12/09/2026
Ceux et celles qui me connaissent savent l'importance de la voix dans ma connexion avec le cheval. Il s'agit d'une aide au même titre que les jambes, les mains...
Le Dressage est l'une des seules disciplines où cette aide précieuse était "interdite"... apparemment, enfin, les choses ont changé et ça fait plaisir :)
Depuis combien d'années je me force à me taire en piste, alors qu'à la maison je n'arrête jamais de parler à mes chevaux ? 🤫
Je crois que je ne pourrais même pas compter. Des dizaines de concours, année après année, où je passe le warm-up à parler à mon cheval, à le rassurer, à capter son attention, à préparer chaque mouvement avec ma voix... et où je dois, en entrant sur le rectangle, éteindre ce qui est pourtant l'un de mes outils de communication les plus utilisés au quotidien.
Parce que oui, je parle énormément à mes chevaux. Ce n'est pas un bruit de fond, ce n'est pas juste "allez, on y va". Avec les années, on a construit, mes chevaux et moi, un vrai langage. Un certain ton, une certaine intonation, et ils savent déjà ce qui arrive : une transition, une mise en avant, un temps de calme. Le son précède le mouvement, il le prépare, il installe la coopération dont je parle tout le temps avec mes élèves. C'est un outil au même titre que la jambe ou la main. 🐴
Et pourtant, jusqu'à aujourd'hui, ce même outil était une faute. Le règlement précédent était clair là-dessus : l'usage de la voix, sous quelque forme que ce soit, fait perdre au minimum 2 points sur la note du mouvement concerné. Même un simple claquement de langue isolé. Alors depuis des années, à chaque concours, je fais ce grand écart étrange : utiliser ma voix comme un outil de dialogue central toute la semaine, puis la couper net le jour J, comme si elle devenait soudainement un problème.
C'est pour ça que la nouvelle version du règlement FFE, applicable depuis le 1er septembre, me touche particulièrement. L'article 4.3 change la donne : l'utilisation de la voix, de manière raisonnable et modérée, est désormais autorisée en piste, à condition qu'elle vienne uniquement du cavalier. Pour moi, c'est bien plus qu'un détail technique dans un règlement. C'est la reconnaissance officielle de quelque chose que je vis depuis toujours : la voix fait partie des aides, au même titre que les autres.
Attention, je veux être précis là-dessus, parce que je sais que certains vont s'inquiéter d'une dérive. 🎙️ "Raisonnable et modérée", ce n'est pas un blanc-seing pour commenter sa reprise en direct pendant sept minutes. Ce n'est pas un monologue permanent du cavalier qui parlerait à voix haute toute la reprise. C'est ponctuel. C'est utile. C'est ce petit mot, ce petit son, au bon moment, pour préparer un mouvement ou rassurer son cheval dans un instant de tension. Le jour où ça deviendrait un bavardage continu pour masquer un manque de préparation, ce serait effectivement un problème, et je pense sincèrement que le règlement doit rester exigeant là-dessus.
Maintenant, voilà ce qui m'interpelle : cette évolution ne concerne que les concours nationaux français. Dès qu'on monte en épreuves internationales sous pavillon FEI, la règle reste la même qu'avant : la voix est toujours pénalisée, voire sanctionnée comme aide extérieure selon les cas. Autrement dit, un cavalier français pourra désormais utiliser sa voix raisonnablement dans un Grand Prix en France, et devra à nouveau se taire dès qu'il passera la frontière d'un CDI.
Je trouve cette incohérence difficile à justifier. Si la voix modérée et ponctuelle est jugée compatible avec l'esprit du dressage à l'échelle nationale, je ne vois pas ce qui, techniquement, changerait à l'échelle internationale. Le cheval est le même cheval. Le cavalier construit le même langage avec lui, qu'il soit en Club 1 à côté de chez lui ou en Grand Prix à Aix la Chapelle. Et d'ailleurs, ce n'est même pas un territoire complètement inconnu pour la FEI : en para-dressage, les aides vocales sont déjà admises pour certains cavaliers selon leur classification. La possibilité existe donc déjà dans le système, elle est simplement circonscrite.
Alors je vais être honnête avec vous : je pense que cette évolution du règlement français de septembre est la plus grande avancée que j'ai vue depuis longtemps sur ce sujet précis. Et je souhaite sincèrement qu'elle inspire une réflexion équivalente à l'échelle de la FEI, avec les mêmes garde-fous : ponctuelle, modérée, venant uniquement du cavalier. Pas pour dénaturer l'exercice, mais parce que je crois qu'on gagnerait en authenticité ce qu'on perdrait en apparence de silence parfait.
Et vous, avez-vous un mot, un son, une intonation bien à vous que votre cheval reconnaît immédiatement et que vous avez dû, vous aussi, apprendre à taire en piste ? Racontez-moi votre "langage" avec lui, je suis vraiment curieux de vous lire 👇