20/08/2026
JOURNAL DâUN JOUEUR â ĂPISODE 5
ON VA PARLER DâARBITRAGE
LâAUTRE CĂTĂ DU MIROIR
Texte écrit par Guillaume. Corrigé et mis en forme par Juste un Coach de Basketball.
Je suis passé de coach à arbitre.
Enfin⊠je suis toujours coach.
Mais maintenant, certains week-ends, je passe de lâautre cĂŽtĂ© du miroir.
Je suis passĂ© de celui qui rĂąleâŠ
Ă celui qui entend rĂąler.
Et bizarrement, un match nâa plus tout Ă fait la mĂȘme apparence quand on change de cĂŽtĂ©.
Quand je suis coach, je vis le jeu.
Je pense Ă mon Ă©quipe, Ă mes joueurs, Ă ce que je dois changer, Ă cette passe quâon aurait dĂ» faire, Ă cette dĂ©fense quâon nâa pas respectĂ©e.
Je suis dans la passion.
Dans lâambition.
Dans lâaction.
Quand je prends le sifflet, tout change.
Je dois voir le ballon.
Les contacts.
Les pieds.
Les joueurs.
Les bancs.
Les coachs.
Et parfois mĂȘme ce qui commence Ă se passer dans les tribunes.
Je dois rester calme alors que, intérieurement, je ne le suis pas toujours.
Parce quâarbitrer, câest aussi cette sensation Ă©trange dâĂȘtre sous tension sans avoir le droit de vraiment la montrer.
Je siffle une action parce quâĂ cet instant prĂ©cis, pour moi, câest la bonne dĂ©cision.
Et immĂ©diatement, quelquâun pense que jâai tort.
Parfois plusieurs personnes.
Parfois toute une tribune.
Et le plus compliquĂ©, câest que je sais quâelles ont peut-ĂȘtre raison.
Parce que ouiâŠ
Je fais des erreurs.
Je peux ĂȘtre parfaitement concentrĂ© pendant plusieurs minutes et, pendant une seconde, dĂ©crocher.
Une seconde suffit.
Je peux rater une faute.
Parfois, câest encore plus Ă©trange.
Je lâai vue.
Je sais que je lâai vue.
Mais je ne siffle pas.
Et deux secondes plus t**d, je me demande moi-mĂȘme pourquoi.
Avant, quand jâĂ©tais uniquement coach, je pouvais me dire :
« Mais comment il peut ne pas voir ça ? »
Aujourdâhui, je sais.
Parce quâun arbitre nâest pas une camĂ©ra.
Il doit décider.
Tout de suite.
Sans ralenti.
Sans deuxiĂšme chance.
Et au milieu de tout ça, je dois aussi gérer les réactions.
Celles des joueurs.
Celles des coachs.
Celles des parents.
Je ne peux pas prendre un air supĂ©rieur face Ă un coach simplement parce que jâai le sifflet.
Ăa ne ferait quâenvenimer le match.
Mais je ne peux pas non plus passer mon temps Ă mâexcuser pour chaque dĂ©cision discutable.
Parce quâĂ force, je perdrais toute crĂ©dibilitĂ©.
Alors je dois parler.
Expliquer parfois.
Ăcouter aussi.
Mais pas trop.
Ătre proche sans perdre ma distance.
Ătre humain sans donner lâimpression de douter de tout.
Et câest lĂ que le paradoxe devient intĂ©ressant.
Je suis coach.
Alors, forcĂ©ment, il mâest dĂ©jĂ arrivĂ© de rĂąler contre un arbitre.
Aujourdâhui, quand jâarbitre, je nâaccepte pas toujours quâon rĂąle contre moi.
Et parfois je me demande :
Est-ce que je suis aussi dur avec les arbitres que certains peuvent lâĂȘtre avec moi ?
Je nâai pas vraiment trouvĂ© la rĂ©ponse.
Peut-ĂȘtre parce quâau fond, il nây en a quâune qui compte.
Je fais de mon mieux.
Comme le coach fait de son mieux.
Comme les joueurs font de leur mieux.
Comme tous ceux qui participent au match essaient de faire de leur mieux.
Et pourtantâŠ
parfois, câest stressant.
Parfois, je rentre chez moi en repensant à une décision.
à une réaction.
Ă un moment oĂč jâaurais peut-ĂȘtre pu faire autrement.
Et plus jâarbitre, plus une question revient.
Parce que derriĂšre ce sifflet, il y a moi.
Un homme de 45 ans.
Avec du recul.
Avec de lâexpĂ©rience.
Avec suffisamment de vĂ©cu pour savoir quâun match reste un match et que les cris finiront par sâarrĂȘter.
Et malgrĂ© tout çaâŠ
parfois, je ressens la pression.
Alors je me pose une question.
Si moi, Ă 45 ans, je ressens tout ça derriĂšre un siffletâŠ
comment fait un arbitre de 16 ou 17 ans pour le gérer ?
Guillaume