13/09/2026
LE RUGBY FRANÇAIS CHERCHE LES TALENTS DU PACIFIQUE. À DUMBÉA, L’URCD ATTEND TOUJOURS SES NOUVELLES INSTALLATIONS
POM, APER, clubs formateurs : derrière la nouvelle filière d’excellence, quelle place pour ceux qui ont fait émerger les talents ?
Dans mon précédent article consacré au Pôle Outre-Mer (POM) de Wallis-et-Futuna et à l’APER de Nouvelle-Calédonie, je posais une question :
Avant de détecter un talent, ne faut-il pas d’abord demander au jeune ce qu’il souhaite réellement ?
Derrière chaque potentiel sportif, il y a d’abord un enfant, ses rêves et ses propres projets.
AVANT LE PÔLE, IL Y A LE CLUB.
En Nouvelle-Calédonie, l’Union Rugby Club de Dumbéa (URCD) est depuis des années l’un de ces clubs formateurs.
UN CLUB FORMATEUR DUREMENT FRAPPÉ
Les installations de l’URCD ont été incendiées à plusieurs reprises en 2024, lors des émeutes qui ont frappé la Nouvelle-Calédonie.
En septembre, Les Nouvelles Calédoniennes rapportaient un deuxième incendie et publiaient une photographie des locaux détruits, issue de la page Facebook du club.
La Ville de Dumbéa a depuis engagé un projet de reconstruction des installations du parc des sports Gérald-Dalmas, évalué à 180 millions de francs CFP, soit environ 1,51 million d’euros.
L’État a accordé 28,8 millions de francs CFP, soit environ 241 000 €, tandis que 59,2 millions de francs CFP, soit environ 496 000 €, ont été sollicités auprès de la Nouvelle-Calédonie.
Mais le club attend toujours son nouvel outil de travail.
LE PACIFIQUE, NOUVEAU « VIVIER » DU RUGBY FRANÇAIS
Lors de sa visite en Nouvelle-Calédonie en juillet 2025, Florian Grill, accompagné d’Abdelatif Benazzi, était venu parler du développement du rugby et du potentiel du territoire.
La FFR estime que la Nouvelle-Calédonie représente environ 0,25 % de ses licenciés, mais peut fournir jusqu’à 15 % des joueurs des équipes de France.
Le mot est révélateur : « VIVIER ».
Mais un vivier ne se crée pas tout seul. Il faut des éducateurs, des bénévoles, des terrains, du matériel et des clubs capables d’accompagner les jeunes avant leur arrivée dans les structures fédérales.
L’URCD fait partie de ces clubs.
Son travail a notamment contribué à faire émerger Peato Mauvaka, Rodrigue Neti ou Yoram Moefana, parmi d’autres talents.
ET L’AIDE ANNONCÉE PAR FLORIAN GRILL ?
Lors de sa venue en Nouvelle-Calédonie, Florian Grill avait annoncé vouloir aider le club et se rapprocher de la mairie de Dumbéa afin d’étudier les possibilités d’accompagnement.
ALORS OÙ EN EST CETTE AIDE SPÉCIFIQUE ANNONCÉE POUR L’URCD ?
Il ne s’agit évidemment pas de demander à la FFR de financer seule un projet de 1,51 million d’euros.
Mais peut-elle apporter un soutien particulier à un club qui a déjà largement contribué à la formation des talents du rugby français ?
DES DISPOSITIFS FÉDÉRAUX QUI NE SE VOIENT PAS À DUMBÉA
Ni le dispositif 5+5=20, aujourd’hui terminé, ni le 2,5+2,5=5 ne se traduisent, à ma connaissance, par une aide identifiée pour les installations de l’URCD.
Les aides de l’ANS que j’ai pu répertorier concernent d’autres actions, et non la reconstruction des équipements sportifs.
Pourtant, Florian Grill reconnaît lui-même que les infrastructures du rugby en Nouvelle-Calédonie sont largement désuètes et à Dumbéa détruites.
Alors une fois le président de la FFR reparti, qu’est-ce qui change réellement sur le terrain ?
À Dumbéa, pour l’instant, les installations attendent toujours.
UNE AIDE SYMBOLIQUE SERAIT DÉJÀ UN SIGNAL
J’avais déjà évoqué dans un précédent article les moyens dont dispose la FFR pour accompagner les clubs victimes de sinistres : gratuité des licences, soutien via Rugby au Cœur et dispositifs de solidarité.
Avec environ 200 licenciés, une prise en charge des licences sur une base moyenne de 60 € représenterait environ 12 000 €.
Une aide exceptionnelle de 20 000 € via Rugby au Cœur serait également envisageable.
Bien sûr, ces sommes restent dérisoires face aux 1,51 million d’euros du projet de reconstruction.
Mais ce serait un geste de solidarité envers un club formateur durement touché.
D’autant que la FFR a annoncé en 2026 4 millions d’euros supplémentaires via Rugby au Cœur pour accompagner les clubs amateurs.
AVANT LE PÔLE, IL Y A LE CLUB
C’est finalement là que mes deux articles se rejoignent.
À Wallis-et-Futuna, le POM doit permettre de détecter et d’accompagner les futurs talents.
En Nouvelle-Calédonie, l’APER et le pôle espoirs structurent la filière vers le haut niveau.
Mais avant les pôles, il y avait les clubs.
PEUT-ON CONSTRUIRE UNE FILIÈRE D’EXCELLENCE DANS LE PACIFIQUE SANS RENFORCER CEUX QUI, SUR LE TERRAIN, ONT ÉTÉ LES PREMIERS À FAIRE ÉMERGER SES TALENTS ?
La question n’est pas de savoir si la FFR doit reconstruire les installations de Dumbéa.
Elle ne le peut pas seule.
La question est de savoir si l’aide annoncée au club peut désormais devenir concrète.
Car avant le joueur détecté, il y a celui qui lui a tendu son premier ballon.
Et avant le pôle, il y a le club.