07/06/2026
L'ANXIÉTÉ
L'anxiété est un drôle de phénomène. Elle ne se voit pas, ne se touche pas, mais elle est capable de transformer une feuille morte en prédateur volant, un sac plastique en esprit vengeur et une poubelle en tupperware de lasagne de poney.
Face à un cheval anxieux, qui n'a jamais eu envie de lui secouer un peu le cocotier ?
"Mais enfin, arrête tes conneries !"
Ce qui est à peu près aussi efficace que de dire à quelqu'un qui panique dans un avion :
"Détends-toi. Statistiquement, il n'y a qu'une chance sur plusieurs millions que nous terminions pulvérisés au sol comme des pignatas lancée à 10 000 mètres d'altitude"
Étrangement, ça ne calme personne.
L'anxiété ne se choisit pas. Aucun cheval ne se réveille le matin en se disant :
"Elle m'emmerde avec sa reprise de dressage. Aujourd'hui, je vais pimenter la séance en simulant une crise de panique devant ce plot rouge posé près de la carrière depuis 3 mois."
Il a peur , c'est tout.
Et le problème c'est qu'un cheval est extraordinairement difficile à tromper.
Vous pouvez adopter votre plus belle voix de psychanalyste après un bon pétard et murmurer :
"Tout va bien..."
Si, dans le même temps, votre cerveau est en train de hurler :
"Mon Dieu, il va exploser, traverser la carrière en moonwalk, arracher les clôtures et nous envoyer tous les deux dans le département voisin !"
Le cheval a déjà reçu l'information avant même que vous ayez fini votre phrase.
Le cheval ressent notre tension. Il perçoit notre peur. Et parfois même notre peur de ses peurs.
Je ne compte plus le nombre de chevaux qui paniquent davantage au sifflement de leur cavalier censé les rassurer, qu'à la situation qui les inquiétait au départ. Pour eux, le raisonnement est simple :
"Mon humain ne siffle jamais quand tout va bien , Il siffle quand un danger arrive... Là il siffle donc nous allons tous mourir."
Logique implacable.
On obtient alors un magnifique cercle vicieux:
Vous vous dites "Mon cheval a l'air inquiet." Lui se dit " mon humain a l'air inquièt."Le cheval conclut alors :
"Puisque mon humain est inquiet, j'ai manifestement raison de m'inquiéter."
Et les voilà partis ensemble vers une catastrophe qui n'existe encore que dans leur imagination.
Le cheval visualise déjà l'attaque de la bâche.
Le cavalier prépare mentalement son admission aux urgences et se demande si il a bien pris sa carte vitale avec lui.
L'anxiété n'est pas une histoire de mauvaise volonté, elle peut parfois être un symptôme.
Un cheval qui a mal, qui a froid, qui a soif, qui est épuisé, gêné par son matériel ou simplement mal dans son corps peut devenir beaucoup plus réactif a son environnement.
Ce soir, le vent a servi de déclencheur mais il n'était pas la cause.
Le vent agitait les morceaux d'emballage de mes enrubannés qui claquaient dans tous les sens.
L'un de mes poneys, atteint de sciatalgie était persuadé que l'apocalypse approchait et a fait le zozo devant cette tempête de ruban vert pastel.
Il a egalement peur du box, de la do**he, du maréchal ( qu'on lui prenne les postérieurs surtout ) et peut meme a l'occasion, se faire peur avec ses propres flatulences.
Une heure après un sachet d'anti inflammatoire il n'a plus peur du vent , ni du box , ni du maréchal , ni de la do**he.
À ce stade, il était probablement prêt à signer un crédit immobilier et à partir faire le tour du monde en solitaire.
Ma jument n'a jamais été aussi trouillarde en extérieur que lorsque je la montais avec une selle inadaptée. Changer de selle l'a transformée , j'aurai pu pensé avoir résolu un problème comportemental alors que j'ai simplement arrêté de lui broyer le garrot.
Alors avant de sanctionner, essayons de comprendre .... La peur ne se sanctionne jamais. Je sais que certains peuvent vous mettre le doute , mais le cheval n'a pas la capacité de mimer un sentiment ou de jouer la comédie.
Parce que derrière beaucoup de chevaux anxieux, il n'y a ni manipulateur ,.ni stratège machiavélique, ni acteur en quête d'un César.
Il y a simplement un individu qui, à cet instant précis, ne se sent pas suffisamment en sécurité pour affronter sereinement le monde terrifiant des feuilles mortes, des vélos, des bâches, des oiseaux, des brouettes, des seaux et de tous les autres agents infiltrés du chaos universel.
Certains se soignent à coups d'anti-inflammatoires. D'autres avec un bon ostéopathe ou un saddle fitter compétent. Et puis il y a ceux comme Cheyenne qui porte le poids d'un vieux traumatisme et a qui il faudra plusieurs années de psychanalyse, un groupe de parole et probablement un labrador a plein temps en guise de soutien émotionnel .
Il est important aussi de soigner ses propres peurs avant de vouloir apaiser celles d'un cheval anxieux.
Parce que sur ce sujet, ils lisent bien mieux en nous que nous ne lisons en eux.