14/04/2019
Hello tous les fans de coaching et de performance !
Un grand merci à Courts Magazine Laurent Van Reepinghen son directeur et Mathieu Canac l'auteur de cet article d'avoir été curieux. Et aussi d'avoir eu l'idée de nous associer avec Phil (Philippe Dehaes)
A Soyez P.R.O nous croyons depuis très longtemps au coaching participatif.
Le plus important pour nous est que le joueur soit au coeur de SON projet. Car, il est essentiel qu'il participe. C'est-à-dire qu'il s'exprime, qu'il ne soit pas d'accord, qu'il soit curieux.
Il nous semble que grâce à cet esprit "d'aventurier" le sportif atteindra tout son potentiel.
Un nouveau métier s'ouvre pour répondre au monde qui bouge. La pédagogie a besoin d'évoluer !
Nous proposons un modèle qui n'est pas figé loin de là, qui évolue grâce au terrain et à nos échanges en formation :
la pédagogie Soyez P.R.O (Poser, Respirer, Observer mes émotions pour performer.)
Bonne lecture.
Coach, un métier électrique
"Tu connais la muraille de Chine ? Maintenant, tu vas être la muraille russe. C'est totalement nouveau sur le marché. C'est solide, extrêmement solide et ça ne donne aucun point gratuit." Accroupi sur le court, Philippe Dehaes reagrde Daria Kasatkina droit dans les yeux. Il cherche à la galvaniser. Avec brio. Menée d'un set et un break par Alizé Cornet au deuxième tour du tournoi de Moscou fin 2018, la Russe renverse alors la situation. Quelques jours plus t**d, en larmes, elle tombe dans les bras de son entraîneur. Grâce, en partie, à un nouveau speech brillant de ce dernier, elle vient de remporter le titre. Chez elle, devant son public. Si les coachings gagnants du Belge font régulièrement le buzz sur internet, ils ne représentent qu'une petite partie de son métier. Le reste se fait dans l'ombre.
Bien que rarement en salopette, l'entraîneur est une sorte d'électricien. Il n'a qu'un but : aider le joueur à briller. Fort. Le plus intensément possible. Tout mettre en œuvre pour que son protégé puisse "atteindre son plein potentiel", nous explique Philippe Dehaes. "Je ne parle pas de classement, mais de trouver les clefs pour ouvrir toutes les portes de la performance", poursuit l'ancien coach de Kasatkina, jeune joueuse russe au style créatif, lumineux.
Pour atteindre cet objectif, rien n'est laissé au hasard. "J'aime répéter que 'le Diable se cache dans les détails'", confie-t-il. "Tous les aspects sont importants : nutrition, physique, tactique, technique, mental, récupération, matériel, programmation des compétitions... J'aime chercher à améliorer chaque point avec les différents intervenants (préparateur physique, mental etc.). C'est ce qui rend le métier passionnant. Une phrase d'Albert Einstein dit : 'La folie, c'est de faire toujours la même chose et s'attendre à un résultat différent.' Il faut en permanence chercher à faire évoluer son travail, il faut se réinventer chaque jour pour arriver à rester performant et garder le joueur en alerte." Pour tirer le maximum d'un joueur, l'astuce magique n'existe pas. Personne ne peut prétendre connaître le conducteur universel capable d'apporter l'étincelle à n'importe quel apprenti. "Je n'ai pas de méthode spécifique, je ne vais pas écrire un livre sur 'ma méthode de coaching'", précise Philippe Dehaes. "On nous fait croire qu'il y a des trucs, mais il n'y a pas de trucs", nous confirme Ronan Lafaix, connu, notamment, pour avoir accompagné Stéphane Robert du monde amateur jusqu'au 50e rang mondial.
L'astuce magique n'existe pas
Néanmoins, certains axes de travail semblent être communs à de nombreux entraîneurs. L'un d'eux consiste à recréer les conditions de match durant les entraînements. Afin de pouvoir garder les idées claires en toutes circonstances. Ne pas avoir les fils qui se touchent quand la tension est palpable. Sinon, impossible de prendre les bonnes décisions. D'appuyer sur les bons interrupteurs aux bons moments. "La principale difficulté du tennis, c'est de rester concentré", confie Björn Borg dans une interview publié par l'Express en mai 2011. "Maintenant, tu joues les cinq sets les plus importants de ta vie", lui rabâche constamment Lennart Bergelin, son mentor, à l'entraînement. Au début, le grand blond sans chaussure noire parvient à fixer son "attention pendant une demi-heure, voire une heure." Puis "pendant deux heures". Après plusieurs années il tient "trois, quatre heures." Habitué à péter les plombs durant sa jeunesse, à exploser ses raquettes, l'ancien sanguin devient "lceborg". L'homme impassible. Il prend les séances comme "s'il s'agissait de finales majeures." Jusqu'à toucher du doigt une réciprocité aux allures de Graal. "À Roland-Garros ou Wimbledon, je jouais comme à l'entraînement", affirme-t-il. "Du coup, je ne ressentais aucune pression particulière."
Ronan Lafaix base, entre autres, son travail sur cette fameuse concentration. La gestion des temps morts, des émotions, entre les points. "Il m'est arrivé de faire des entraînements où on joue cinq b***es, puis on discute pendant 10, 15 minutes", prend-il le temps de nous raconter. Pour savoir ce que le joueur ressent. Pour suivre le fil conducteur du match. Parce qu'en match, tu passes ton temps à t'arrêter. Un point dure de 1 seconde, parfois moins, à, quelques secondes maximum. Tu prends un ace, et tu as 25, 30 secondes pour réfléchir jusqu'au point suivant. Et puis, après, on te donne 1 min 30 pour t'asseoir au changement de côté." Résultat, en compétition, ça surchauffe dans la boîte à fusibles. Livré à lui-même, seul avec ses pensées, le joueur cogite. "Et là, dès que tu commences à rater, tu te dis que tu es nul, que tu n'as jamais aussi mal joué etc.", poursuit celui qui est aussi sophrologue, praticien en hypnose et programmation neuro-linguistique. "Tu te mets des coups dans la tronche, et l'estime de soi chute. Un match de tennis, c'est un combat d'estime de soi. Au départ, les deux concurrents sont à 100 %. Et puis, à force de se donner des coups, l'estime de l'un des deux diminue. Jusqu'à ce qu'il y en ait un qui abdique."
L'entraînement comme miroir de la compétition
Pour travailler cette "estime de soi" qu'il différence d'une "confiance en soi" pouvant s'estomper dès le moindre revers, le Français "propose un travail mental". Lorsqu'un joueur réussi pour la première fois "un truc dont il ne se sentait pas capable, il est fier." Pour pouvoir retrouver cette lumière, "il faut retenir le chemin qui a mené à cette sensation", détaille-t-il. "Le piège dans lequel beaucoup tombent est de se dire : 'O.K., aujourd'hui j'ai bien senti mon coup droit, donc demain ça va bien se passer'. Non, ça ne va pas bien se passer. Je peux te le dire que ça ne va pas bien se passer. En revanche, si tu es capable de savoir par quel chemin tu es passé pour arriver à cette sensation, alors tu es un vrai champion. Une fois que tu te sens souvent capable à l'entraînement, tu vas t'en souvenir en match avant de réaliser quelque chose de compliqué. Tu vas te rappeler que tu as été capable de le faire. Avant l'action." Créateur de la méthode "Soyez P.R.O (Poser, Respirer, Observer/Oser)" et auteur de deux livres, Ronan Lafaix est une oreille pour ses joueurs. À l'instar de Philippe Dehaes. Aux yeux du natif de Waterloo, "il y a deux écoles dans le coaching."
L'une est celle du "coach qui décide de tout, impose ses choix avec autorité, fait de longs discours sur ce qu'il faut faire et ne pas faire car il semble connaître beaucoup de choses. L'humilité n'est pas son point fort. Il fait régner une certaine peur dans la relation. Le résultat est son moteur." L'autre, à laquelle il appartient, est basée "sur l'écoute. Avec un entraîneur qui a la performance comme moteur et fait preuve de beaucoup d'empathie, de psychologie. Il va chercher à comprendre pourquoi les choses ne tournent pas comme il le voudrait et se remet toujours en question. Il s'interroge, met son joueur face à ses responsabilités et n'hésite pas, par exemple, à sacrifier des matchs en le laissant perdre sans l'aider à rebondir. Dans le but de le faire évoluer, d'enseigner les prises de décisions." L'an passé, dans la foulée d'un tournoi d'Indian Wells où, survoltée, Kasatkina atteint la finale, le relâchement survient. "Dasha" enchaîne plusieurs résultats moyens. Après une nouvelle défaite, les larmes coulent. Pourquoi pleurer ? Cette baisse de régime n'est pas une surprise, mais la conséquence de ce qu'elle fait depuis un mois. Voilà ce que lui explique Philippe Dehaes. Telle est sa façon de travailler. Il laisse parfois sa joueuse mettre les doigts dans la prise. Quitte à ce qu'elle prenne un gros coup de jus. Ensuite, il va "la chercher, la console, la rassure et construit."
"Trop d'entraîneurs ont une grande gu**le et de petites oreilles." - John Kessel
Selon Ronan Lafaix, la première catégorie évoquée plus haut, plutôt "à l'ancienne", tend à s'éteindre. "Aujourd'hui, je pense que les meilleurs coachs ont des relations d'écoute", constate-t-il. C'est en train de changer, c'est l'évolution de la vie. Le coach ne peut pas tout faire. Pour aider le joueur à croire en lui-même, à performer, il a besoin de lui. C'est le joueur qui fait le job." Toutefois, il faut savoir poser certaines limites dans la relation. Certes, le courant doit passer, mais sans excès. Philippe Dehaes n'est pas "pote" avec Daria Kasatkina. "Elle ne me tape sur l'épaule et on ne va pas boire des bières ensemble", déclare, sur le site de la RTBF, l'ex entraîneur de Xavier Malisse, Cristophe Rochus ou encore Yanina Wickmayer. Ça, c'est hors de question. Mais je suis très proche d'elle. Je compare cela avec une autre forme de relation. Je suis très proche de mes enfants, mais je ne suis pas leur copain. Pour moi, cette frontière-là est absolument capitale." La difficulté étant de savoir "être proche tout en gardant un peu ses distances", mais pas trop. Sinon, elle risque de ne pas oser lui "confier des choses qu['il va] pouvoir 'utiliser' - même si ce n'est peut-être pas le bon terme - pour la rendre plus forte."
Un avis que partage Ronan Lafaix. "Quand j'entraîne, je suis là pour le joueur. J'ai besoin de connaître une grande partie de lui, mais lui n'a pas besoin de connaître ma vie", nous détaille le Parisien de naissance. "Il s'en fout, le joueur. Je suis à son service pour mieux le comprendre, mais moins j'en dis sur moi, mieux c'est. En fonctionnant comme ça, il n'y a pas d'amitié possible. C'est là que c'est un travail." Autre connexion entre Dehaes et Lafaix : la volonté de responsabiliser. "C'est, je pense, le point commun de chaque entraîneur", précise le Belge. "Gagner un match de tennis, c'est oser prendre des décisions. Assumer des choix qui peuvent ne pas être payants. C'est prendre ses responsabilités. C'est pour cela qu'il faut construire l'autonomie chez le joueur. C'est lui qui décide s'il va frapper la b***e et aller chercher le point, ou attendre en espérant que l'adversaire rate." Pour le Francilien, un match de tennis est "une partie d'échec". Il faut savoir réagir à ce que propose l'adversaire. "'Responsabiliser', j'aime bien ce mot", ajoute-t-il. "Parce que le joueur est tout seul. Si tu as un schéma de jeu initial et que tu te bases dessus sans être capable d'en changer, ça va créer des problèmes. Il faut que le joueur soit en mesure de s'adapter." Qu'il puisse court-circuiter la tactique adverse lui-même. Pour illustrer cette "responsabilisation", Toni Nadal raconte une anecdote assez épastrouillante.
La "responsabilisation" comme dénominateur commun
Lors d'un tournoi, son neveu, un certain Rafael alors âgé d'un peu moins de 15 ans, est en panne, mené 5/0. "Tío Toni" regarde cela d'un œil. De loin. Il préfère observer un autre de ses protégés. Là, un ami arrive pour lui dire : "Je crois que Rafa joue avec une raquette cassée." L'oncle s'approche alors du futur Ogre de l'ocre pour lui faire passer le mot. Le jeune homme regarde son outil de travail d'un air "Ah oui, en effet", et en prend un autre dans son sac. Finalement, il s'incline 6/0 7/5. "Comment un garçon qui joue au tennis depuis tant d'années peut-il ne pas remarquer que sa raquette est cassée ?", lui demande Toni à la sortie du court. La réponse est lourde de sens. "Tu m'as tellement appris à ce que je sois le seul responsable, qu'à aucun moment je n'ai pensé pouvoir être en train de perdre à cause de ma raquette", l'éclaire l'adolescent. Depuis, bien aidé par l'enseignement de son tonton, il ne cesse de plonger bon nombre de ses adversaires dans l'obscurité. Parcequ'à "haut niveau", comme "les joueurs n'ont plus de points faibles et s'entraînent tous énormément, la différence se fait au mental", nous fait remarquer Philipe Dehaes.
Malheureusement, "tout ne s'enseigne pas", confie humblement le Wallon. "Pour réussir parmi les tout meilleurs, il faut avant tout avoir du 'talent de terrain'. Talent qui est souvent inné. Ensuite, c'est le travail qui fait la différence, et rien d'autre. Mais il n'existe pas de grand coach sans grand joueur !" En somme, quelques soient leurs degrés d'expertises, nos électriciens sans salopettes ne sont pas des magiciens. Ils ne peuvent pas créer l'électricité. Seulement la conduire vers le joueur pour l'aider à s'illuminer le plus possible.
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31Sylvain Guyomarc'h, Laurent Van Reepinghen et 29 autres personnes
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Premier périodique consacré aux sports de raquette, COURTS propose une ligne éditoriale inédite.