02/09/2026
LA TRANSMISSION
Quand on est cavalier et qu’on devient parent, il y a une évidence. Notre enfant aimera les chevaux. Ça n'est pas un souhait mais un fait scientifique ! la génétique ne s’arrête pas aux portes du poney-club ...
Ce môme a baigné neuf mois dans un liquide amniotique enrichi en urine de poney , sa mère a probablement curé un box enceinte de sept mois et son premier body , offert par une copine d'ecurie, portait un poney avec écrit « Futur(e) cavalièr(e) ».
BREF IL VA AIMER LES CHEVAUX.
C’est acté.
Enfin… normalement.
Parceque là vérité c'est que la transmission de la passion équestre est un phénomène extrêmement aléatoire qui mériterait probablement quelques années d’études à l’INRAE.
Car il existe en fait plusieurs scénarios.
SCÉNARIO N°1 : L’ENFANT TRAÎTRE
Vous avez tout préparé.
Le petit poney la bombe taille 38 , les mini-bottes absolument adorables avec une petite fermeture éclaire et du cuir pleine fleur comme maman ( ou le modèle a 29.99€ de chez Decathlon c'est bien aussi ). La petite brosse douce spécialement adaptée à ses petites mains trop choupinettes.
Vous l’emmenez aux écuries depuis qu’il sait tenir sa tête tout seul et a18 mois et demi, vous l’avez assis sur Pompon pour faire une photo qui a fait le tour de la famille au repas de Noël.
À deux ans, il savait dire « cheval » avant de savoir conjuguer le verbe être.
À quatre ans, considérant que le moment était venu, vous lui posez LA question , juste parceque vous vous apercevez subitement qu'en fait vous ne lui avait jamais posé la question ( puisque qu'évidente !)
« Tu voudrais faire du poney ? Hein , dit ...tu vas faire du poney ? On est d'accord !?🥹 »
Et là, votre enfant vous regarde avec la froide détermination du traitre qui s'apprête à ruiner 6 années de projection parentale en une seule phrase.
" je préfère le foot , comme mon copain Jules "
…
Du foot.
" Tu parles de cette discipline qui consiste à faire courir vingt-deux personnes derrière un ballon alors qu’en donner un à chacun aurai suffit a régler le problème ?
Et puis c'est qui d'abord Jules ? C'est pas sa mère qui s'est mis les doigts dans le nez au feu rouge la semaine dernière ? ( Ho c'est moche ça !) "
Vous possédez deux chevaux, trois selles, quatorze tapis, une remorque, des bottes, un van, probablement un crédit et suffisamment de matériel équestre pour ouvrir une succursale de Padd… Et votre descendance veut courir derrière un ballon ou sautiller dans un tutu ?!
Vous tentez une négociation.
" Tu es sûr ? Parce qu’au poney tu pourrais galoper… "
Non...y a rien a faire , il veut du foot.
Ou de la danse...ou pire : du VTT
Dans les cas les plus graves : du tennis ( ça coûte une blinde alors qu'il n' y a meme pas de poney ).
Vous voilà donc, le samedi matin, assis au bord d’un terrain municipal sous une pluie horizontale à regarder Enzo courir après un ballon ou Lola au spectacle de danse , pendant que votre cheval vous attend à la maison.
Vous applaudissez parce que vous êtes un bon parent mais intérieurement, vous vous demandez quand même où est ce que ça a merdé et s'il vaudrait pas mieux demander un test de maternité ...au cas où.
SCÉNARIO N°2 : LE NOUVEAU SIMON DELESTRE
À l’autre extrémité du spectre, nous avons le parent dont l’enfant AIME effectivement le poney.
Et parfois…il l’aime même beaucoup.
À six ans et demi, Timeo enchaîne déjà quatre plots orange au trot sans renverser le cône du milieu. Sa mère a immédiatement compris.
Il a quelque chose. On ne sait pas encore exactement quoi, mais il l’a.
Elle l’a vu dans son regard. Et surtout dans ce virage entre le plot bleu et la barre au sol.
Le moniteur a dit :
« C’est bien Timeo ! »
Trois mots , Il n’en fallait pas davantage.
Le soir même, ses parents regardaient le prix des poneys de sport sur Internet parce qu’il faut se rendre à l’évidence : Timeo est probablement le nouveau Simon Delestre.
Certes, il a six ans et demi et confond encore sa droite et sa gauche.
Certes hier il est tombé de sa chaise en mangeant une compote.
Mais À PONEY, il a quelque chose ! C'était indéniable.
Commence alors une carrière internationale extrêmement prometteuse dont le premier objectif est le championnat départemental de maniabilité catégorie moustiques.
Entraînement le mercredi , cours particulier le vendredi , concours le dimanche et évidemment : stage pendant les vacances. Et aussi travail à pied le mardi parce qu’il faut " créer une vraie relation avec Biscotte ". La vérité c'est que ses parents vivent leur passion par procuration.
Timéo, lui, aimerait parfois rester à la maison pour regarder la Pat'Patrouille mais Impossible.On ne devient pas champion olympique en regardant Pat'Patrouille, Timéo.
Alors papa filme et maman chronomètre pendant que le moniteur tente timidement :
" Vous savez, à cet âge-là, le principal c’est quand même qu’il s’amuse… "
Évidemment qu’il s’amuse. Maman a dit qu'il s'amusait ...mais Il s’amusera encore davantage quand il aura amélioré son chrono de 1,7 seconde.
SCÉNARIO N°3 : L’ENFANT À RETARDEMENT
Et puis il y a celui qui n’en a absolument rien à fo**re des chevaux pendant quinze ans.
Vous avez essayé...Oh que vous avez essayé.
Baptême de poney à trois ans : c'est non.
Balade à six ans : non plus
Stage à neuf ans : " C’est long. Quand est ce qu'on rentre ? "
À douze ans, il préfère son téléphone.
À quatorze, l’odeur des écuries lui donne envie de mourir...
Bref.Vous avez fini par accepter et vous résigner.Votre passion ne sera pas la sienne.
Vous avez donc rangé votre rêve de balades familiales dans le grand placard des fantasmes parentaux, entre " mes enfants ne mangeront jamais sur le canapé " et " chez nous, chacun rangera sa chambre ".
Puis un jour… À seize, dix-huit, vingt-cinq ou trente ans…
"Dis… tu crois que je pourrais monter avec toi ? "
"..."
Surtout ne pas bouger. Retenir tout signe de jubilation pour ne pas effrayer l’animal... Retenir ce soubresaut au coin des lèvres et cette larme à l'oeil et répondre nonchalamment en ayant l'air de réfléchir sérieusement à la question :
" Moui… si tu veux… "
Alors qu'à l’intérieur de vous, Disneyland vient d’ouvrir une succursale.
Vous ressortez une bombe , vous cherchez à la hate une paire de bottes. Vous avez déjà mentalement planifié une randonnée de trois jours alors que votre progéniture vient simplement de demander s’il pouvait faire vingt minutes de pas.
SCÉNARIO N°4 : LE PARENT QUI TRANSMET SA PASSION… ET SES NÉVROSES
Celui-là voulait absolument que son enfant monte.
Jusqu’au jour où son enfant est effectivement monté.
Et soudain…
Gros prise de conscience. Un cheval c'est quand même une bout de viande de 500kg doté de quatre sabots, d’un cerveau a la logique discutable et d’une capacité préoccupante à prendre des décisions personnelles...
- Mets ta bombe.
- Elle est sur ma tête maman
- Attache-la mieux.
- Elle est attachée.
- Vérifie encore
- MAMAN TU ME FAIS C...
- il est où ton protège dos ? IL EST OU ?
Le parent suit le cours depuis la lice, en apnée.
Son enfant trotte....Beaucoup trop vite !!!
Enfin à 8 km/h.Mais tout de même.
Le poney secoue la tête.
' QU'EST CE QU'IL FAIT? "
Il a éternué, Nathalie.
L’enfant veut galoper mais Nathalie préférerait qu’il maîtrise auparavant parfaitement le trot assis, le trot enlevé, le freinage d’urgence, la chute contrôlée, les gestes de premiers secours et éventuellement la réanimation cardio-pulmonaire.
Puis vient le premier concours. Le parent avait rêvé de ce moment pendant des années.
Il découvre finalement qu’il aurait préféré que son enfant choisisse les échecs.
Le voilà au bord de la carrière, les mains moites, incapable de regarder l’obstacle numéro 4. " Pourquoi ils mettent une barre AUSSI HAUTE ?! Il est où le commissaire de piste " , certe elle ne fait que 40 centimètres mais c’est son bébé dessus !
C’est là tout le paradoxe.On rêve de leur transmettre notre passion mais c'est lorsqu'ils s'y mettent vraiment qu'on réalise qu’on vient aussi de leur transmettre une activité dans laquelle ils vont tomber, se faire marcher sur les pieds, se faire embarquer, prendre des gamelles et nous expliquer tranquillement :
" Mais maman, t’inquiète, je gère. "
Phrase qui, prononcée par votre enfant depuis le dos d’un poney n'a absolument rien de rassurant.
ET PUIS IL Y A LA RÉALITÉ…
Parce qu’au fond, transmettre une passion ne consiste probablement pas à fabriquer une version miniature de soi-même.
On aimerait evidemment ( si si ).
On imagine les balades ensemble, les concours, les discussions interminables à l’écurie, les dimanches à préparer les chevaux ect ect...Mais un enfant n’hérite pas forcément de nos passions.
Parfois il les adopte , parfois il les refuse ou les abandonne avant d’y revenir dix ans plus t**d.
Et puis y a celui à qui on voulait simplement transmettre le plaisir de monter qui fini par nous expliquer très sérieusement que notre position de jambe est a c***r et qu'on devrait se redresser lors des départs au galop ...
Et là… c’est probablement le moment où l’on se demande où on a rangé ses put*** de chaussures de foot !
Les crins de verdure
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