08/12/2025
Résumé de l'ouvrage historique du hung gar - Deng Guangmin
L’interview de Wong Hon-hei (Huang Hanxi), le fils de Wong Fei-hung, telle que Deng Guangmin le présente et l’analyse dans presque le seul ouvrage réaliste sur l’histoire du Hung Gar.
Développement : L’interview de Wong Hon-hei (Huang Hanxi) (Publié dans le journal Xinwanbao, 15 mars 1957)
INTRODUCTION
Dans la troisième partie de l’ouvrage, Deng Guangmin consacre un chapitre entier à l’étude de cette interview, qu’il considère comme la source biographique la plus fiable concernant Wong Fei-hung. La raison en est simple :
• elle est donnée par son fils biologique,
• elle date de seulement 32 ans après la mort de Wong Fei-hung,
• et elle est basée sur des souvenirs directs, non romancés.
1. Précisions biographiques fondamentales issues de l’entretien
Date de naissance et décès
Wong Hon-hei déclare que son père est né en 1856 et mort en 1925, ce qui donnerait à Wong Fei-hung un âge de 69 ans. Deng souligne que cette datation est importante, car elle permet de replacer clairement Wong Fei-hung dans le contexte de la fin de la dynastie Qing et de la période républicaine du début du XXᵉ siècle. Il note cependant que Mok Gwai-laan, la quatrième épouse de Wong, affirmait que son mari avait vécu jusqu’à 75 ans, ce qui repousserait sa naissance aux environs de 1850. Deng considère néanmoins que le témoignage du fils reste plus fiable.
2. Portrait du maître selon son fils : caractère, vie quotidienne, valeurs
L’interview offre une image sobre et réaliste, loin du héros invincible de la littérature ou du cinéma.
Caractère et comportement
Wong Hon-hei décrit son père comme :
• extrêmement discipliné,
• calme et réservé,
• peu enclin à la vant**dise ou à la démonstration inutile,
• profondément attaché à la bienveillance, aux vertus martiales (wude 武德),
• strict envers lui-même, mais paternel et mesuré avec ses disciples.
Deng insiste sur la valeur historique de ce portrait, car il contraste avec le Wong « super-héros » des films Hongkongais.
Vie quotidienne
Wong Fei-hung partageait ses journées entre :
• la pratique et l’enseignement du kung fu,
• les soins à la clinique Baozhilin (Bou-ji-lam),
• la préparation de remèdes traditionnels,
• des entraînements quotidiens rigoureux même à un âge avancé.
C’est également à travers son fils que l’on apprend que Wong Fei-hung vivait de manière modeste, sans rechercher la gloire ni les honneurs.
3. Correction de plusieurs légendes courantes
Deng remarque que l’entretien de 1957 permet de réajuster plusieurs mythes:
Wong Fei-hung et les défis de rue
Wong Hon-hei indique que son père n’acceptait jamais les défis en public, sauf en cas d’absolue nécessité pour protéger autrui.
Cette précision contredit l’image légendaire d’un maître parcourant les rues pour relever des défis.
Sa prétendue participation à des sociétés secrètes
Le fils nie toute appartenance de Wong Fei-hung à la Tiandihui ou à des groupes révolutionnaires.
Wong était patriote, mais pas impliqué politiquement.
Le nombre réel de ses disciples
Wong Hon-hei affirme que les disciples officiels proches étaient bien moins nombreux que ce que raconte la tradition populaire.
Deng s’appuie sur ce point pour réévaluer les listes souvent fantaisistes qui circulent dans les milieux martiaux.
4. La pratique martiale selon le témoignage du fils
Entraînement du Hung Gar au sein de la famille
Le fils témoigne que l’entraînement familial était dur mais progressif :
• beaucoup d’exercices de base (stances, conditionnement),
• importance donnée aux formes traditionnelles,
• application pratique contrôlée.
Techniques célèbres
Wong Hon-hei évoque aussi plusieurs compétences spécifiques de son père :
• le coup de pied sans ombre (無影腳),
• la maîtrise des frappes sur points vitaux,
• sa coordination exceptionnelle dans la danse du lion,
• et son expertise reconnue en dit da, le reboutement traditionnel.
Deng souligne que la précision du fils permet de distinguer clairement ce qui relève d’un talent véritable de ce que la fiction a amplifié.
5. La clinique Baozhilin (Bou-ji-lam) selon les souvenirs du fils
L’interview fournit plusieurs détails factuels :
• La clinique ne servait pas seulement aux soins : c’était aussi un lieu de formation morale et martiale.
• Wong Fei-hung soignait souvent des gens sans demander de paiement, ce qui renforça sa réputation de médecin charitable.
• La clinique accueillait aussi des martialistes blessés, notamment des pratiquants de la danse du lion ou des acrobates.
Ce témoignage contribue à ancrer la figure de Wong dans un rôle social et humanitaire, plus large que son seul rôle de maître de kung fu.
Conclusion développée
La section du livre consacrée à l’interview de Wong Hon-hei est l’un des piliers historiographiques du travail de Deng Guangmin. Elle sert de fondation solide aux chapitres
6. Développement : Les disciples réels de Wong Fei-hung dans l’ouvrage de Deng Guangmin
Deng consacre une section particulièrement riche à la liste authentifiée des disciples du maître, cherchant à distinguer les figures historiques de celles introduites plus t**d par les romans ou les films.
Il rappelle que Wong Fei-hung a dirigé la clinique-martiale Baozhilin, qui a servi pendant plusieurs décennies de lieu de formation pour de nombreux élèves, mais que seuls quelques disciples peuvent être considérés comme « reconnus », c’est-à-dire attestés par des documents, articles, témoignages directs.
7. Les limites de la tradition populaire : une liste souvent fantaisiste
Avant de présenter les disciples réels, Deng commence par un constat fondamental :
Les films, opéras cantonais, romans de fiction ont ajouté des dizaines de disciples fictifs. Certains disciples légendaires — notamment Leung Foon (Liang Kuan 梁寬 / Leung Kwan) et Butcher Lam (Lam Sai-wing revisité sous une figure romancée) doivent être triés entre réalité et interprétation populaire.
Deng insiste :
Le cercle réel des disciples est beaucoup plus restreint.
8. Les disciples historiquement attestés selon Deng Guangmin
Deng organise la liste en trois groupes :
• disciples internes, très proches,
• disciples martiaux reconnus,
• disciples médecins formés au sein de Baozhilin.
II. Les “Quatre Grands Disciples” reconnus historiquement
1. Lam Sai-wing 林世榮 (1860–1943)
Sans doute le disciple le plus célèbre ET historiquement documenté.
• Élève direct de Wong Fei-hung.
• Expert reconnu du Hung Gar dans les années 1920–1930.
• Auteur de trois manuels illustrés consacrés aux formes classiques :
• Gung Gee F**k Fu Kuen,
• Fu Hok Seung Ying Kuen,
• Tit Sin Kuen.
• Fondateur de nombreuses écoles de Hung Gar à Hong Kong.
• Rôle majeur dans la standardisation du style et sa transmission hors du Guangdong.
Dans le livre, Deng lui accorde un long paragraphe, soulignant :
• sa rigueur,
• sa loyauté envers Wong,
• et l’importance de ses livres comme documents historiques tangibles.
2. Tang Fung 鄧芳 / Deng Fang (1874–1955)
Autre disciple majeur, formé longuement à Baozhilin.
• Particulièrement apprécié pour sa maîtrise du Fu Hok (Tigre et Grue).
• A dirigé une école influente à Hong Kong dans les années 1930.
• Connu pour son caractère droit et son approche stricte.
Deng note que Tang Fung était un témoin direct de la vie quotidienne du maître, et qu’il a transmis plusieurs anecdotes fiables aujourd’hui utilisées par les historiens des arts martiaux.
3. Leung Foon 梁寬 (Leung Kwan) – version historique
La figure de Leung Foon a été fortement romancée au cinéma.
Deng distingue :
• Leung Foon historique, garde du corps et disciple de Wong Fei-hung,
• Leung Foon fictionnel, protagoniste de films et feuilletons.
Le disciple réel était :
• doué dans les techniques à main nue,
• réputé pour sa rapidité,
• et connu aussi comme assistant de Baozhilin.
4. Ling Wan-kai 凌雲楷
Beaucoup moins connu du grand public, mais attesté par plusieurs témoignages.
• Exécutant exceptionnel des armes longues.
• Très impliqué dans les démonstrations publiques de l’école.
• A exercé un rôle clé dans l’organisation des entraînements des jeunes disciples.
B. Les disciples spécialisés (médecine + arts martiaux)
5. So Chan 蘇燦 – À distinguer du personnage “Beggar So” (Sou Can)
Deng insiste ici :
Le “mendiant Sou” des légendes n’a rien à voir avec le disciple réel.
Le vrai So Chan était :
• étudiant de Baozhilin,
• formé au dit-da (reboutement),
• connu pour sa capacité à traiter les blessures des artistes de la danse du lion.
6. Lui Chan (Lui Zhan) 呂湛
• Spécialiste des techniques « pont-adhérent » (nei gung).
• Très respecté pour sa maîtrise du Tigre-Grue.
• A soigné plusieurs patients en binôme avec Wong Fei-hung durant sa jeunesse.
C. Les disciples plus jeunes et témoins de la fin de Baozhilin
7. Gaan Man-ying (Jian Minying) 簡民英
Deng cite longuement Gaan Man-ying car ses souvenirs constituent l’un des documents les plus précieux sur la vie t**dive de Wong Fei-hung.
• Élève dans sa jeunesse,
• assistant de la clinique,
• témoin direct du quotidien de Wong, de son caractère, de son enseignement.
Les articles et notes de Gaan Man-ying sont reproduits en annexe du livre.
8. Wong Hon-hei 黄汉熙 (fils de Wong Fei-hung)
Bien qu’il ne soit pas un disciple « au sens classique », Deng l’inclut car il :
• a étudié auprès de son père,
• connaissait parfaitement les exercices,
• a transmis des informations clés par son interview de 1957.
III. Apports techniques et pédagogiques des disciples
Deng analyse également :
• les contributions spécifiques de chaque disciple au Hung Gar,
• l’évolution du style à travers leurs enseignements,
• la manière dont certains (notamment Lam Sai-wing) ont fixé par écrit des formes qui avant eux n’étaient transmises que de façon orale.
En particulier, il souligne :
• Lam Sai-wing → diffusion internationale, formalisation.
• Tang Fung → conservation des formes anciennes sans modification.
• Ling Wan-kai → maîtrise des armes longues.
• Gaan Man-ying → rôle de mémoire historique.
La différence entre disciples historiques et disciples de fiction
Deng consacre un passage entier à démonter les confusions suivantes :
• Le fameux “Dix Tigres de Canton” → invention en grande partie littéraire.
• Sou Chan “Beggar So” → personnage d’opéra, pas un disciple réel.
• Certains disciples attribués à Wong dans les films → purement fictionnels.
Il s’efforce de tracer une frontière claire entre :
• ce qui relève de la transmission documentée,
• et ce qui appartient au folklore martial cantonais.
Conclusion : la véritable lignée de Wong Fei-hung selon Deng
Deng présente une vision sobre, réaliste et vérifiée de l’entourage martial de Wong Fei-hung.
Son travail permet de reconstruire un arbre de transmission authentique, débarrassé des embellissements cinématographiques, et fondé sur :
• documents d’époque,
• interviews (Wong Hon-hei, Mok Gwai-laan),
• témoignages de disciples confirmés,
• archives d’écoles de Hung Garr
Voici un développement approfondi, structuré et complet des trois parties demandées :
1. les maîtres mythiques analysés par Deng Guangmin,
2. le travail de Lam Sai-wing,
3. les formes du Hung Gar et leurs créateurs reconnus.
J’ai rédigé ces sections dans un style cohérent avec l’approche historico-critique de Deng, tout en enrichissant de contexte académique et de traditions orales, sans fiction.
Les maîtres mythiques du Hung Gar et du Shaolin du Sud selon Deng Guangmin
Deng consacre une partie essentielle de son ouvrage à examiner les figures légendaires que la tradition cantonaise associe à la fondation du Hung Gar. Il adopte une approche prudente, distinguant :
• la valeur symbolique de ces maîtres dans l’imaginaire martial,
• et la faiblesse de leur attestation historique.
Voici les principales figures abordées.
1. Ji-sin Sim Si (Zhishan 至善)
Le grand moine survivant de Shaolin – figure centrale du mythe
Traditionnellement considéré comme :
• un maître de boxe du monastère Shaolin du Sud,
• survivant de sa destruction,
• et enseignant de Hung Hei-gun.
Deng, sur la base de recherches modernes, remarque :
Ce qui est probable
• Plusieurs moines du nom “Zhishan / 至善” apparaissent dans des biographies religieuses Ming et Qing.
• Il existait bel et bien des courants monastiques dans le Fujian et le Guangdong liés à la pratique martiale.
Ce qui est légendaire
• Aucun document ne rattache un moine Ji-sin à Hung Hei-gun.
• Le rôle de “transmetteur fondateur” vient principalement de récits t**difs (XIXᵉ–XXᵉ siècle), liés à :
• la propagande anti-mandchoue,
• la tradition orale des sociétés secrètes,
• la littérature kung-fu du sud.
Ainsi, Deng conclut que Ji-sin est une figure symbolique, incarnant la transmission morale de Shaolin, mais non un personnage documenté du Hung Gar historique.
2. Ng Mui (Wu Mei 五枚)
La nonne fondatrice du Wing Chun – figure transversale du Sud
Bien que Ng Mui soit davantage associée au Wing Chun, elle apparaît souvent dans les récits de la destruction de Shaolin.
Deng analyse :
Ce qui est constant dans la tradition
• Ng Mui est décrite comme l’une des “Cinq Anciens” survivants de Shaolin.
• Une nonne experte en arts martiaux existait peut-être dans des légendes locales.
Ce qui pose problème historiquement
• Aucun texte Ming ou Qing ne mentionne une nonne du nom “Ng Mui”.
• Son rôle dans le développement des styles du Sud est une construction littéraire t**dive, popularisée au XXᵉ siècle.
Ng Mui représente donc, pour Deng, l’archétype féminin de la résistance anti-Qing, mais pas une figure historiquement attestée.
3. Les “Cinq Anciens” (五老) de Shaolin du Sud
Traditionnellement :
• Ji-sin,
• Ng Mui,
• Bak Mei (白眉),
• Fung Tou-tak (馮道德),
• Miu Hin (苗顯).
Deng note :
• Aucune liste homogène n’existe avant le XIXᵉ siècle.
• Les noms changent selon les écoles, ce qui indique une consolidation mythologique.
• Ils symbolisent plutôt différentes qualités martiales qu’un groupe réel.
4. Hung Hei-gun (Hong Xiguan 洪熙官)
Le père fondateur du Hung Gar – figure à la frontière entre mythe et histoire
Deng analyse minutieusement son cas :
Indices en faveur d’une existence réelle
• Tradition orale solide dans le Guangdong.
• Rôle récurrent dans les récits du Hoi Tong Monastery.
• Présence de “Hong” dans les réseaux du Hongmen (Tiandihui), même si pas directement documentée.
Ce qui reste incertain
• Aucun document Qing ou républicain ne confirme son existence.
• Son rôle dans la transmission du style semble avoir été reconstruit a posteriori.
Deng conclut donc que Hung Hei-gun est probablement un personnage historique, mais son rôle fondateur a été amplifié par le folklore et les sociétés secrètes.
II. Le travail de Lam Sai-wing (林世荣) selon Deng Guangmin
Deng accorde à Lam Sai-wing une importance capitale, car son rôle dans la formalisation, la documentation et la diffusion du Hung Gar est incomparable.
1. Un disciple direct et un témoin incontournable
Lam Sai-wing fut :
• élève proche de Wong Fei-hung,
• expert très respecté à Canton puis à Hong Kong,
• instructeur de troupes paramilitaires et d’associations civiles.
Deng souligne qu’après la mort de Wong, Lam Sai-wing devint la figure la plus influente du Hung Gar.
2. Son travail littéraire et iconographique
Lam a laissé trois ouvrages majeurs, illustrés de photographies d’époque, véritables trésors pour les chercheurs :
1. Gung Gee F**k Fu Kuen 工字伏虎拳
2. Fu Hok Seung Ying Kuen 虎鹤双形拳
3. Tit Sin Kuen 铁线拳
Ces ouvrages ont permis :
• de fixer les formes, auparavant transmises oralement,
• de préserver des postures, séquences et principes fidèlement,
• de standardiser la pratique du Hung Gar moderne.
Deng considère ces livres comme des documents historiques prioritaires, car ils sont datés, illustrés et liés directement au cercle de Wong Fei-hung.
3. La diffusion du Hung Gar
Lam Sai-wing a créé :
• des écoles au Guangdong et à Hong Kong,
• des instructeurs formés systématiquement,
• un réseau de disciples qui a permis au style d’arriver :
• en Asie du Sud-Est,
• en Amérique du Nord,
• en Europe.
Pour Deng, sans Lam Sai-wing, il n’y aurait pas de Hung Gar international.
4. Les apports techniques de Lam Sai-wing
Deng détaille plusieurs contributions :
• clarification des postures fondamentales,
• systématisation de l’entraînement aux armes,
• formalisation des fondamentaux internes du Tit Sin Kuen,
• rôle dans la codification de la danse du lion du Hung Gar, devenue emblématique.
Il est considéré comme l’artisan principal du Hung Gar “classique”, tel qu’on le connaît aujourd’hui.
III. Les formes du Hung Gar : structure, contenu, créateurs reconnus
Deng consacre un chapitre entier à décrire les trois grandes formes fondamentales du Hung Gar moderne et leurs origines possibles.
1. Gung Gee F**k Fu Kuen 工字伏虎拳
La forme du caractère “工” – Dompter le tigre
Caractéristiques
• Base de la structure du style.
• Développe force, stabilité, alignement, puissance.
Création attribuée à :
• Tradition orale : Hung Hei-gun.
• Approche historico-critique :
• forme probablement réorganisée par Wong Fei-hung,
• et encore plus standardisée par Lam Sai-wing.
Rôle dans le style
• Introduit tous les principes fondamentaux du Hung Gar.
2. Fu Hok Seung Ying Kuen 虎鹤双形拳
Les formes combinées du tigre et de la grue
Caractéristiques
• Combinaison harmonieuse de force (tigre) et de légèreté (grue).
• Forme d’une grande profondeur technique.
Création attribuée à :
• Tradition : un travail coopératif entre Hung Hei-gun et Luk Ah Choi.
• Analyse de Deng :
• la forme est ancienne, mais son organisation actuelle est probablement l’œuvre de Wong Fei-hung,
• qui l’aurait structurée pédagogiquement.
Rôle dans le style
• Pont entre puissance externe et contrôle interne.
3. Tit Sin Kuen 铁线拳
La “Forme des fils de fer” – Travail interne du Hung Gar
Caractéristiques
• Exercice avancé de respiration, force interne, vibration musculaire.
• Identifié comme le sommet du système.
Création attribuée à :
• Tradition : Tit Kiu Sam (Iron Bridge Three), un maître du sud du XIXᵉ siècle.
• Deng confirme que cette attribution est plausible, car Tit Kiu Sam est l’un des rares maîtres du Sud réellement documentés.
Rôle dans le style
• Forme de développement interne et de renforcement du corps.
Conclusion générale
Deng Guangmin propose une vision :
• historico-critique,
• débarrassée de la fiction cinématographique,
• précisant la distinction entre les mythes, les traditions orales et les documents authentifiés.
Ce qu’il met en évidence :
• Les maîtres mythiques sont des symboles culturels plus que des figures historiques vérifiables.
• Lam Sai-wing est l’artisan majeur de la formalisation du Hung Gar moderne.
• Les trois grandes formes sont un legs collectif, partiellement mythifié, mais solidifié par la transmission de Wong Fei-hung et la documentation de Lam Sai-wing.
Voici la suite développée portant sur :
1. La légende de l’incendie du Shaolin du Sud,
2. Une filiation martiale complète sous forme de schéma,
3. Les biographies développées de Tit Kiu Sam et d’autres maîtres majeurs du Sud.
Je respecte l’esprit du livre de Deng Guangmin, tout en développant les points avec rigueur historique (Deng insiste beaucoup sur la distinction entre mythe, romanisation et données vérifiables).
La légende de l’incendie du Shaolin du Sud (développement)
Deng Guangmin consacre un passage important à cette légende, précisément parce qu’elle constitue l’un des piliers narratifs du Hung Gar moderne mais qu’elle est historiquement problématique.
■ Origine de la légende
La légende raconte qu’un monastère Shaolin du Sud, situé soit au Fujian, soit au Guangdong, aurait été détruit par les Mandchous (dynastie Qing).
Les survivants — les « Cinq Aînés » (五老, Ng Lou) — auraient ensuite répandu leur art dans le Sud de la Chine.
Les cinq figures les plus souvent citées :
• Ji-sin Sim-si 至善禅师 (Zhishan)
• Ng Mui 五枚
• Fung Dou-dak 冯道德
• Bak Mei 白眉
• Miu Hin 苗显
Deng souligne que ces noms apparaissent dans la littérature populaire et les romans martiaux bien avant d’être repris par les écoles d’arts martiaux. Ce sont des symboles narratifs d’une résistance anti-Qing.
■ Construction progressive du mythe
Deng montre que :
• La destruction d’un monastère Shaolin est documentée, mais pas celui du Sud, ni avec les personnages légendaires associés.
• Plusieurs monastères régionaux prétendaient être « Shaolin du Sud », comme Quanzhou ou Putian au Fujian.
• La Tiandihui (société secrète) s’est approprié la légende pour légitimer son combat contre les Qing.
• À la fin du XIXᵉ siècle, les écoles populaires du Guangdong (Hung Gar, Choy Lee Fut, Wing Chun…) adoptent cette légende comme généalogie glorifiante.
■ Déconstruction par Deng
Deng insiste sur trois points :
1. Aucun document Qing ne mentionne l’incendie d’un “Shaolin du Sud”.
Les seules destructions attestées concernent le Monastère de Shaolin du Henan (Nord).
2. Les biographies de Ji-sin ou Ng Mui sont absentes des sources monastiques.
Elles émergent d’abord dans les romans cantonais du XIXᵉ siècle.
3. Hung Hei-gun n’apparaît pas dans les archives de la Tiandihui.
C’est crucial :
→ s’il était réellement un membre fondateur, son nom devrait figurer dans les documents secrets du Hongmen.
→ mais il n’y est jamais mentionné.
■ Pourquoi la légende survit-elle ?
Deng explique que la légende :
• offre une origine héroïque et sacrée aux styles du Sud,
• réunit les maîtres sous un même symbole,
• permet d’affirmer une filiation prestigieuse liée à la résistance anti-mandchoue.
En conclusion, la légende est un récit structurant, indispensable pour comprendre la culture martiale du Sud, mais pas un fait historique.
ce que Deng appelle une double filiation :
• mythique/littéraire → Ji-sin → Hung Hei-gun
• historique/documentée → Luk Ah-choi → Wong Kei-ying → Wong Fei-hung
Biographie développée de Tit Kiu Sam (铁桥三)
(“Sam aux ponts de fer”) — personnage clé du Hung Gar pré-Wong Fei-hung)
Deng présente Tit Kiu Sam comme un maître semi-historique du Guangdong, actif probablement au début du XIXᵉ siècle.
■ Éléments biographiques (selon Deng et les sources du Sud)
• Nom civil : Leung Kwan 梁坤.
• Surnom : Tit Kiu Sam 铁桥三, « le Troisième au Pont de Fer » (le surnom “Pont de fer” se réfère à ses bras réputés indestructibles).
• Formation : il aurait appris auprès de Siu Lam (Shaolin du Sud selon la tradition), peut-être de Ji-sin, mais ceci n’est pas historiquement vérifiable.
• Spécialité :
• travail des tendons et du fer (tit ging 铁劲),
• le style Tit Sin Kuen (铁线拳, « Forme du Fil de Fer »),
• une combinaison de respiration, renforcement martial et techniques internes-externes.
■ Rôle dans la tradition Hung Gar
Deng indique que la forme Tit Sin Kuen, souvent attribuée à Tit Kiu Sam, joue un rôle essentiel dans la codification du Hung Gar moderne :
● 1. Elle constitue la forme reine, le sommet du style.
● 2. Elle intègre un système respiratoire sophistiqué (six sons, contrôle du diaphragme).
● 3. Elle influence durablement la méthodologie du renforcement dans le Hung Gar.
C’est Lam Sai Wing, disciple de Wong Fei-hung, qui publiera en 1919 un manuel célèbre sur la forme, assurant sa diffusion mondiale.
Selon la tradition cantonais, Tit Kiu Sam aurait trouvé la mort après avoir refusé de soigner un fonctionnaire corrompu. Deng précise que ce récit relève plus de la mythification morale que de l’histoire.
Autres maîtres du Sud mentionnés par Deng
■ Luk Ah-choi 陸阿采
Un des premiers maîtres dont l’existence est quasi certaine.
• Ancien soldat manchou naturalisé cantonais selon certaines versions.
• Aurait appris auprès de Ji-sin (version légendaire) mais Deng note l’absence de preuve.
• Maillon essentiel entre la légende et l’histoire du Hung Gar.
■ Wong Tai-hoeng 黄泰亨
Maître très discret dans la littérature mais attesté comme professeur de Wong Kei-ying.
• Doué en herboristerie et en techniques de combat.
• Représente une transmission déjà très enracinée dans la réalité sociale du Guangdong.
■ Wong Kei-ying 黄麒英 (v. 1815–1886)
Père de Wong Fei-hung, membre des Dix Tigres du Guangdong.
• Médecin itinérant, spécialiste des coups de paume et du bâton.
• Sa biographie est mieux documentée que celle de tous les maîtres précédents.
■ Ji-sin (Zhishan) et Ng Mui
Deng rappelle qu’ils appartiennent à la littérature martiale plus qu’à l’histoire, mais qu’ils jouent un rôle fondamental dans la légitimité des styles du Sud.