06/06/2026
Il y a un peu plus d'un an un troubadour de chemin m'écrivait, pour encarter une traversée qui restera dans ma mémoire à jamais.
Intriguant! Un autre monde était à découvrir pour moi, je n'ai pas hésité à l'écouter.
Collectionneur, traileur et comteur d'histoire.
Une personnalité qui raconte sa passion à travers les accomplissements d'autres.
Merci Clément pour ce partage 😉
🩴 À la carte ou l’art de figer le temps | Carte N°3 - Mickaël BERTHON - Chapitre 1 - Morceau choisi
L’allure est fatiguée, la mousse affaissée de celle qui n’a pas ménagé sa peine et a mené une vie active. Aux commissures de ses crampons, encore quelques morceaux de nature jaunie qui semble avoir embarqué vers un ailleurs plus vert. L’usure est un peu inégale à l’avant pied et en diagonale vers le talon. Sur la droite de son crâne, une balafre grossièrement cicatrisée témoigne, au-delà d’une confrontation qui aurait mal tourné, une éventuelle contrainte répétée qui aurait fini par ouvrir une brèche avant qu’elle ne devienne gouffre. Le pare pierre a joué son rôle et ici et là quelques impacts témoignent d’une nature qui s’est avérée plus féroce qu’annoncée. L’espérance de vie a été dépassée et l’aventure aurait pu se prolonger à en lire l’allure encore solide de sa démarche. Mais le temps a fait son œuvre et relégué cette forcenée de la trace vers une retraite qui doit lui paraître ennuyeuse, une nécessité néanmoins au regard du train de vie qu’elle a mené.
Comme un symbole, j’ai reçu une godasse…. Une godasse qui a vagabondé sur une trace, celle du GR5, un sentier gargantuesque aux mensurations généreuses, 2 200 kilomètres et 62 000 mètres de dénivelé s’élançant de la mer du Nord pour plonger vers la Méditerranée en passant par les Pays-Bas, la Belgique, le Luxembourg et la France via les Alpes. A travers elle, des aventures aux centimètres carrés de gomme parfois laissés en cours de route. Elle a répondu présent et mené son pilote vers une quête insensée durant 29 jours 22 heures et 39 minutes, insensée, mais pas inaccessible puisqu’ils se sont élancés. Élancés à la rencontre de soi et de cette nature qui se fera farouche, ballotés par la météo et les aléas d’une trace qui ne donnera que peu de répit. Ce binôme incongru face à l’immensité d’un chemin, un pas après l’autre, le tout en symbiose, d’un corps sur ses pieds. Mais comment protéger les pieds des assauts de la nature ? En première ligne, elles se sont faites solides souvent, légères également face à la fatigue grandissante d’un chemin qui traine en longueur, souples en descente, dynamiques en montée, réconfortantes aux confins de la nuit, de bon conseil au détour d’un départ de trace, solides dans le dévers mais suffisamment malléables pour s’adapter aux relances.
Comment ne faire qu’un à l’interface du pied et de la terre ? ou l’art de faire corps sur la nature. Un lien comme un soutien, l’homme et la matière pour que naisse cette première trace.
Mickaël est de ceux qui s’élancent, mélange d’audace et de folie contrôlée, une idée devenue quête. Des références, il en a sur les sentiers. Un « résolveur » d’équations sur la Chartreuse Terminorum, des ultras mythiques et à présent une trace, celle d’un homme passionné et passionnant. Une marque mythique laissée sur la planète FKT pour qu’un jour peut-être un autre que lui vienne ravir cette référence pour en poser une nouvelle. Le temps qu’encore un autre s’élance de nouveau… Une histoire sans fin capturée au détour de sa semelle.