24/04/2026
📜 RENCONTRE avec… Lyne Laforme – Episode 6 : L'équitation western : une philosophie avant d'être une discipline
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🤠 Définir l'équitation western
L’équitation western est née du travail quotidien avec les chevaux, dans de grands espaces, où l’efficacité, la sécurité et le respect du cheval étaient essentiels. À l’origine, le cheval n’était pas un outil de loisir, mais un véritable partenaire de travail, capable de réfléchir, d’anticiper et d’agir avec autonomie.
Dans cette équitation, on recherche avant tout un cheval calme, équilibré et volontaire. Les aides sont discrètes, claires, et utilisées avec parcimonie. Le cavalier apprend à influencer le cheval par son intention, son positionnement et son énergie, bien avant d’intervenir avec les mains. Les rênes restent le plus souvent détendues, signe que le cheval se porte lui-même et comprend ce qu’on attend de lui.
Le travail se construit de façon progressive. On commence par les bases à pied, pour développer le contrôle du corps, la compréhension de la pression et la confiance. Puis, monté, on affine l’équilibre, la direction, les transitions et la maniabilité, toujours dans le respect du rythme d’apprentissage du cheval. L’objectif n’est pas la contrainte, mais la clarté.
L’équitation western vise un cheval fonctionnel, capable de se déplacer avec aisance, de répondre avec légèreté et de rester mentalement disponible. Qu’il s’agisse de reining, de ranch riding ou de trail, toutes les disciplines reposent sur les mêmes fondations : un cheval détendu, connecté et responsable de son mouvement.
Au-delà de la technique, l’équitation western est une philosophie. Elle invite le cavalier à ralentir, à observer et à écouter. À construire une relation basée sur la confiance, la cohérence et le partenariat, pour un cheval qui travaille avec nous, et non contre nous.
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🔄 Ce qui a changé en 60 ans
Depuis plus de 60 ans que je pratique l'équitation western, beaucoup de choses ont changé : la façon d'aborder le cheval, de travailler, les exigences, nos compétences... On comprend mieux l'animal, on a plus de références avec la science qui fait de plus en plus de recherches, on apprend des choses sur les chevaux qu'on n'aurait pas imaginé il y a quelques dizaines d'années.
Au niveau de la façon de travailler les chevaux, on a beaucoup plus de technique, on comprend mieux comment le cheval travaille, sa dissymétrie naturelle, les compétences que le cheval a. En compétition, s'il n'a pas les compétences pour faire ce qu'on veut faire avec lui, on va le diriger vers un autre type de travail.
Au niveau loisirs, les gens choisissent des chevaux de toutes races, et les bâtissent pour faire ce qu'ils ont envie de faire. Ils ne se contentent plus de partir en balade : ils veulent un cheval sécuritaire, éduqué, qui est capable de prendre le bon pied, qui recule, qui répond à la jambe isolée. Aujourd’hui, les cavaliers qui se contentent simplement de monter à cheval pour partir deux heures au galop sont devenus bien plus rares.
Les gens ont beaucoup plus conscience de l'animal avec lequel ils travaillent. Ils veulent créer un partenariat, avoir une relation. Comme pour tout, il y en a certains qui ne savent pas trop ce que ça veut dire, c'est comme pour l'éducation d'un enfant, ils laissent tout faire à leur cheval et ça devient un problème. Mais quelqu'un qui se fait encadrer par les bonnes personnes et qui travaille pourra établir la relation qu'il recherche.
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🇫🇷 Un système français qui freine son développement
Ce qui est un peu compliqué dans le système français, c'est que l'équitation western n'est pas considérée comme une équitation en soi. Pour la FFE, c'est uniquement une discipline. C'est compliqué de développer l'équitation western comme elle pourrait l'être parce qu'elle est englobée par la culture classique qui existe en France.
Pour moi, la France (et pas uniquement dans l'équitation), est très axée sur les diplômes plutôt que sur les compétences. Je parle régulièrement avec des enseignants d'école ou d'université, ils sont très conscients que le système bloque énormément de compétences parce que tout est axé sur un diplôme.
Il faut avoir un diplôme pour être compétent alors que pour moi, il faut être compétent, et peut-être que le diplôme pourrait faire partie des compétences. Mais dans la philosophie française, ce système scolaire se répercute même dans l'équitation western, et ça met énormément de freins à une évolution.
Au niveau de l'équitation classique, c'est plus facile parce que ça fait partie de la culture. Je comprends la Fédération qui dit qu'il n'y a pas assez de membres western, mais en réalité il n'y a pas assez de monde parce qu'ils ne font rien pour vraiment la développer. Il y a eu une petite ouverture pour le reining, mais comme le reining ne fait maintenant plus partie du championnat du monde, c'est encore pire : ça a mis de côté toute cette partie de l'équitation western.
En France, l'équitation western n'est reconnue que comme une simple discipline, alors que c'est une équitation à part entière, au même titre que l'équitation classique. On n'a pas ce problème en Amérique du Nord : il est beaucoup plus facile de développer l'équitation et de créer des programmes parce que ça fait partie de la culture, comme le classique. On ne met pas en avant plus l'une que l'autre.
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📈 Mais une discipline en plein qui continue à évoluer, parce qu'elle est portée par des passionnés
Je trouve que l'équitation western en France évolue quand même très bien parce que les gens se forment de plus en plus. Ils ont faim d'apprendre et veulent vraiment avoir des outils pour être capables de travailler efficacement avec leurs chevaux, et surtout être juste.
Tous ceux qui enseignent l'équitation western sont des pionniers, ils travaillent fort pour faire connaître le western, et même juste pour passer des niveaux d'enseignements.
Il y a en France énormément de bonnes personnes, de bons enseignants, de gens qui travaillent fort pour faire connaître cette équitation. Et pour moi, c'est vraiment la bataille de David contre Goliath : ils font leur travail, ils font du mieux qu'ils peuvent, et ça se développe doucement.
Je vois vraiment de plus en plus d'intérêt pour l'équitation western : beaucoup de gens quittent le classique, surtout des personnes de plus de 40 ans qui sont tombées, ont eu peur, ou parce que le classique ne correspond plus à ce qu'ils veulent faire. Et ils découvrent l'équitation western, sont enchantés, souvent ils vont s'acheter un cheval...
La France est un marché extraordinaire, quelques millions de personnes peuvent être touchées par l'équitation western. Tout le monde travaille fort pour essayer de développer cette équitation qui mérite sa place en France !