18/03/2026
« On ne quitte pas toujours par échec. Parfois, on part simplement parce qu’on a compris. »
Après réflexion, j’ai pris la décision de mettre un terme à l’activité de l’association Looping Team Paradressage.
Cette page restera accessible, afin de témoigner de ce qui a été réalisé et partagé.
Je tenais à remercier sincèrement toutes les personnes qui ont soutenu, de près ou de loin, ce projet.
Pour ceux qui souhaitent comprendre ce choix, voici quelques mots :
Entré dans l’équitation par espoir, sorti par lucidité.
Je ne suis pas entré dans l’équitation par passion, mais par espoir.
Et j’en sors aujourd’hui par lucidité.
Quand on vit avec un handicap, chaque progrès est une conquête, chaque chute un rappel brutal de la réalité. Je suis arrivé dans ce milieu avec une volonté immense. Pas pour prouver quoi que ce soit, simplement pour avancer.
Je pensais y trouver de la compétence, de l’écoute, une vraie intelligence du cheval et de l’humain. J’y ai surtout découvert un monde où les certitudes remplacent parfois les compétences, où le discours prend le pas sur l’adaptation, et où l’on oublie trop souvent de regarder la personne en face.
On m’a parlé technique avant de me parler compréhension.
On m’a demandé d’appliquer avant de m’expliquer.
Des épaules en dedans, des transitions, des changements de pied… des termes que je ne comprenais pas, sans que personne ne se demande si j’avais les bases pour les assimiler, ni si mon handicap me permettait de les mettre en œuvre.
Comme si, à mon tour, je me mettais à parler de Flat 6, de V8 ou de V6 biturbo à quelqu’un qui n’a jamais ouvert un capot.
Le langage devient alors un écran, pas un outil.
Le summum a été une pension de travail coûteuse, vendue comme une solution sur mesure. Elle ne l’était pas. Le cheval est devenu un outil, un moyen, une ligne dans un modèle économique. Nous avons récupéré un animal transformé, distant, presque éteint. Il a fallu des mois pour retrouver ce regard vivant qui fait toute la noblesse du cheval.
Un cheval n’est pas un outil. C’est un être sensible, fait pour la relation, le mouvement, la liberté.
Aujourd’hui encore, le cheval est dans des installations au potentiel énorme, mais les promesses n’ont jamais été tenues. Un manège peu entretenu, rarement hersé, à peine arrosé, où la poussière s’installe autant que l’inconfort. Des angles marqués par des tas de crottins, une boue persistante, un vent froid omniprésent sans possibilité de s’abriter.
Aucun accès réellement adapté, aucune structure d’accueil digne de ce nom, pas même un espace pour se poser, échanger, ou simplement se réchauffer.
Je ne demandais pas du confort. Seulement du respect.
Du respect pour le cavalier, et du respect pour le cheval lorsqu’il doit travailler. Son box et son suivi sont tout de même plus qu’acceptables, bien au dessus des autres centres locaux.
Derrière les discours et les projets annoncés, il ne reste qu’une réalité simple, celle d’un client qui paye sans être entendu ni compris.
Il y a heureusement des exceptions, trop rares mais précieuses.
Je pense notamment à un ami, cavalier militaire de très haut niveau, aujourd’hui civil mais toujours profondément engagé dans le milieu équestre. Une personne remarquable, pédagogue, sincère, animée par un véritable amour des chevaux.
Il m’avait fait passer mon galop 1 lorsque nous étions militaires ensemble, et voyait en moi de réelles aptitudes. Il possède un niveau que beaucoup envient, mais surtout une humilité que peu ont.
J’ai également eu la chance de croiser une monitrice, compétente et qualifiée, capable de créer un cadre de confiance rare. J’ai pu réaliser avec elle des choses que je pensais impossibles. Elle m’a même accompagné jusqu’à un concours national de paradressage. Certes de petit niveau, mais dans ma dans ma situation, c’était déjà une petite victoire et surtout un tremplin qui m’avait donné envie d’avancer. Un réel accompagnement sur mesure essentiellement basé sur la relation avec le cheval et des techniques adaptées.
Elle aussi a fini par s’éloigner de ce milieu, usée par une logique trop souvent tournée vers la rentabilité. Le handicap, surtout pour les centres spécialisés, est une sacrée manne financière. J’en ai tout comme elle, fait la même expérience aussi amère qu’abjecte dans le même centre, pourtant très proche géographiquement.
J’ai moi-même voulu m’investir. Créer une association, aider d’autres personnes en situation de handicap, transmettre ce que je pensais être une nouvelle voie. J’y ai consacré du temps, de l’énergie, des moyens. Pour peu de résultats concrets, et beaucoup de désillusions.
Ce texte n’est pas une plainte. C’est un constat.
L’équitation pourrait être un formidable levier de reconstruction.
Mais pas dans ces conditions.
Pas dans un environnement où l’humain devient un client avant d’être compris.
Cette expérience m’a appris une chose essentielle, on peut tomber, s’adapter, se battre… mais on ne remplace pas ce qui nous construit profondément.
Il n’existe pas de passions de substitution, il n’y a que des passions fondatrices.
J’ai cru pouvoir remplacer les miennes, c’était une erreur.
Je choisis aujourd’hui de revenir à ce qui m’a toujours animé : l’aéronautique, les sports mécaniques, ces univers exigeants où la compétence et la rigueur ne mentent pas.
Je retournerai voler.
Je continuerai à avancer, autrement.
Mon respect pour les animaux, lui, reste intact, mais ce ne sera pas par l’équitation. Pas ainsi.
Peut-être que le vrai courage n’est pas de continuer à tout prix, mais de savoir dire stop au bon moment, sans renier ce que l’on aime profondément.
Renoncer à ce qui nous a construits, c’est s’amputer une seconde fois, et cette fois, volontairement.
Alors je fais le choix inverse, revenir à l’essentiel.
« S’arrêter n’est pas renoncer. C’est parfois la seule façon de rester fidèle à soi-même. »
Merci à celles et ceux qui m’auront lu jusqu’au bout, et surtout compris.