04/05/2026
La temporalité
J’observe, étudie et travaille avec les chevaux depuis plus de 40 ans et j’enseigne aux cavaliers depuis plus de 20 ans. Ces quelques années me permettent de constater que la plupart des humains adoptent une lecture frontale et/ou émotionnelle et/ou anthropomorphique du ou de leur cheval. L’humain, par nature, a sans doute besoin de réponses rapides, logiques et simples, parce que c’est rassurant, parce que c’est sécurisant pour notre mental…
Pourtant le monde du vivant dont le cheval fait parti, ne fonctionne pas de manière simpliste car il existe de nombreux paramètres influençant un comportement, par exemple : le lieu d’habitation, les liens sociaux, l’alimentation, les soins, la météo, le travail proposé, les personnes s’occupant du lieu de vie, leur état d’esprit, leurs intentions profondes et la liste est non exhaustive …
Au delà de ces paramètres, nous devons prendre en compte l’influence de la génétique, de la constitution, des asymétries, de la croissance car tout mammifère sera influencé par ces paramètres physiques et psychiques.
Lorsque je regarde un cheval, je prends en compte un maximum de ces paramètres mais les prioritaires seront ceux de la constitution physique (âge, race, conformation, asymétrie) qui influenceront facilement leur état psychique.
Leur sélection nous raconte également une histoire ( par qui, pourquoi, en bref ce qui a été recherché pour sa sélection)
en respectant les principes fondamentaux éthologiques et biomécaniques ainsi que les lois de l’équilibre, une analyse stricte réduirai le champ de communication possible ainsi que les différents chemins pour y accéder.
Une pensée pragmatique ne doit pas se réduire à une pensée prosélytique!
Le vivant est bien plus complexe et c’est en cela que l’inter-action est passionnante!
Mise à part le fait que plus nous possédons d’outils composés de connaissances et de compétences, plus de solutions s’offrent à nous, elles restent cependant des suppositions, des suggestions car rien n’est figé, tout se transforme et heureusement car nous ne possédons pas la capacité de fixer une échéance dans le temps!
Le temps reste relatif donc ce qui pourrait nous paraître long, sera bref pour d’autres …
Ce temps est pour moi la première contrainte de toute communication, là où au contraire l’observation active sera une clé pour un échange fructueux!
Le cheval est souvent réceptif à un comportement calme et constant, à une conscience pédagogue ainsi que des interventions lisibles, claires et cohérentes.
Le respect est un concept évasif pour le cheval car il est propre à une pensée humaine, conventionnelle et émotionnelle.
Je préfère plutôt le terme de « CONSIDERATION » à la place car il est plus global et sa définition est assez universelle.
J’entends également les cavaliers manifester un manque de « connexion », là où je vois plutôt l’absence d’écoute, d’attention, de concentration de leur part …
Et lorsque les cavaliers s’empressent et s’agitent, je leur explique à quel point leur rythme n’est pas accessible, audible, compréhensible pour le cheval.
En effet, communiquer avec un cheval, c’est comme danser avec un-e partenaire, vous pouvez parfaitement en connaitre les pas, si vous n’avez pas le sens du rythme, l’écoute de l’autre, alors vous n’arriverez jamais à danser ensemble !
Il faut apprendre et s’entraîner à être en syntonie pour se synchroniser!
Entre humains, ne rencontrons-nous pas des difficultés à nous comprendre lorsqu’une personne parle trop vite ou qu’elle n’articule pas convenablement, même si elle est francophone ?
Lors d’une danse que vous étudiez, enchaînez-vous immédiatement des pas complexes et rapides à la fois?
Si les cavaliers prenaient le temps de projeter les situations équestres dans leur quotidien, ils corrigeraient impérativement la manière dont ils s’adressent à leur chevaux.
Apprendre à communiquer, c’est apprendre à se tromper, à répéter, à reformuler et c’est la première intention dans tout acte d’inter-action.
Pour cela, nous avons besoin de nous mettre au rythme du cheval, de parler « SA TEMPORALITE » et lorsque nous le faisons réellement, sincèrement, alors la communication se transforme, cette temporalité devient finalement « nôtre » et cela nous rend profondément satisfait et heureux car le regard de notre cheval se transforme et devient alors plus doux et apaisé et ça, c’est véritablement merveilleux!
« et pour clore cette annexe (…) après trente ans de méditation sur le dos d’innombrables chevaux, je demande aux cavaliers qui me lisent et qui dressent leurs chevaux de regarder leur monture lorsqu’ils mettent pied à terre après une séance de travail, de contempler son oeil et de faire un examen de conscience pour se demander s’ils ont bien agi envers cet extraordinaire être vivant, ce compagnon adorable: le cheval. »Nuno Oliveira
Gina PITTI, à Montoison, le 4 mai 2026.