13/10/2026
La Normandie, les vikings , les pays scandinaves, les anglos- normands ...et la Sicile !!! Ces destinations qui font rêver sur les Girandulate !!
Ce n'est pas pour rien !!
🔴 Les Normands, des brumes du Septentrion au soleil de Sicile
Curieux destin que celui des Normands de Sicile, quand on y pense.
Partis de Scandinavie au début du Xe siècle (ou à la fin du IXe), leurs ancêtres se taillent un duché dans le royaume de Charles III le Simple. Remarquons au passage que ce sobriquet, contrairement à ce que l’on croit, n’était nullement injurieux : simplex, au Xe siècle, désigne l’homme droit, sans détour ni duplicité. C’est la postérité qui l’a entendu de travers, ce qui en dit assez long, du reste, sur l’idée qu’elle se faisait des derniers Carolingiens.
Quoi qu’il en soit, et malgré ce beau succès, les Scandinaves devenus Normands ne tiennent pas en place.
À la fin du Xe siècle (ou au début du XIe), les plus remuants d’entre eux gagnent le sud de l’Italie, où Lombards et Romains d’Orient s’affrontent sans enthousiasme excessif. Ils s’y engagent comme mercenaires, puis se retournent contre leurs employeurs successifs, auxquels ils refont le coup de la Normandie. On ne change ni une équipe qui gagne ni un plan qui fonctionne.
Arrêtons-nous un instant ici, car la suite tient à un retournement d’une rare ironie.
En 1053, à Civitate, les Normands écrasent l’armée du pape Léon IX et capturent le souverain pontife. Puis ils s’agenouillent devant lui avant de le libérer. Six ans plus t**d, à Melfi, le pape Nicolas II fait de Robert Guiscard le duc de Pouille, de Calabre et de Sicile. D’une Sicile, notons-le, qu’il ne possède alors pas encore.
Le brigandage vient de se changer en mission. Il fallait y penser. Par où l’on voit que les Normands avaient – outre le sens du combat – celui de la diplomatie, c’est-à-dire celui des convenances géopolitiques.
Reste à prendre l’île, cela dit. Or, l’émirat kalbide s’est effondré une vingtaine d’années plus tôt et la Sicile est partagée entre qaids rivaux. L’un d’eux, Ibn al-Thumna, appelle les Normands à la rescousse pour régler ses comptes avec un concurrent qui lui donnait du fil à retordre. Même mécanique qu’avec les Lombards et avec le même résultat : les Normands arrivent comme mercenaires et finissent invariablement propriétaires.
On notera que l’affaire commence en 1061, soit cinq ans avant Hastings. Mais là où Guillaume règle la question anglaise en un après-midi, ses cousins mettront trente ans à soumettre la Sicile : Messine en 1061, Palerme en 1072, Noto en 1091. Chi va piano, va sano, dit-on.
Entre-temps, en 1084, Robert Guiscard monte à Rome délivrer Grégoire VII, que l’empereur Henri IV assiège dans le château Saint-Ange, ce qu’il fait fort bien. Puis ses troupes — où figurent des contingents musulmans siciliens, ce qui ne manque pas de sel — mettent la Ville à sac en repartant. Le pape dut suivre ses sauveurs et mourut en exil à Salerne.
On a connu secours plus délicats.
Reste le plus beau. Car le syncrétisme sicilien, ce mélange roman, romain d’Orient et arabe dont la Chapelle palatine est le chef-d’œuvre, n’est pas le fruit spontané d’un vivre-ensemble attendrissant. C’est le résultat d’une politique. À Noël 1130, Roger II se fait couronner roi, et c’est la cour royale — deux générations après la conquête — qui entretient une chancellerie trilingue, commande des mosaïques à des artistes grecs sous un plafond à muqarnas, et fait travailler al-Idrisi à sa carte du monde.
Une dernière chose. Nous nous représentons volontiers les conquérants de la Sicile en Vikings à peine décongelés débarquant du Septentrion. Las. En 1061, voilà cent cinquante ans que leurs ancêtres sont établis en Normandie. Les Hauteville parlent français, sont chrétiens depuis des générations et combattent à cheval, ce qui est l’exact contraire d’une manière scandinave.
N’est pas berserk qui veut. Et, à vrai dire, plus personne ne cherchait à l’être.
Ci-dessous : cette belle carte illustrant l’aventure des Normands (au sens premier du terme) est accessible sur le site web de la revue L’Histoire.