pas non plus devenir entièrement professionnel.
La solution est probablement entre les deux.
- Des salariés pour les missions professionnelles.
- Des bénévoles pour les missions qu’ils choisissent.
- Des parents impliqués à leur mesure.
- Des joueurs qui participent aussi à la vie du club.
Et surtout une vraie reconnaissance de ceux qui donnent leur temps.
Le bénévole ne demande pas forcément à être payé, il demande que son engagement soit organisé, respecté et reconnu.
Le bénévolat ne disparaît donc pas, Il change de forme.
Au rugby de comprendre ce changement plutôt que de demander aux mêmes bénévoles de continuer à faire toujours plus.