21/09/2026
Nous y voilà…
C’est à très grand contre-cœur, et après y avoir énormément réfléchi, que nous avons pris la décision d’arrêter la vente directe à la ferme.
Nous sommes tristes. Et en colère.
Nous avons mis toute notre énergie et tout notre cœur dans ce projet. Il aura tenu bon pendant 5 ans.
La vente directe avait de nombreux avantages. Elle nous donnait une visibilité sur notre ferme et sur le monde agricole en général. Elle nous permettait de valoriser nos propres produits et d’avoir cette fierté de pouvoir dire : « Tout cela provient de chez nous, de nos animaux, élevés avec passion. »
C’était aussi, on ne va pas vous le cacher, une manière de faire en sorte que nos produits soient mieux rémunérés qu’en grande distribution…
Mais là… nous n’en pouvons plus.
Nous sommes à bout.
À bout de force. Mentalement et physiquement.
La langue bleue, la grippe du lait (virus Shamonda), la sécheresse, des prix du lait toujours plus bas… Tout cela provoque un véritable essoufflement de notre motivation.
Nous avons dû prendre cette décision pour essayer de préserver le peu de santé mentale qu’il nous reste.
Nous avons déjà du travail par-dessus la tête sur l’exploitation avec nos vaches laitières, pour, aujourd’hui, perdre de l’argent tous les jours à cause d’un litre de lait que les distributeurs ne sont pas capables de rémunérer à sa juste valeur. (Cf. notre publication du 11.02.2026.)
Nous sommes pressés de tous les côtés.
Nous ne décidons pas du prix auquel nous vendons notre lait.
Nous ne décidons pas non plus du prix des matières premières que nous devons acheter.
Nous ne sommes que des pions dans un système qui nous demande toujours plus, alors que nous nourrissons la population.
Et ça, nous n’en pouvons plus.
Des centaines de papiers à remplir.
Des normes.
Des contrôles.
Des exigences toujours plus nombreuses.
De la main-d’œuvre que nous aimerions pouvoir nous payer pour avoir, simplement, un horaire « correct »… mais que nous n’avons pas les moyens d’engager.
Alors il a fallu prendre des décisions pour ne pas sombrer.
Et l’une de ces décisions est, malheureusement, d’arrêter la vente directe.
Parce que derrière cette petite cabane, il y avait énormément de travail.
Passer les commandes.
Remplir la cabane.
Faire la fabrication de crème et de yogourts
Élever les bovins, les veaux et les cochons.
Les amener à la boucherie, récupérer la viande, Mettre certaines pièces sous vide, étiqueter
Remplir les papiers.
Répondre aux innombrables exigences du service de l’hygiène : autocontrôles, relevés de nettoyage, températures des frigos, contrôle des dates…
Vérifier la cabane, faire le plein
Nettoyer la cabane et le local de transformation.
Faire les publications sur les réseaux sociaux.
Répondre à vos demandes, parfois t**d le soir, parfois le week-end.
Faire la comptabilité.
Et puis il y a aussi toute la surveillance que demande la vente directe.
Notre ferme est ouverte aux clients, et nous voyons passer énormément de personnes que nous ne connaissons pas.
Nous constatons également de plus en plus de situations qui nous font suspecter des vols.
Alors il faut surveiller. Être attentifs. Vérifier. Contrôler.
Et tout cela, c’est encore du temps, de l’énergie et une charge mentale supplémentaire que nous n’avons tout simplement plus.
Vous vous rendez compte ?
Tout cela pourrait représenter le travail d’une personne à plein temps.
Mais nous n’en avons malheureusement pas les moyens.
Alors c’est nous qui faisons tout.
En plus du travail à la ferme pour Patrick.
En plus du travail à l’extérieur pour Marine.
En plus de nos deux petites filles.
On a tenu le coup jusqu’ici.
Mais là, c’est devenu trop difficile.
Alors nous allons nous arrêter.
Mais attention : ce n’est pas un adieu.
Nous parlons bien d’un arrêt temporaire.
Nous aimons profondément ce projet et tout ce qu’il nous a apporté. Nous aimerions pouvoir reprendre la vente directe un jour, lorsque notre situation nous le permettra et que notre vie de famille nous laissera davantage de temps et d’énergie.
Peut-être que lorsque nos enfants seront plus grands, et que, nous l’espérons, la politique agricole aura changé, nous reprendrons ce projet avec encore plus d’enthousiasme.
Mais aujourd’hui, la vente directe est devenue presque une contrainte pour nous.
Patrick est au bord de l’explosion.
Marine fait ce qu’elle peut pour tenir la famille debout.
Nous devons nous recentrer sur notre famille.
Et c’est probablement la décision la plus difficile à prendre après cinq années de vente directe.
À vous, notre fidèle clientèle, qui avez toujours répondu présente et qui avez fait vivre cette magnifique cabane :
MERCI.
Merci pour vos mots.
Merci pour votre bienveillance.
Merci d’avoir changé vos habitudes pour venir faire vos achats chez nous.
Merci pour votre soutien au monde agricole.
Nous ne l’oublierons jamais.
Nous allons continuer à produire et à écouler nos stocks jusqu’à fin septembre.
Ensuite, vous pourrez toujours venir chercher votre lait en libre-service, 24h/24 et 7j/7.
Ça, nous le gardons.
C’est d’ailleurs tout ce qu’il nous reste.
Nous espérons que vous comprendrez cette décision et que vous ne nous en voudrez pas trop.
Ce n’est pas une décision que nous prenons de gaieté de cœur.
Mais aujourd’hui…
On n’en peut plus.
Le monde agricole va mal.
Les paysans sont à bout.
Merci d’avoir été là. ❤️🐄