25/10/2025
Iaido : Du désir de savoir au désir d'apprendre.
Réflexions sur la pédagogie
Il ne faut pas croire que tous les élèves désirent apprendre ? Certains désirent savoir et si possible savoir sans apprendre. Parce qu’apprendre demande du temps et des efforts.
Dans le monde d’aujourd’hui où tout va très vite, où tout se consomme très vite, certains élèves désirent savoir et pensent que l'on peut savoir tout et très vite parce qu'on a des tas de choses qui nous donnent le sentiment que l'on sait. Socrate disait déjà: « Et quand on croit que l'on sait, on n'apprend plus ! ».
Le savoir n'invite pas en effet à apprendre, il bloque l'apprentissage. Quand je suis sûr que je sais, je n'ai plus besoin d'apprendre. Et donc le travail de l’école de Iaido c'est de bien dire à l'élève : « Mais non tu ne sais pas, je vais te mettre en recherche, tu vas aller chercher ».
Chercher, partir en quête, se demander, s'interroger. Et non pas s'enfermer dans ses certitudes. Les écoles d’arts martiaux combattent les certitudes et doivent permettre d'accéder à l'interrogation, à la réflexivité.
L’école de Iaido est le lieu de découverte, d'exigence de précision, de justesse et de vérité. Celui qui a raison, ce n'est pas celui qui crie le plus fort, ce n'est pas celui qui intimide, ce n’est pas celui qui met sous emprise. C'est celui qui démontre le mieux. Et si le maître ou l’enseignant (Sensei) a une autorité, c'est parce que c'est lui qui explique le mieux, qui démontre le mieux, qui est le plus précis, le plus juste et le plus vrai, le plus proche de la vérité dans la pratique du Iaido.
Il faut convaincre sans vaincre et il faut surtout permettre l'intériorisation de l'exigence de précision, de justesse et de vérité. Si l'élève n'est exigeant envers lui-même que parce que le maître est derrière lui, quand le maître disparaît, l'élève n'est plus exigeant.
Or l'exigence est la clé du développement. Et ce n'est pas simplement vrai pour celui qui va devenir un futur enseignant. L'objectif est donc que l’école de Iaido apprenne à chacun à être exigeant envers lui-même.
Cela nous renvoie également à une idée forte autour de la notion d'évaluation. L'évaluation par un passage de grade par exemple ne sert pas à savoir si on est meilleur que les autres ou moins bon que les autres, cela sert à devenir meilleur que soi-même. En cas d’échec, en tant qu’enseignant ou juré d’examen, on ne doit pas se contenter de ne pas donner un grade à un élève parce qu’il stagne (malgré ses efforts), ou parce qu’il commet encore des erreurs techniques dans ses Katas. La pédagogie est alors déficiente où le monde s'arrête.
Si on lui dit en revanche que l’on va continuer à lui donner des conseils, qu’il va reprendre avec assiduité son travail dans son Dojo, qu’il va répéter ses Kihons et refaire ses Katas, qu’il va les refaire parce qu’il est capable de les refaire, parce qu’il va progresser, parce qu’il va s'améliorer.
On ne doit pas photographier l’échec mais passer de la photo au cinéma, pour faire évoluer et progresser. Et quand on fait cela, on ne transmet pas aux élèves simplement un savoir. On leur transmet un rapport au savoir. C'est un rapport exigeant dans lequel le maître transmet sa propre exigence.
Dernière chose, l’école de Iaido n'est pas seulement faite pour apprendre aux individus, elle est faite aussi pour apprendre ensemble. Elle n’est pas un système de "dressage" individuel qui sépare les gens les uns des autres. C’est un lieu où l'on apprend à apprendre ensemble. Et pas simplement à côté des autres, mais avec les autres. C’est particulièrement remarquable quand on invite les élèves à travailler à deux (ou plus) dans certaines configurations de Katas, ou bien dans la réalisation de Kihons. Enseigner le Iaido n’est donc pas seulement s'adresser à des individus séparés, c'est créer des interactions constructives entre ceux à qui l'on enseigne.
C'est la raison pour laquelle le Dojo est le lieu de l'entraide et le lieu de l’apprentissage de la transmission. Quand un élève explique ce qu'il a compris à un autre, il ne perd pas son temps : non seulement il fait comprendre à l'autre, mais en plus il comprend bien mieux ce qu'il a déjà compris. Parce que quand on explique quelque chose à quelqu'un, on comprend mieux ce quelque chose.
Et ainsi faire naitre la vocation d’enseigner…
Cédric AUBIN
DTR Adjoint Iaido Auvergne Rhône-Alpes
TAKE Lyon Iaido
www.takelyoniaido.fr