22/06/2026
𝐐𝐮𝐞 𝐝𝐞𝐯𝐢𝐞𝐧𝐭 𝐥𝐞 𝐬𝐨𝐦𝐦𝐞𝐢𝐥 𝐝𝐮 𝐜𝐡𝐞𝐯𝐚𝐥 𝐪𝐮𝐚𝐧𝐝 𝐥𝐞𝐬 𝐧𝐮𝐢𝐭𝐬 𝐧𝐞 𝐫𝐚𝐟𝐫𝐚𝐢̂𝐜𝐡𝐢𝐬𝐬𝐞𝐧𝐭 𝐩𝐥𝐮𝐬 ?
Il fait peut-être 40°C dehors, voire davantage, pendant que vous lisez ces lignes.
Ce lundi 22 juin 2026 marque le pic de la deuxième canicule de l'année, et Météo-France annonce des nuits qui ne redescendront pas sous 24 ou 25°C sur une bonne moitié du pays.
Alors on va se poser une question à laquelle, à ma connaissance, aucune étude n'a encore répondu : Que devient le sommeil d'un cheval quand les nuits ne refroidissent plus ?
(1) 𝐋𝐞 𝐜𝐡𝐞𝐯𝐚𝐥 𝐝𝐨𝐫𝐭 𝐩𝐞𝐮 𝐞𝐭 𝐬𝐨𝐧 𝐬𝐨𝐦𝐦𝐞𝐢𝐥 𝐞𝐬𝐭 𝐟𝐫𝐚𝐠𝐢𝐥𝐞
Son sommeil est polyphasique : il est fractionné en cinq à sept épisodes courts, l'essentiel se jouant la nuit, entre minuit et quatre heures du matin.
Au total, un cheval dort environ 3h30, dont à peine trente minutes de sommeil paradoxal (Fuchs et al., 2018).
Et c'est pourtant là que tout se joue : ce sommeil paradoxal, le cheval ne l'atteint qu'allongé. Il lui faut se coucher, idéalement en décubitus latéral, tête posée au sol, parce que cette phase s'accompagne d'un relâchement musculaire total qu'un cheval debout ne peut pas se permettre.
‼️ Privé de couchage plusieurs jours d'affilée, il finit par basculer en sommeil paradoxal debout, puis il s'effondre ; Fuchs et son équipe ont recensé des centaines de chevaux concernés, souvent blessés à force de chuter.
(2) 𝐋𝐞 𝐜𝐡𝐞𝐯𝐚𝐥 𝐧𝐞 𝐬𝐞 𝐜𝐨𝐮𝐜𝐡𝐞 𝐪𝐮𝐞 𝐬’𝐢𝐥 𝐬𝐞 𝐬𝐞𝐧𝐭 𝐚̀ 𝐥’𝐚𝐢𝐬𝐞 𝐞𝐭 𝐞𝐧 𝐬𝐞́𝐜𝐮𝐫𝐢𝐭𝐞́
C'est précisément ce que la canicule vient mettre à mal : la zone de neutralité thermique du cheval, cette plage où son corps n'a aucun effort à fournir pour réguler sa température, se situe entre 5 et 25°C environ (Morgan, 1998).
Alors le calcul est vite fait : pendant l'épisode que nous traversons, avec des minimales nocturnes autour de 24-25°C,
𝐢𝐥 𝐧'𝐞𝐱𝐢𝐬𝐭𝐞 𝐪𝐮𝐚𝐬𝐢𝐦𝐞𝐧𝐭 𝐚𝐮𝐜𝐮𝐧𝐞 𝐡𝐞𝐮𝐫𝐞, 𝐝𝐞 𝐣𝐨𝐮𝐫 𝐜𝐨𝐦𝐦𝐞 𝐝𝐞 𝐧𝐮𝐢𝐭, 𝐨𝐮̀ 𝐥𝐞 𝐜𝐡𝐞𝐯𝐚𝐥 𝐫𝐞𝐯𝐢𝐞𝐧𝐭 𝐝𝐚𝐧𝐬 𝐬𝐨𝐧 𝐬𝐞𝐮𝐢𝐥 𝐝𝐞 𝐜𝐨𝐧𝐟𝐨𝐫𝐭.
(3) 𝐔𝐧𝐞 𝐜𝐨𝐧𝐭𝐫𝐚𝐝𝐢𝐜𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐝𝐞 𝐜𝐚𝐥𝐞𝐧𝐝𝐫𝐢𝐞𝐫
En temps normal le cheval concentre son temps de couchage, et donc son sommeil paradoxal, sur la nuit. Mais pendant une vague de chaleur, son rythme s'inverse :
☀️ Aux heures brûlantes, il s'immobilise à l'ombre et réduit son activité au strict minimum.
🌙 Puis il reporte ses déplacements et sa prise alimentaire sur la nuit, plus respirable.
C'est d'ailleurs toute la logique des sorties nocturnes que beaucoup d'écuries classiques adoptent l'été (les chevaux qui passent la journée au boxe et la nuit en parc, plutôt que l’inverse comme le reste de l’année).
Sauf que ça déplace le problème au lieu de le résoudre :
𝐒𝐢 𝐥𝐚 𝐧𝐮𝐢𝐭 𝐝𝐞𝐯𝐢𝐞𝐧𝐭 𝐥𝐞 𝐦𝐨𝐦𝐞𝐧𝐭 𝐨𝐮̀ 𝐥𝐞 𝐜𝐡𝐞𝐯𝐚𝐥 𝐛𝐨𝐮𝐠𝐞, 𝐦𝐚𝐧𝐠𝐞 𝐞𝐭 𝐞𝐬𝐭 𝐚𝐜𝐭𝐢𝐟, 𝐚𝐥𝐨𝐫𝐬 𝐪𝐮𝐞𝐥 𝐦𝐨𝐦𝐞𝐧𝐭 𝐥𝐮𝐢 𝐫𝐞𝐬𝐭𝐞-𝐭-𝐢𝐥 𝐩𝐨𝐮𝐫 𝐬'𝐚𝐥𝐥𝐨𝐧𝐠𝐞𝐫 𝐞𝐭 𝐝𝐨𝐫𝐦𝐢𝐫 𝐯𝐫𝐚𝐢𝐦𝐞𝐧𝐭 ?
—> Sa fenêtre nocturne, celle où il devrait plonger en sommeil paradoxal, se retrouve mobilisée par l'activité. 👎
—> Et la journée, écrasée par une chaleur qui le maintient largement au-delà de sa zone de confort thermique, se prête mal à un vrai sommeil couché, même à l'ombre. 👎
✅ La vraie question n'est donc pas de savoir s'il dort moins, mais s'il trouve encore, dans les vingt-quatre heures, ne serait-ce qu'𝐮𝐧 𝐜𝐫𝐞́𝐧𝐞𝐚𝐮 𝐨𝐮̀ 𝐥𝐚 𝐭𝐞𝐦𝐩𝐞́𝐫𝐚𝐭𝐮𝐫𝐞, 𝐥𝐞 𝐬𝐨𝐥, 𝐥𝐚 𝐬𝐞́𝐜𝐮𝐫𝐢𝐭𝐞́ 𝐞𝐭 𝐥𝐞𝐬 𝐢𝐧𝐬𝐞𝐜𝐭𝐞𝐬 𝐥𝐮𝐢 𝐩𝐞𝐫𝐦𝐞𝐭𝐭𝐞𝐧𝐭 𝐝𝐞 𝐬𝐞 𝐜𝐨𝐮𝐜𝐡𝐞𝐫 𝐩𝐨𝐮𝐫 𝐝𝐞 𝐛𝐨𝐧.
Personne n’a mesuré les conséquences d’une canicule sur le sommeil chez le cheval ; mais le simple contact de l’organisation son budget-temps lors d’une journée de canicule suffit à rendre la réponse inquiétante.
(4) 𝐎𝐧 𝐩𝐨𝐮𝐫𝐫𝐚𝐢𝐭 𝐬𝐞 𝐫𝐚𝐬𝐬𝐮𝐫𝐞𝐫 𝐞𝐧 𝐬𝐞 𝐝𝐢𝐬𝐚𝐧𝐭 𝐪𝐮𝐞 𝐩𝐞𝐮𝐭-𝐞̂𝐭𝐫𝐞, 𝐮𝐧 𝐜𝐡𝐞𝐯𝐚𝐥 𝐪𝐮𝐢 𝐛𝐨𝐮𝐠𝐞 𝐬𝐢 𝐩𝐞𝐮 𝐥𝐞 𝐣𝐨𝐮𝐫 𝐚 𝐟𝐨𝐫𝐜𝐞́𝐦𝐞𝐧𝐭 𝐦𝐨𝐢𝐧𝐬 𝐛𝐞𝐬𝐨𝐢𝐧 𝐝𝐞 𝐝𝐨𝐫𝐦𝐢𝐫...?
Mais à ma connaissance, c'est faux.
Le sommeil paradoxal n'efface pas qu'une fatigue musculaire ; il consolide également la 𝐦𝐞́𝐦𝐨𝐢𝐫𝐞, et participe au 𝐭𝐫𝐚𝐢𝐭𝐞𝐦𝐞𝐧𝐭 𝐞́𝐦𝐨𝐭𝐢𝐨𝐧𝐧𝐞𝐥. (Barbosa et al., 2024 par exemple, ont observé chez des chevaux lusitaniens privés de ce sommeil des troubles de l'attention et de la mémoire spatiale.)
Et là, moins se dépenser n'annule pas ce genre de besoins-là.
(5) 𝐅𝐚𝐮𝐭𝐞 𝐝'𝐞́𝐭𝐮𝐝𝐞 𝐞́𝐪𝐮𝐢𝐧𝐞, 𝐨𝐧 𝐩𝐞𝐮𝐭 𝐭𝐨𝐮𝐭 𝐝𝐞 𝐦𝐞̂𝐦𝐞 𝐫𝐞𝐠𝐚𝐫𝐝𝐞𝐫 𝐜𝐞 𝐪𝐮𝐢 𝐬𝐞 𝐩𝐚𝐬𝐬𝐞 𝐜𝐡𝐞𝐳 𝐯𝐨𝐬 𝐯𝐨𝐢𝐬𝐢𝐧𝐬 𝐞́𝐥𝐞𝐯𝐞𝐮𝐫𝐬
Chez les bovins, c'est documenté (Cook et al., 2007 ; Tucker et al., 2008 ; Schütz et al., 2010) : quand l'indice de température-humidité grimpe, les vaches restent debout plus longtemps et se couchent moins, pour augmenter leur surface d'échange et dissiper la chaleur.
⚠️ Je reste prudente sur la transposition, car à la différence d’un cheval, la vache est un ruminant : son temps couché tient d'abord à la rumination et au confort, pas au sommeil paradoxal comme chez le cheval.
Par contre, on peut facilement supposer que le 𝐫𝐞́𝐟𝐥𝐞𝐱𝐞 𝐭𝐡𝐞𝐫𝐦𝐨𝐫𝐞́𝐠𝐮𝐥𝐚𝐭𝐞𝐮𝐫, lui (se tenir debout quand il fait trop chaud), est commun aux deux espèces ; d’autant plus qu’on a retrouvé ce comportement chez d’autres grands herbivores.
(6) 𝐄𝐭 𝐩𝐮𝐢𝐬 𝐥𝐞 𝐬𝐨𝐥 𝐬'𝐚𝐣𝐨𝐮𝐭𝐞 𝐚̀ 𝐭𝐨𝐮𝐭 𝐜̧𝐚.
Les terres se rapprochent des records de sécheresse pour la saison ; et un sol qui est nu (herbe cramée), dur, croûté n'invite clairement pas un cheval de 500 kilos à s'y abandonner sur le flanc...
.. alors qu’on sait déjà qu'une litière trop fine réduit déjà nettement le temps de couchage latéral (Greening et al., 2021).
(7) 𝐂𝐞 𝐪𝐮𝐞 𝐥'𝐨𝐧 𝐫𝐞𝐠𝐚𝐫𝐝𝐞, 𝐞𝐭 𝐜𝐞 𝐪𝐮'𝐨𝐧 𝐨𝐮𝐛𝐥𝐢𝐞
Je me suis rendue compte au fil de mon expérience que le couchage fait partie des premières choses à observer, bien que ce soit rarement un point qu'on me cite spontanément.
Pendant les fortes chaleurs on va surveiller en priorité l'eau, l'ombre et les insectes aux heures les plus chaudes ; tout ça est bien entendu juste et nécessaire (j'en parlais récemment dans mon billet sur ce que faire à l'écurie en juin).
Mais on néglige souvent le moment où le cheval pourrait enfin se coucher :
✅ 𝐔𝐧𝐞 𝐚𝐢𝐫𝐞 𝐝𝐞 𝐜𝐨𝐮𝐜𝐡𝐚𝐠𝐞 𝐚𝐬𝐬𝐞𝐳 𝐯𝐚𝐬𝐭𝐞,
✅ 𝐮𝐧 𝐬𝐨𝐥 𝐦𝐞𝐮𝐛𝐥𝐞 𝐞𝐭 𝐬𝐞𝐜 𝐬𝐚𝐧𝐬 𝐞̂𝐭𝐫𝐞 𝐝𝐮𝐫,
✅ 𝐮𝐧 𝐠𝐫𝐨𝐮𝐩𝐞 𝐚𝐩𝐚𝐢𝐬𝐞́,
✅ 𝐮𝐧𝐞 𝐯𝐞𝐧𝐭𝐢𝐥𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐞𝐟𝐟𝐢𝐜𝐚𝐜𝐞,
✅ 𝐞𝐭 𝐮𝐧𝐞 𝐩𝐫𝐨𝐭𝐞𝐜𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐜𝐨𝐧𝐭𝐢𝐧𝐮𝐞 𝐜𝐨𝐧𝐭𝐫𝐞 𝐥𝐞𝐬 𝐢𝐧𝐬𝐞𝐜𝐭𝐞𝐬.
Une canicule ne se gère pas seulement aux heures les plus chaudes : elle se gère aussi dans les moments où votre cheval, enfin, pourrait dormir.
Car il peut avoir de l'eau fraîche, une ombre irréprochable, et malgré tout il peut accumuler une dette de sommeil parce que rien, dans son environnement, ne lui permet de s'allonger comme il en aurait besoin.
Alors cette nuit, si vous le pouvez (par exemple si vous n’arrivez pas à dormir parce qu’il fait trop chaud ! 😉), allez observer vos chevaux sans qu'ils vous voient :
𝐒𝐞 𝐜𝐨𝐮𝐜𝐡𝐞𝐧𝐭-𝐭-𝐢𝐥 𝐯𝐫𝐚𝐢𝐦𝐞𝐧𝐭, 𝐞𝐭 𝐩𝐞𝐧𝐝𝐚𝐧𝐭 𝐜𝐨𝐦𝐛𝐢𝐞𝐧 𝐝𝐞 𝐭𝐞𝐦𝐩𝐬 ?
Ce que vous verrez en dira long sur leur hébergement !
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👉🏼 𝐸𝑡 𝑠𝑖 𝑐𝑒𝑡𝑡𝑒 𝑙𝑒𝑐𝑡𝑢𝑟𝑒 𝑣𝑜𝑢𝑠 𝑓𝑎𝑖𝑡 𝑝𝑒𝑛𝑠𝑒𝑟 𝑎̀ 𝑞𝑢𝑒𝑙𝑞𝑢'𝑢𝑛 𝑑𝑜𝑛𝑡 𝑙𝑒𝑠 𝑐ℎ𝑒𝑣𝑎𝑢𝑥 𝑝𝑎𝑠𝑠𝑒𝑛𝑡 𝑙'𝑒́𝑡𝑒́ 𝑑𝑒ℎ𝑜𝑟𝑠, 𝑒𝑛𝑣𝑜𝑦𝑒𝑧-𝑙𝑎 𝑙𝑢𝑖 𝑎𝑣𝑎𝑛𝑡 𝑙𝑎 𝑝𝑟𝑜𝑐ℎ𝑎𝑖𝑛𝑒 𝑛𝑢𝑖𝑡 𝑡𝑟𝑜𝑝𝑖𝑐𝑎𝑙𝑒 !
🔎 Si vous vous demandez si votre aménagement permet réellement à vos chevaux de récupérer, de jour comme de nuit et en tous temps, cela fait partie ce que j'évalue lors d'un audit de structure (ou même lors d'une simple consultation à distance).
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