26/07/2025
Pour changer du fourrage, parlons un peu muscles 💪
La perte musculaire est un sujet d'inquiétude récurrent et lorsque l'on cherche des solutions pour améliorer l'état musculaire, de nombreuses idées reçues circulent, notamment celles-ci :
➡ Il faut travailler plus pour muscler son cheval
➡ Il faut qu’il fasse du gras pour le transformer en muscle
Alors ... Faisons le point 🔎
Les muscles du cheval sont principalement constitués de protéines, elles-mêmes faites d'acides aminés. Ces protéines se renouvellent constamment grâce à un équilibre entre la fabrication et la dégradation.
🟩 Si la fabrication est plus forte que la dégradation, les muscles se développent.
🔻 Si c’est l’inverse, le cheval perd de la masse musculaire.
Un des facteurs clés pour activer la fabrication musculaire est la présence d’acides aminés essentiels comme la lysine, la méthionine et la thréonine dans l'alimentation journalière. Une couverture optimale des besoins en protéines avec des sources riches en acides aminés limitants (lysine, méthionine et thréonine) est donc indispensable.
Mais ce n’est pas tout : l’énergie joue également un rôle majeur. Un cheval qui manque d’énergie (glucides) va puiser dans ses muscles, entraînant une perte de masse au lieu d’un gain.
⚠ D'où l'importance de raisonner les rations sans céréales pour les chevaux à très forts besoins en énergie !
Il faut également veiller à maintenir des apports suffisants d’autres nutriments comme le calcium, le magnésium, le cuivre, le zinc, les vitamines B, qui participent à la contraction musculaire, la récupération et la synthèse des protéines.
🧐 Mais alors pourquoi cette idée de faire du gras pour qu’il devienne du muscle ?
Penser que le gras pourrait se transformer en muscle repose sur une méconnaissance fondamentale des bases biologiques car le tissu adipeux et le tissu musculaire sont deux entités distinctes sur tous les plans dès les premières étapes du développement embryonnaire.
➡ Dès les 20 premiers jours après la fécondation, l'embryon se différencie en trois couches : l'ectoderme, l'endoderme et le mésoderme. Le tissu musculaire et le tissu adipeux proviennent tous deux du mésoderme, mais se développent selon des trajectoires indépendantes : le tissu musculaire (conçu pour être un organe actif, capable de produire des mouvements) se forme à partir de cellules spécialisées dans la contraction, tandis que le tissu adipeux (qui sert de réservoir d'énergie) se forme à partir de cellules spécialisées dans le stockage. Ce processus de différenciation est irréversible.
Ainsi, un adipocyte (cellule graisseuse) ne pourra jamais se transformer en myocyte (cellule musculaire), et inversement. C'est biologiquement impossible !
➡ Toutefois, nous l’avons vu : un cheval qui manque d’énergie ne pourra pas fabriquer suffisamment de muscle, mais un cheval “gras” est un cheval qui stocke un excès d’apports énergétiques.
Mais si ce cheval “gras” ne reçoit pas suffisamment de protéines dans sa ration, il ne sera toujours pas en mesure de fabriquer du muscle !
🌾 Le fourrage est la première source d’énergie et de protéines (et donc d'acides aminés) de nos chevaux :
💡 Un foin “moyen” apportera entre 70 et 90g de protéines par kilo de matière sèche, ce qui permet en principe de couvrir les besoins des chevaux à faibles besoins, mais rarement ceux des chevaux à forts besoins.
Une herbe de printemps apportera entre 150 et 250g de protéines par kilo de matière sèche (c’est autant qu’un kilo de steak haché !), ce qui peut permettre de couvrir les besoins de chevaux à forts besoins
➡ Les aliments interviennent si les besoins en protéines et/ou énergie ne sont pas couverts par le fourrage.
⚠ Un cheval peut (doit !) avoir une musculature suffisante même s’il ne travaille pas (elle sera seulement moins “sculptée”). Le fait qu'un cheval ne travaille pas ne justifie donc pas un état musculaire dégradé.
🟩 En résumé, une alimentation bien équilibrée (en énergie, protéines, vitamines, minéraux et acides aminés limitants), combinée à un travail adapté, est essentielle pour aider votre cheval à développer et maintenir sa masse musculaire. Mais travailler un cheval sur des apports en énergie et/ou protéines trop faibles lui fera perdre encore plus de masse musculaire.