26/09/2026
Deviances sous toutes ses formes. Cet article est assez complet. J attends vos remarques en commentaire.
Voile de l'illusion : le yoga face à son passif de violences se*****es tues depuis des décennies
Derrière l'image d'une discipline apaisante se cache une réalité que des dizaines de femmes commencent enfin à faire éclater au grand jour : agressions se*****es, emprise psychologique et impunité organisée gangrènent un milieu qui n'a jamais voulu se regarder en face.
On nous vend le yoga comme un sanctuaire. Un espace où l'on viendrait déposer les a***s, relâcher le corps, apaiser l'esprit. Institutions internationales, ministères, professionnels de santé : tous s'accordent à en vanter les bienfaits. Le phénomène a d'ailleurs pris une ampleur considérable ces dernières années : selon l'institut Kantar Media, près de cinq millions de personnes pratiquaient le yoga en France en 2025, un engouement largement nourri par les confinements successifs de la pandémie. Et derrière ce chiffre, une réalité genrée sans équivoque : en France comme aux Etats-Unis, sept pratiquants sur dix sont des femmes. Ce sont donc massivement des femmes que ce milieu attire, rassure, et parfois broie.
Car cette image lisse masque une réalité brutale, documentée noir sur blanc dans l'enquête que la journaliste indépendante Elodie Emery vient de publier, La Face cachée du yoga, parue ce jeudi 24 septembre aux éditions Buchet-Chastel. Trois années d'investigation, une quarantaine de témoignages recueillis, pour révéler ce que des centaines de milliers de pratiquantes savent déjà dans leur chair : le yoga n'échappe à aucune des violences qui traversent notre société, il les amplifie simplement, protégé par une aura spirituelle qui décourage toute remise en cause. Ce n'est pas la première fois que cette journaliste s'attaque à ce type de dérives : en 2022 déjà, avec Wandrille Lanos, elle publiait Bouddhisme, la loi du silence, une enquête qui mettait au jour des abus se***ls, des manipulations mentales et des détournements de fonds commis par des maîtres bouddhistes installés en Occident. Un même mécanisme, une même grammaire de l'emprise, qui se rejoue aujourd'hui sur les tapis de yoga. L'autrice décrit d'ailleurs comment la pratique est devenue, ces dernières années, un véritable marqueur social, le tapis sous le bras et la tenue de sport soignée étant devenus les signes extérieurs d'un rapport à soi jugé vertueux. Un vernis de bien-être qui rend d'autant plus difficile à entendre les témoignages recueillis dans l'ouvrage, où des femmes racontent des mains qui s'attardent, des massages qui dérivent vers la poitrine, des gestes que rien ne justifiait.
Le silence organisé des grandes écoles
Ce n'est pas un hasard si la parole met tant de temps à se libérer. Les fondateurs mêmes de la discipline occidentalisée, ceux dont les portraits trônent encore dans les salles de cours, ont été visés par des accusations d'une gravité extrême. Swami Vishnudevananda, fondateur du courant Sivananda dans les années cinquante et toujours célébré comme une référence mondiale, a été accusé de multiples agressions se*****es avant sa mort en 1993. Pattabhi Jois, à l'origine du yoga Ashtanga, a été mis en cause pour viols par plusieurs de ses élèves. Yogi Bhajan, qui a importé le Kundalini yoga aux Etats-Unis et bâti un empire pesant des centaines de millions de dollars, a fait l'objet en 2020 d'un rapport d'enquête indépendant concluant qu'il était plus probable qu'improbable qu'il ait violé plusieurs de ses adeptes pendant des décennies. Aucune de ces écoles, pourtant, n'a rompu avec la mémoire de ses fondateurs. On continue d'enseigner sous leurs portraits, de citer leurs préceptes, comme si les crimes allégués n'existaient pas.
Cette omerta se prolonge aujourd'hui dans le quotidien des studios, des grands hôtels particuliers parisiens jusqu'aux plus petites salles de province. Emprise psychologique, agressions se*****es pendant les cours ou les formations de professorat, ajustements corporels imposés par des mains sans formation anatomique réelle qui laissent des séquelles physiques irréversibles : la liste des dérives documentées donne le vertige. Le cas du Suisse Daniel Odier, présenté comme un spécialiste du tantrisme, en est une illustration glaçante. Plusieurs femmes rapportent que ses prétendus massages spirituels se sont terminés par des pénétrations non consenties. Un mode opératoire qui recoupe malheureusement celui d'affaires françaises récentes : à Troyes, un ancien professeur de yoga de soixante-quatorze ans a été mis en examen en novembre 2025 pour viols, agressions se*****es et abus de faiblesse sur au moins cinq femmes, dont une mineure au moment des faits. Certaines violences dénoncées remontent à 1998. Les investigateurs y décrivent un dossier volumineux, où les agressions auraient été commises sous couvert d'une prétendue thérapie liée à la pratique.
Et cette réalité n'a rien d'une abstraction lointaine. L'enquête d'Elodie Emery mène directement sur les traces d'un enseignant installé depuis le début de l'année 2026 à Quillan, dans l'Aude : Sébastien Boutillier. Plusieurs anciennes élèves ont porté plainte contre lui, pour des faits recouvrant abus de confiance, violences, harcèlement en ligne et atteintes se*****es. Face à cette accumulation de témoignages, l'homme continue pourtant d'enseigner sur place, et balaie chaque accusation d'un revers de main : il assure être la cible d'un coup monté, allant jusqu'à parler d'une "fatwa lancée par des gens malveillants" pour qualifier les plaintes déposées contre lui. Ce vocabulaire n'a rien d'anodin. C'est, mot pour mot, la rhétorique que l'on retrouve chez la quasi-totalité des hommes mis en cause dans ce type d'affaires : la victime devient une menteuse, la plaignante une comploteuse, et l'accusé se drape en martyr d'une chasse aux sorcières imaginaire. Que la justice fasse son travail et que la présomption d'innocence s'applique, cela va de soi. Mais le nombre de plaintes convergentes, portées par des femmes qui ne se connaissent pas nécessairement entre elles, mérite d'être pris au sérieux plutôt que balayé par une punchline. Et que ce dossier surgisse au moment même où paraît une enquête recensant des décennies de silence dans ce milieu en dit long sur l'ampleur réelle du problème : ces histoires ne sont pas des cas isolés dans des contrées lointaines, elles se nichent aussi dans nos villages, nos salles associatives, nos studios de quartier.
Une profession sans garde-fou, un business qui prospère sur la précarité
Comment un tel système peut-il perdurer aussi longtemps, et toucher un public aussi majoritairement féminin, sans provoquer de sursaut collectif ? Parce qu'il n'existe, ni en France ni ailleurs, d'organisme de certification ou de contrôle réellement indépendant. La Yoga Alliance, référence internationale basée aux Etats-Unis, délivre des certifications contre rémunération sans jamais vérifier ce qui se passe réellement sur les tapis. Les chartes interdisant les "inconduites se*****es" existent sur le papier. Dans les faits, une victime ayant mené une procédure de plainte jusqu'à son terme s'est vu répondre que les résultats de l'enquête ne seraient pas communiqués. Le professeur mis en cause continue d'enseigner.
A cela s'ajoute un système économique qui écrase précisément celles et ceux qui pourraient parler. La grande majorité des professeurs de yoga ne vivent pas de leur activité, sont sous-payés par des studios en concurrence féroce, et savent qu'ils sont immédiatement remplaçables. Cette précarité organisée n'incite personne à dénoncer un supérieur, un mentor, un gourou. Pendant ce temps, le secteur continue de se réinventer en produit marketing toujours plus absurde, jusqu'à des cours de "puppy yoga" utilisant de jeunes chiots, quand ce n'est pas du travail dissimulé purement et simplement.
Face à cela, des collectifs commencent à s'organiser, comme celui qui informe sur l'histoire des violences se*****es dans la discipline et promeut des pratiques d'ajustements réellement consentis. C'est un premier pas. Mais il ne suffira pas tant que la société continuera de considérer le bien-être et la spiritualité comme des espaces au-dessus de tout soupçon. Une discipline qui prône l'ouverture, l'abandon, la confiance absolue en un enseignant ne peut pas se dispenser de contrôle : c'est précisément cette confiance qui est instrumentalisée par les prédateurs. Tant qu'aucun encadrement réel, aucun diplôme d'Etat obligatoire, aucune obligation de signalement ne viendra structurer cette profession, les femmes continueront de payer, dans leur corps et dans leur silence, le prix d'un business qui préfère protéger son image plutôt que ses pratiquantes.
Sources : Libération, L'Indépendant, Le Parisien
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