10/09/2026
Le Yoga dont parle Charaka n’est pas celui que nous avons appris à pratiquer
Lorsque Charaka parle de Yoga, il ne parle pas principalement de postures, de souplesse ou même d’une pratique destinée à rendre le corps plus performant. Dans les passages profonds de Śārīra Sthāna, le Yoga apparaît au terme d’une réflexion sur Manas, Ātman, les Indriya, Vedanā, Sukha, Dukha et Mokṣa. Charaka écrit :
योगे मोक्षे च सर्वासां वेदनानामवर्तनम् ।
मोक्षे निवृत्तिर्निःशेषा योगो मोक्षप्रवर्तकः ॥
Yoge mokṣe ca sarvāsāṃ vedanānām avartanam |
Mokṣe nivṛttir niḥśeṣā yogo mokṣa-pravartakaḥ ||
Yoga est ce qui conduit vers Moksa, la libération.
Pourquoi avons-nous besoin d’être libérés ? Parce qu’une grande partie de notre existence est gouvernée par ce que nous ressentons.
Ce qui produit Sukha, le plaisir : nous voulons le conserver.
Ce qui produit Duhkha, la souffrance : nous voulons l’éviter.
Ainsi se construisent Rāga, l’attachement, et Dvesa, l’aversion.
Voir et vouloir.
Obtenir et craindre de perdre.
Souffrir et vouloir fuir.
Être aimé et s’y attacher.
Être rejeté et se sentir diminué.
Le problème n’est pas de ressentir. Le problème est de devenir prisonnier de ce que l’on ressent. Le Yoga introduit alors quelque chose d’immense : un espace entre l’expérience et celui qui fait l’expérience.
Une émotion peut me traverser sans devenir mon identité.
Une douleur peut exister sans résumer tout mon être.
Un plaisir peut être vécu sans devoir être possédé.
Une perte peut me bouleverser sans m’anéantir.
C’est pourquoi, chez Charaka, le Yoga est profondément lié à la connaissance de Ātma et à la libération.
L’Āyurveda prend soin du corps, des sens, du mental, d’Agni, de Bala, des Dosha et de la longévité.
Mais elle finit par poser une question beaucoup plus grande : que vas-tu faire de cette vie que tu cherches tellement à préserver ? Car la santé n’est pas la destination ultime. L’Āyurveda nous apprend à prendre soin de la vie. Le Yoga nous apprend à ne pas devenir prisonniers de ce qui, dans cette vie, ne peut que changer.