05/11/2025
Dian Fossey a été retrouvée le 27 décembre 1985, face contre terre dans la cabine de sa chambre au centre de recherche Karisoke, au Rwanda. Sa mort fut violente : son crâne avait été fendu par une machette. Pour les populations locales, elle était « Nyiramacibiri », la femme qui vivait seule dans la forêt avec les gorilles. Pour les braconniers qu'elle traquait sans relâche, elle était une ennemie à abattre. Son assassinat ne fut pas un crime aléatoire, mais l'aboutissement tragique de dix-huit années de combat sans concession dans les forêts brumeuses du parc national des Volcans.
Née en 1932 à San Francisco, Dian Fossey était initialement ergothérapeute, sans formation académique en zoologie. Un voyage au Congo en 1963 changea sa destinée. Obsédée par les gorilles des montagnes, elle hypothéqua sa maison pour retourner en Afrique et fonder, en 1967, le centre de recherche Karisoke au Rwanda. Seule, elle gagna la confiance des primates en imitant leurs gestes et leurs vocalises. Son travail de terrain a révolutionné la primatologie, démontrant contre les préjugés que ces géants étaient des êtres doux, intelligents et profondément sociaux.
Si ses recherches étaient saluées, ses méthodes radicales de protection ont provoqué une hostilité croissante. Elle déclara une guerre ouverte aux braconniers : elle brûlait leurs pièges, les confrontait directement et dénonçait la corruption qui entravait la conservation. Le massacre en 1977 de Digit, un gorille mâle qu'elle chérissait, la marqua profondément et la poussa à créer le Fonds Digit (aujourd'hui le Dian Fossey Gorilla Fund) pour financer des patrouilles anti-braconnage. Isolée et consciente des menaces qui pesaient sur elle, elle écrivait : « Quand vous réalisez la valeur de toute vie, vous vous attardez moins sur le passé et vous vous concentrez sur la préservation de l'avenir. »
Aucun meurtrier n'a jamais été condamné pour son assassinat. Pourtant, son héritage est vivant. La population des gorilles de montagne, qui n'était plus que de quelques centaines d'individus dans les années 80, dépasse aujourd'hui les 1 000 spécimens. Chaque effort de conservation porte son ombre indélébile. Dian Fossey n'est pas morte dans la jungle ; elle a été tuée pour l'avoir défendue. Elle a prouvé, jusqu'au sacrifice ultime, qu'aimer quelque chose de sauvage signifie se tenir entre lui et un monde qui cherche à le détruire.
Sources :
Dian Fossey Gorilla Fund, National Geographic, "Gorillas in the Mist" (Livre de Dian Fossey), BBC, The New York Times, Smithsonian Institution.