03/06/2026
# Éduquer avant de performer : une réflexion après une première année au Club Nautique de la Doller
Il y a quelques semaines, une maman est venue me voir pour me parler de son enfant. Une discussion simple, sincère, comme il en existe souvent au bord d'un bassin. Une de ces conversations qui font réfléchir et qui rappellent pourquoi nous faisons ce métier.
Cette première année comme entraîneur principal au Club Nautique de la Doller touche à sa fin, et cette discussion m'a donné envie de partager quelques pensées.
Dans le sport d'aujourd'hui, on parle beaucoup de résultats. On regarde les chronos, les classements, les podiums, les qualifications. C'est normal : la performance fait partie du jeu et elle donne souvent de belles émotions.
Mais après plus de trente-cinq années passées au bord des terrains, des bassins..., une conviction ne m'a jamais quitté : l'éducation doit toujours passer avant la performance.
Depuis la fin des années 80, j'ai eu la chance d'accompagner des centaines de jeunes sportifs. En natation bien sûr, mais aussi dans d'autres disciplines, notamment le football. J'ai vu des enfants devenir champions. J'ai vu des records tomber. J'ai vu des victoires extraordinaires.
Mais avec le recul, ce ne sont pas forcément ces souvenirs-là qui me rendent le plus fier.
Je suis surtout fier des enfants timides qui ont appris à prendre confiance en eux. Fier des jeunes turbulents qui ont découvert le respect des règles. Fier de ceux qui ont appris à persévérer malgré les difficultés. Fier de ceux qui sont devenus des adultes équilibrés, responsables et respectueux.
Car un enfant ne pousse pas la porte d'un club pour devenir champion dès le premier jour.
Il vient pour apprendre. Apprendre à nager, bien sûr. Mais aussi apprendre à vivre avec les autres, à respecter des consignes, à gérer ses émotions, à accepter l'échec, à savourer les progrès et à comprendre que rien de durable ne s'obtient sans effort.
La performance a sa place. Elle est même un formidable moteur. Elle motive, elle stimule et elle permet de se dépasser.
Mais lorsqu'elle devient l'unique objectif, on oublie parfois l'essentiel.
Au Club Nautique de la Doller, cette année, j'ai vu des nageurs progresser dans l'eau. J'ai aussi vu des enfants progresser dans leur attitude, leur autonomie, leur confiance et leur engagement. Et pour un éducateur, ces victoires-là comptent énormément.
J'aime rappeler aux jeunes que leur principal adversaire n'est pas celui qui nage dans la ligne d'à côté. Leur véritable défi est souvent celui qu'ils affrontent chaque jour dans le miroir : faire un peu mieux qu'hier.
La compétition est utile. Elle nous pousse à progresser. Mais l'adversaire n'est pas un ennemi. Il est un partenaire de progression.
Quant à la victoire, elle ne prouve pas que l'on est meilleur que les autres. Elle récompense simplement le travail accompli.
Le sport est souvent associé à la performance. Pour ma part, je l'associe d'abord à un autre mot : la discipline.
Pas une discipline punitive.
Une discipline qui apprend le respect, l'engagement, la régularité, la solidarité et le sens des responsabilités.
Et puis, soyons honnêtes : si le simple fait de sauter dans l'eau suffisait à faire de nous des champions olympiques, cela se saurait depuis longtemps ! Il faut parfois quelques longueurs de plus... et quelques réveils matinaux que les jeunes nageurs adorent particulièrement... ou presque !
Au terme de cette première année au Club Nautique de la Doller, ce qui me marque le plus n'est finalement ni un chrono, ni un classement, ni une médaille.
Ce sont tous ces petits progrès que l'on ne mesure pas avec un chronomètre.
Une confiance retrouvée.
Une peur dépassée.
Une attitude qui évolue.
Un sourire après un entraînement difficile.
Une main tendue à un camarade.
Une envie de revenir encore plus motivé la semaine suivante.
C'est sans doute cela, au fond, la plus belle réussite d'un éducateur sportif.
Car les médailles finissent dans une boîte, les records sont faits pour être battus, mais les valeurs que l'on transmet accompagnent un jeune pour le reste de sa vie.
Et lorsqu'au fil des années la personne grandit autant que le sportif, alors on peut considérer que le travail a été bien fait.
SERGE