07/08/2026
LES CHAUSSURES USÉES
Vous portez vos baskets depuis longtemps et, jusqu'à présent, elles vous semblaient encore très correctes. Mais il suffit d'entrer dans un magasin de chaussures et de les enlever pour essayer une paire neuve. Et soudain, vos baskets paraissent incroyablement usées, ternes, presque misérables. Comme si elles avaient vieilli d'un coup.
Puis vous quittez le magasin, les remettez à vos pieds… et vous vous dites : "Finalement, elles sont encore très bien."
En Gestalt-thérapie, on appelle cela "la figure et le fond".
Une même paire de baskets n'est pas perçue de la même manière selon le contexte dans lequel elle apparaît. Au milieu de chaussures ordinaires, elle semble tout à fait normale. À côté d'une paire flambant neuve, elle paraît soudain défraîchie.
Il en va de même pour nous.
Chez moi, dans mon quotidien ou auprès de ma famille, je peux me percevoir d'une certaine façon. En présence d'autres personnes, cette perception change. Et dans un autre environnement encore, elle peut changer une nouvelle fois.
Pour les baskets, on pourrait croire que tout est objectif : elles sont neuves ou usées, blanches ou décolorées, peu portées ou déjà marquées par le temps.
Mais il suffit d'ajouter un seul mot : "préférées" et tout change.
Les chaussures neuves ne deviennent ni moins belles, ni moins modernes, ni moins attrayantes. Il n'est pas nécessaire de les dévaloriser pour apprécier les miennes.
Les miennes restent usées, mais incroyablement confortables. Décolorées, mais parfaitement assorties à mes vêtements. D'une ancienne collection, mais pleines de souvenirs.
Elles ne sont plus seulement un objet que l'on juge "bon" ou "mauvais". Elles deviennent quelque chose de profondément personnel. Ce sont MES chaussures, et ce sont MES pieds qui s'y sentent bien.
Il en est de même dans la relation à soi.
Je peux être entourée de personnes plus intelligentes, plus belles, plus minces, plus jeunes ou plus expérimentées que moi… sans ressentir le besoin d'être une superstar pour exister, si j'entretiens avec moi-même une relation fondée sur le respect, la reconnaissance de mes propres valeurs, l'acceptation de mon corps et l'accord profond avec la personne que je suis.
Je peux être moins élégante, moins à la mode, moins diplômée ou moins compétente que quelqu'un d'autre, sans sombrer dans la honte ou le sentiment d'être « moins que », si je suis en paix avec moi-même.
Si je me perçois, pour reprendre la métaphore des baskets, comme une paire de chaussures préférée : un peu ancienne, marquée par les chemins parcourus, mais tellement confortable que je n'ai aucune envie de l'échanger contre une autre.