19/05/2024
ETAPE 2 : MISE AU SEC 2/2
Suite à nos précédents déboires avec le moteur, nous avons fait appel à un professionnel afin de tester le moteur et avoir un avis favorable, condition sine qua non pour nous de tenter le convoyage jusqu'à Tancarville. Rassurés par le diagnostic positif, ce n'est pas non plus sans une certaine appréhension que le 23 septembre 2023, nous entamons la remontée de la Seine.
La navigation entre le port du Havre et Tancarville paraît simple, mais il faut jouer avec les bancs de sables, le trafic maritime et les forts courants dans l'embouchure de la Seine. De plus, même si la journée s'annonce belle dans l'ensemble, le ciel est mauvais et la mer hachée au matin.
Le départ se fait sans encombre, le moteur démarre, ça y est, on est partis ! Néanmoins, à peine sortis du port, nous sommes déjà tendus : le moteur tourne bien mais une sale odeur envahit l'atmosphère. Heureusement le vent est là, nous coupons le moteur et sortons les voiles. Les conditions sont un peu rudes, et avec l'odeur, certains membres de l'équipage renvoient leur petit déjeuner par dessus bord.
Le contournement du banc d'Amfard est relativement simple, mais avec les conditions l'équipage souffre un peu.Quand vient enfin le moment de s'engager dans la Seine en remontant le chenal de Rouen, le temps change soudainement : le vent tombe presque totalement, la mer s'aplatit et le soleil chauffe fort.
Vient alors le moment redouté car il faut remettre le moteur. Tout se passe bien, mais assez rapidement l'odeur toxique nous assaille à nouveau. Nous recoupons le moteur et profitons du peu de vent et du courant de marée montante pour remonter la Seine en essayant de longer le chenal sans trop s'approcher de la longue digue basse. Malheureusement, le vent est trop faible et nous sommes contraints de rallumer le moteur. Là encore l'odeur revient très vite, mais de plus il chauffe et se met à faire des bruits inquiétants. Nous le coupons définitivement de peur de l'abîmer plus, voire même qu'il prenne feu.
La situation est alors simple : Le ciel est radieux, mais il n'y a plus de vent, et nous dérivons sans moteur au milieu du chenal dans sa partie la plus étroite. Nous voyons au loin les tankers approcher et surtout, de beaucoup plus près, le joli récif (îlot reposoir) sur le banc du Ratier vers lequel le courant nous entraîne doucement. Il nous semble alors évident que si nous ne sommes pas encore en danger, nous le serons bientôt. La décision d'appeler à l'aide est donc prise.
L'odeur est tellement horrible dans le cockpit que nous contactons le CROSS Jobourg par téléphone pour rester à l'extérieur sur le pont. Néanmoins, la suite de la procédure nous obligera à utiliser la radio (coordination avec autres bateaux alentours et la SNSM) et à plusieurs reprises l'un de nous devra respirer les odeurs au pont d'en avoir la nausée et des vertiges.
Dès que l'appel au CROSS est lancé, l'équipage est instantanément soulagé. Le CROSS fait un travail incroyable de coordination avec les bateaux dans la zone qui viennent s'assurer que nous allons bien et, après un moment d'incertitude, nous confirme que la SNSM va venir nous assister... Il fait beau, nous n'avons plus qu'à attendre. Quelques instants plus t**d, cerise sur le gâteau, la SNSM nous confirme que nous serons remorqués, jusqu'à Tancarville!!!
La suite n'est qu'un enchaînement de bonnes nouvelles et de découvertes sous un soleil radieux. La vedette de sauvetage de la SNSM arrive sur zone, les plongeurs montent à bord sans difficulté, le bateau est amarré et nous partons en direction de Tancarville à une bonne vitesse de 7 à 8 nœuds. Pendant 2 heures, nous avons la chance de pouvoir échanger avec les plongeurs de la SNSM qui répondent à toutes nos questions et partagent leurs expériences incroyables de sauvetage, et ce en toute humilité.
Nous passons l'écluse de Tancarville à couple avec la vedette de la SNSM qui nous propulse ensuite délicatement vers le ponton du Chantier Naval des Torpilleurs dont l'équipe nous fait le plaisir de sortir le bateau de l'eau directement alors que leur journée de travail touche à sa fin. C'est donc sous un soleil magnifique, à Tancarville, avec des souvenirs plein la tête et des images inoubliables de la carène de Fango couvertes de plateaux de fruits de mer, que nous terminons cet incroyable convoyage entre le Havre et Tancarville.
Malgré les conditions du convoyage et un moteur vraisemblablement en fin de vie, l'objectif est atteint.
Le projet de rénovation va enfin pouvoir démarrer.
Les sauveteurs en mer - station SNSM Le Havre