10/03/2026
UNE FLECHE CALIBRE 9,3X62
Tapis au sol je suis en embuscade dans un poste étroit coincé entre une petite charmille
et une clôture à mouton. Je ne le vois pas encore mais le bruit de son pas lourd
m’annonce sa venue.
Il apparait, depuis ce matin c’est le plus gros des sangliers qui fuit les chiens de la
battue par la coulée que je surveille aujourd’hui, un mâle déjà bien armé.
Une fois de plus non chassé, le sanglier descends le long du petit grillage en direction
d’un des passages qui lui permettra de fuir l’enceinte.
Je me ramasse sur moi-même accroupi comme si je voulais disparaitre dans le poste, la
main de corde déjà bien accroché à la commissure des lèvres.
Le tir est dans quelques secondes.
L’animal est à moins de 10 mètres quand il me voit.
Instantanément sa stratégie vire du tout au tout. Par expérience je reconnais le changement d’intention, l’attaque à la place de la fuite.
Le ragot bascule sur lui même pour être face à moi et accélère en passant du trot à cette
demi course bien affirmée qui dit « c’est moi le patron, tu me cherche, tu vas me trouver ».
C’est typiquement une situation de charge bien affirmée déjà vécue quelques fois dans ma vie de chasseur mais surtout de conducteur de chien de sang.
Reflexe inconscient aux deux sens du terme car l’arc n’est pas une arme a feu, je ne mise pas sur l’esquive.
Je ne sais absolument pas si c’est parce que j’étais tout de même relativement coincé dans le poste, si c’est par instinct de survie naturel que nous avons certainement tous, ou si c’est parce que j’ai déjà tué quelques sangliers à la charge en recherche avec ma carabine, mais dans la situation mon cerveau choisit instantanément l’option du tir de défense.
Je me redresse et je verrouille mon regard sur le front de l’animal que je laisse avancer tout droit à la distance de 3 mètres, bonne option habituelle pour moi pour assurer la précision du tir quand je suis en recherche face à un animal blessé qui défend sa vie.
Pile la distance atteinte je libère ma flèche, le choc est fulgurant.
Je savais qu’à cette distance, avec mon matériel de toute façon la flèche allait créer une réaction que j’espérais être au moins un évitement, mais je suis resté saisi par l’effet de l’impact.
Une b***e n’aurait pas fait mieux.
Un arrêt total, immédiat, et sur place de toute cette masse en mouvement.
Saint Hubert avait concentré le potentiel vulnérant de 4 flèches en une et l’avait guidé au bon endroit.
Comme si j’avais tiré avec ma 9,3 le sanglier s’effondre à mes pieds sans même un soubresaut, sans même un râle. Inimaginable …
S’en suit l’explosion de joie que vous pouvez soupçonner.
Après quelques secondes de prudence je m’approche de mon adversaire et je lui rends immédiatement très respectueusement les honneurs. Une telle action est sur bien des points très différente d’un tir au poste sur un gibier qui ne vous a pas vu ou qui parce que c’est le cas vous évite.
Ici ce que le chasseur ressent en face de l’animal change car quelque part on se sent aussi proie et potentiellement vulnérable, d’autant plus lorsque l’on n’a pas d’arme à feu dans les mains. Ce sont d’autres sensations.
J’ai bien conscience que sur ce coup la, aussi.., les choses auraient pu prendre une tournure moins glorieuse. Mais c’est aussi ça la chasse d’animaux dangereux comme un gros sanglier au sol en contact rapproché. On en accepte les règles et on tache de trouver le bon compromis, certes souvent ambiguë, entre péril et réussite.
Merci d’avoir lu ces quelques lignes car j’avais à cœur de prolonger le souvenir de ce sanglier et de cette chasse qui resteront gravés dans ma mémoire. Vive la chasse.
Recurve mongol Boreal, 57 # à 28 «
Fleche de 650 grains dont 350 grs en pointe
Bilame monobloc Celtic Camarguaise de 200 grs et 40 mm de large.
Yann