30/08/2026
[ Courrier 📪 des lecteurs ]
➡️ Je m'appelais Claude Lombardo et je suis mort le 26 mars 2020 ......
Le week-end du 14 et 15 mars 2020, je prends les consignes auprès de mes collègues par téléphone. Étant en congé la semaine précédente, je m’inquiète de la COVID-19 et de l’absence de directives claires au sein de la prison d'Orléans.
Le matin du lundi 16 mars, j’hésite à aller travailler. Je sens que les mesures prises ne sont pas suffisantes. Je me préoccupe de ma santé mais surtout celle de mes proches. Le soir même, le confinement est annoncé.
Mardi 17 mars : Premier jour du confinement. Je décide de continuer d’aller travailler. Je reste professionnel. Un de mes collègues et ami souhaite porter un masque. L'administration pénitentiaire, sous ordre de la ministre Nicole Belloubet avec qui j'ai posé sur la photo auparavant, interdit aux agents de porter leurs masques. Pardon ???? L'administration abandonne TOUS SES AGENTS ???? Et oui. Surtout ne pas affoler les détenus. La France a peur des révoltes, comme dans les prisons italiennes à ce moment là. Mon collègue est indigné et s'entête à vouloir porter son masque. C'est normal non de vouloir se protéger ? Il est convoqué dans le bureau de la cheffe d’établissement et renvoyé chez lui. On lui reproche d’être : « Antirépublicain, indigne de son uniforme, anxiogène pour ses pensionnaires et ses collègues. »
Au Centre Pénitentiaire d'Orléans Saran , il n’y a pas de masques pour tous les détenus. Moi, employé de l'état, j’ai réussi à en avoir un par mes propres moyens. Mon administration m'a lâché. J'en ai un dans mon sac et je le montre à un de mes collègues. Malheureusement, la consigne officielle est de ne pas le porter pour ne pas faire peur aux détenus : « Nous n’avions pas le droit de porter le masque et un de nos collègues avait été renvoyé chez lui parce qu’il portait un masque et qu’il ne fallait pas créer un climat anxiogène pour les détenus. »
À la prison, les promenades continuent pendant que le monde extérieur est à l’arrêt : « De plus, malgré les consignes de confinement nous avons pu faire des départs " promenade " à plus de 30 personnes. »
Le mercredi 18 mars 2020, Orléans Actu lance l’alerte lors d’une interview à France 3 Région Centre sur le manque d’anticipation de la COVID-19 en prison, alors que les parloirs viennent seulement d’être interdits : « Les parloirs, c’est 30 à 40 personnes dans une même salle. Les familles, elles viennent d'où ? Des masques devaient arriver pour les détenus qui présentaient une suspicion de contamination. Mais il n’y a rien. Ni masque, ni gel. La COVID se propage partout. Les agents sont abandonnés. L'employeur abandonne ses employés »
Je vais travailler le mercredi 18, le jeudi 19 et le vendredi 20 mars. Le matin du samedi 21 mars, je commence à tousser et j’ai de la fièvre. HÉLAS. Je ne le sais pas encore ...... mais il ne me reste que5 jours à vivre. La COVID me tuera. Ma ministre m'a empêché de me protéger en m'interdisant le port du masque. Elle continue sa vie paisiblement. Moi je ne suis plus là .....