30/04/2024
L'autre jour (il y a trois ans en fait, ce texte est une republication) je faisais un petit paddock dans le parc des deux jeunes pour les mettre à l'écart le temps qu'un gars fasse ses allers-retours avec ses brouettes (oui, ne cherchez pas, on squatte les jardins de St Jean en ce moment alors parfois on se retrouve face à des situations assez cocasses) bref, je m'affairais quand le monsieur me dit "oh vous en faites pas, je me débrouille, ils sont gentils non ?"
"Bien sûr qu'ils sont gentils", n'ai-je alors pas du tout répondu, parce qu'en fait entre l'entier qui mord (enfin, qui mordait), la pouliche qui pose un pied sur notre dos à chaque fois qu'on s'accroupit, la jument qui nous recule dessus pour qu'on lui gratte les fesses et les deux jeunes qui jouent à se battre tous les quarts d'heure, j'ai arrêté de répondre que mes chevaux sont gentils. Mes chevaux sont des chevaux. Bref. Après une courte pause, j'ai répondu à ce monsieur qu'il ne sont pas méchants. "Ne vous embêtez pas alors, ils ne m'embêteront pas !"
J'ai du me mordre la langue pour ne pas répondre (parce que j'étais pressée, parce que ce n'était pas le moment, et parce qu'on m'a dit que parfois j'étais un peu sèche et pas très sympa alors maintenant j'apprends à garder mes commentaires pour moi). Mais si j'avais pu, voilà ce que je lui aurais dit, à ce charmant monsieur (pour de vrai, il était très gentil).
"Mes chevaux ne sont pas méchants, mais ce sont deux jeunes mâles de trois ans, et ce sont des enfants. Des merveilleux enfants, mais des pas très malins enfants, parce qu'ils ne sont pas en âge d'être malins. Alors ils vont vous suivre à la trace, jouer avec votre brouette, vous barrer le passage à la porte, ensuite ils se courront après avant de se battre quelques minutes, et là, vous allez commencer à avoir peur. Parce que mes chevaux ne sont pas méchants mais ils sont curieux, ils adorent les gens et ils ne sont pas encore en âge de contrôler leurs actes et leurs émotions. Donc eux vont continuer à être des chevaux pas méchants mais un peu excités et envahissants, et vous, vous allez probablement devenir un monsieur un peu moins gentil, parce que vous avez du travail et des brouettes à passer, et que ça va vous faire rire trois minutes mais pas bien plus. Ensuite vous allez commencer à les chasser, voire à leur mettre de petites claques si ils s'approchent, voire à les pousser avec votre brouette, voire à décider de faire ce paddock vous-même parce que finalement vous en avez marre, sauf qu'à ce moment là ça sera vachement moins facile, parce que tout excités, ils ne se laisseront plus attraper, vous allez perdre un temps fou, et ce sont eux qui vont payer. Sans raison. Sans raison, parce que tout ça est parfaitement prévisible, donc parfaitement évitable, donc laissez-moi faire mon paddock et poussez vos brouettes en continuant à les trouver très beaux (ce sont les plus beaux) et très gentils (ils le sont, vraiment)."
Je ne l'ai pas dit parce qu'il faut que je trouve un moyen de dire ces choses là sans avoir l'air d'engueuler les gens, parce que le monsieur était vraiment très gentil et qu'en fait il n'y connait rien en chevaux, donc il n'aurait pas du tout pu prévoir tout ça. Moi oui, et mon travail, c'est de faire en sorte que ça n'arrive pas.
Je me permets de poser ça ici parce que je vois (très) souvent des cavaliers se retrouver dans ce genre de situation, et des poneys payer pour ce qui est clairement un manque de temps, un manque d'organisation, ou juste de la flemme.
Le travail en contact protégé, très utilisé en renforcement positif, est une façon de protéger le cavalier d'un cheval trop envahissant, mais aussi et surtout un moyen de protéger le cheval. De nous. Pensez-y.
À très vite,
Clio
📷 Les deux jeunes quand ils étaient encore plus jeunes, par Emma Nachef