06/04/2020
Reprenant le fil de Hero, ex Brava, Vallicelli 44, pour l’Admirals’ Cup 1985 les sélections Irlandaises ont porté des surprises. Le nouveau Bénéteau One Ton Justine V y arrive sans soucis, mais les deux autres, Schollevaer un Peterson Rogers 39 et le David Thomas Confusion n’étaient pas attendus, au point ou le co-propriétaire de Schollevaer courait sur un autre bateau, plus coté… Sachant que ces deux derniers n’étaient pas au niveau, leurs propriétaires organisent la location de Hero et Yeoman XXV. J’étais responsable pour le « deal » sur Hero et les Irlandais me retiennent comme navigateur, comme quoi je rencontre le phénomène qui est Tom Power.
Dire qu’on s’est amusé serait qu’une petite idée de l’expérience que j’ai vécu avec cette équipe. Des sacrés caractères, des gros cœurs, des esprits irréductibles. Le bateau fuyait de partout, tout l’accastillage de pont manquait du Sika ! Et en 1985 il y avait du vent, beaucoup de vent. Dans le Channel Race, à 25 milles au sud des Needles, 45 nœuds de travers, nous partons au lof, une fois, deux fois et ça continue. Quelque chose ne va pas, la barre n’arrive plus à contrôler le bateau. A trois, tout à l’arrière, sous le cockpit, nous trouvons que le cadran a glissé sur l’axe du safran et ne tient plus. Après près d’une heure, ou sur le pont ils essaient d’utiliser la très petite barre franche, sans succès, nous arrivons à bloquer le truc, mais à 75 degrés de la ou il devait être. Nous essayons de continuer, mais devons accepter que ce soit impossible, et nous rentrons, pas sans difficulté !
Après ce revers, le Fastnet devait être notre revanche. 45 nœuds sur le pif au départ, des vagues comme de montagnes dans le Needles Channel, un moment ou, sur la crête d’une vague, nous rencontrons les Kiwis sur Epic sur l’autre bord. Nous virons tous les deux, une petite touche dans le creux, et à ce jour personne ne peut rappeler de qui était sur quel bord. Au large de Plymouth’ juste avant de perdre tout électricité, nous entendons qu’un voilier de 80’ a retourné à 50 milles ouest de notre position…. Le BLU règlementaire, installé à Cowes, envoyait du jus directement dans notre coque alu, et, sans qu’on le sût si tôt, a cuit l’alternateur et le démarreur.
De nous voir au près serré dans la mer d’Irlande, haut du moteur démonté, batteries en série, décompressant manuellement les quatre cylindres…. Même ces magiciens Irlandais ne trouvaient pas de miracle. Le vent ne faiblit pas, nous vidons des centaines de litres à sceau plusieurs fois par jour, que de bordelle à l’intérieur, toilette parti pans l’air avec l’un des propriétaires dessus… Ca fatigue. Je trouve le Fastnet, et sur la descente nous croisons un bateau militaire Hollandais avec qui nous arrivons à confirmer notre situation par VHF portable. Le Bishop Rock contourné, un long bord de reaching, tribord amure, 3 ris et foc #5, des énormes surfs, le mat dans l’eau mainte fois. On nous dit après que le vent soufflait jusqu’à 60 nœuds. Le seul instrument qu’on avait était le compas de barre. Craignant le Lézard, nous remettons toutes les batteries en série pour essayer de faire une position sur le Decca. Pour ça il fallait que mon estimation soit à 1,5 milles max…. Troisième essaie, bingo !
Cette dernière nuit nous n’étions que 3 ou 4 en état de venir dans le cockpit sans risques. Le propriétaire Suédois souffre d’une catastrophique crise d’angoisse et est ligoté dans sa bannette. Vers le Eddystone les conditions se calment et on revoit le reste de l’équipage. A terre, nous, comme tous les autres coureurs, marchaient comme des zombies. 15 jours plus t**d je ne pouvais toujours pas dormir plus de 10 minutes sans me lever et me précipiter à la fenêtre. Mais j’ai fait des amis à vie et je n’aurais pas pu partager ça avec des meilleurs marins.