17/07/2026
« Va courir ailleurs sale p**e »... Récit d'une histoire trop banale.
Pour que la honte change de camp, merci de relayer ce témoignage ❤️
----- Vendredi 10 juillet 2026 -----
"Il est 8h et je suis sortie courir. J’approche du lac, il y a déjà du monde, à pied, à vélo et en voiture. C’est l’heure de pointe. Je cours le long de la piste cyclable d’Annecy le Vieux, et traverse l’avenue d’Albigny pour continuer ma route sur les bords du lac. Au retour, même chemin. J’emprunte le passage piéton qui traverse l’avenue. Il y a de la circulation et pas de feu alors quand je sens un « créneau », je m’engage. Je vois arriver ce camion, qui ne semble pas trop vouloir ralentir mais comme je suis déjà engagée sur le passage, je le fixe du regard pour être sûre qu'il m'a vue. Je dois quand même m’arrêter net, au milieu du passage. Lui aussi, il freine fort. Instantanément, la réaction du conducteur est agressive. Il se met à gueuler :
« Lui : Pu**in mais ça en sort de partout !
Moi : Mais ralentis alors ! C’est un passage piéton !
Lui (toujours en gueulant): Y’avait personne à gauche ! »
Je ne sais franchement pas quoi répondre à ça. Depuis quand faut-il ne regarder qu’à gauche ? Un peu sidérée, je finis de traverser en lui répétant que je suis « sur un passage piéton ». A peine ai-je gagné l’autre côté de la route que je l’entends démarrer en trombe et me hurler « Va courir ailleurs sale p**e ! »
Ce n’est pas la première fois que ça m’arrive d’être agressée « gratuitement » dans la rue. La réaction est souvent la même. Le choc, la honte, la colère et les larmes, le film que je repasse en regrettant de ne pas avoir réagit plus fortement. La culpabilité de "laisser faire". Ça peut paraître anodin comme altercation et c’est peut-être le plus flippant. Ce n’est pas anodin de se faire insulter en public. Ce n’est pas anodin d’avoir peur de traverser une route sur un passage piéton. Ce n’est pas anodin de se sentir – encore - insultée parce qu’on est une femme (« sale p**e » comme insulte sexiste, on peut difficilement faire pire!)
Le problème, c’est la fréquence avec laquelle ça arrive. Parce qu’être agressée dans la rue, ça arrive tout le temps. Parce que je traverse une rue et que la voiture a du ralentir sa course (ou ne m’a tout simplement pas vue), j’ai droit à un doigt d’honneur, à une insulte, à un démarrage sonore. Mais aussi, et c’est le plus fréquent, je peux être emmerdée simplement parce que je suis là, que je suis une femme et que je me déplace dans une ville. Combien de « p’tit cul », « t’es bonne », de regards déplacés, de sifflements, d’intimidations physiques en me barrant la route. Il y a beaucoup de meufs qui me disent qu’elles ne courent jamais seules par « peur » des mauvaises rencontres (et je ne parle pas de toutes les stratégies qu’on met en place, au quotidien, pour échapper à de potentiels offensives). Banalité du sentiment de domination masculine.
Ce qui change cette fois-ci, c’est que le gars qui me traite de « sale p**e » parce que je traverse sur un passage piéton au moment où il a décidé de ne pas ralentir, il n’est pas anonyme. Il est dans sa voiture de fonction, floquée du nom d’une entreprise de menuiserie que je connais bien (...).
Qu’on me comprenne bien, l’entreprise n’est pas la cause du comportement de ce gars mais face à la banalité de ce type d’agression, qui trahit un sentiment d’impunité, de légitimité d’insulter, de droit de dégrader publiquement et moralement une femme, je n’ai que cette arme en main : le dénoncer publiquement par la seule identification qui est possible : son travail.
Le dénoncer pour reprendre une place qui ne soit pas fatalement celle de la faible qu’on peut blesser gratuitement. Pour qu’il ne s’imagine pas qu’il est en droit d’agir comme ça, que ça n’a pas d’impact, que c’est normal.
Parce que non ce n’est pas normal que des hommes soient tellement irresponsables qu’ils ne parviennent même pas à ralentir quand il y a du monde sur la route, et que s’ils risquent de renverser quelqu’un, c’est la faute de cette personne. Une piétonne contre un camion, où est l’usage de la force ?
Le dénoncer surtout parce que le réflexe de me traiter de « p**e » trahit quelque chose de plus misérable et répugnant encore : la conception qu’une femme, peu importe laquelle ou comment elle se trouve, est avant tout un réceptacle de brutalité, un corps voué à la domination sexuelle, qu’on peut souiller. Une inférieure.
Le dénoncer pour que la honte change de camp.
Mec, je ne sais pas qu’est-ce qui te permet de penser que t’es en droit d’insulter les gens, et encore plus une femme de p**e parce qu’elle s'est simplement trouvée sur ta route et défendu son droit d’être là.
Mec, je sais pas si t’as une femme, des filles (...), mais je leur souhaite de ne pas traverser de rue devant une grosse brute dans ton genre. Des mecs qui considèrent pouvoir rabaisser, utiliser, écraser, insulter sans se sentir coupable. Par réflexe.
Mec, je te souhaite de bien réfléchir à cette histoire, à ce que tu représentes aujourd’hui comme problème, à ce que tu incarnes comme personne.
Pour que la honte change de camp.✊🏽 "