07/02/2026
Peut-être le post le plus difficile que je ferais jamais.
J’ai mis du temps à vous donner des nouvelles de cette dernière étape de mon expédition qui ne s’est pas passée comme prévu.
Voici un retour détaillé (il y aura un peu de lecture) :
- Lundi 2 février : fenêtre météo favorable pour une tentative de sommet. Je ne me sens pas physiquement, je décide de prendre une journée de récup et d’attendre le lendemain. 1ère erreur.
Altitude : 6000m.
- Mardi 3 février : météo moins favorable mais tout à fait faisable et dernière fenêtre avant l’arrivée de la tempête qui doit durer des jours. Ma dernière chance.
Je check encore une fois la météo avant de me coucher (la météo en montagne change tellement vite).
Réveil 1h30, je m’équipe. Le vent est fort, plus fort que ce qu’il devrait être. J’essaye de checker la météo une dernière fois avant de partir mais impossible de capter le moindre signal. Je décide de faire confiance aux dernières prévisions vérifiées quelques heures auparavant. 2ème erreur.
2h : départ pour le sommet.
Dès les premiers pas je sens que ça va être plus difficile que prévu (vidéo 2). Je fais 2 pas, le vent m’en fait reculer d’un.
2h d’ascension plus t**d, le vent s’intensifie. J’apprendrais par la suite une température ressentie de -32°C. Le vent soulève toute la neige au sol et m’empêche de voir à plus de 2m devant moi.
3h d’ascension : plus aucune trace de passage ni d’un semblant de chemin préalablement emprunté. Je progresse dans de la neige à hauteur de cuisses. Entre les effets de l’altitude et le vent, il me faut 30min pour gravir les 10 derniers mètres de cette portion que je finirais en rampant (pour repartir mon poids sur la neige).
Au terme de ce mur interminable, j’arrive sur une crête où une rafale de vent violente et soudaine me fait chuter en arrière. J’y perds ma lampe frontale et me retrouve dans le noir en plein milieu de la nuit à 6500m d’altitude. Par chance (ou plutôt par précaution) j’en ai une de secours dans mon sac.
Le vent s’intensifie, je me refroidi, mes doigts s’engourdissent. Je n’arrive plus à suivre la trace GPS sur ma montre. Peut-être le froid, l’altitude… ou les deux.
Je hurle de rage. Je me dis que ça ne finira pas ici, à 6600m d’altitude.
Ne me demande pas comment mais je retrouve les traces dans la neige que j’avais faite en montant.
2h plus t**d, j’arrive au camp, soulagé, désorienté (photo 1 prise par un ranger).
Je pensais que mon calvaire s’arrêtait ici.
Mais j’avais amené avec moi ces vents violents d’en haut.
Ma tente (ainsi que tout ce qu’elle contenait), s’arracha et s’envola. Je ne comprend toujours pas comment ça a pu arriver. Elle était encordé à 6 points à des rochers et j’avais pris soin de mettre des pierres dedans avant de partir. Ça illustre la force des vents cette nuit là.
Quelques minutes plus t**d, ce sont toutes les tentes encore présentes qui s’arrachèrent. Les quelques grimpeurs présents ramassèrent leurs affaires en catastrophe et se mirent à l’abri sous les dômes (l’état du camp en photo 3).
N’Ayant plus de quoi assurer les nuits en altitude, il me faut descendre le plus vite possible et atteindre au moins le camp de base situé à 4300m d’altitude afin de trouver une solution.
II me faudra presque 6h pour descendre les 2000m de dénivelé négatif avec tous le reste de mon matériel sur le dos.
J’arrive exténué au camp de base où on me prête un sac de couchage pour la nuit.
La météo s’empire au sommet et la tempête durera des jours (encore à l’heure où j’écris ces lignes).
L’aventure s’arrête ici pour moi.
Je parcours le lendemain les 30km qui sépare le camp de base de la sortie du parc.
En 2 jours, je passe de 6600m à 2000m d’altitude.
J’ai échoué à 6600m (altitude max enregistrée sur ma montre en photo 4), si proche du sommet. Mais j’ai une fois de plus gagné en expérience. Et surtout, j’ai encore apprit sur moi-même… beaucoup.
Et c’était le but de cette expédition.
Peut-être aurai-je atteins le sommet si j’étais parti la veille, peut-être pas. Ça n’a plus d’importance.
Cette montagne n’est pas si difficile à gravir avec de bonnes conditions météo.
Mais lorsqu’elle t’y interdit l’accès, tu dois te plier à sa volonté. Ou aller au devant de sérieux problèmes.
C’est une belle leçon d’humilité.
Je suis venu pour la difficulté, l’inconfort, voir de quoi j’étais capable, j’ai été servi.
Je quitte le parc comme un zombie (photo 5) en jetant un dernier regard à ce colosse (photo 6) qui m’aura tant fait souffrir mais qui m’aura tant apprit.
J’aurai encore tant à écrire sur cette aventure, mais il me faudrait bien plus que quelques lignes.