15/12/2025
Suite à une conversation lors du stage de Qi Gong dimanche dernier, j'ai voulu clarifier le sujet.
Le lâcher-prise
Ni abandon, ni fuite
Le lâcher-prise est l’un des concepts les plus mal compris dans les pratiques corporelles et énergétiques. Il est souvent assimilé à l’idée de renoncer, de se détendre passivement, voire de ne plus rien faire.
Cette vision est non seulement fausse, mais profondément contre-productive.
Le lâcher-prise ne consiste pas à lâcher la barre du bateau.
Il consiste à accompagner le vent, à composer avec le courant, sans jamais perdre de vue la direction.
L’image est parlante.
Un marin qui lâche tout dérive.
Un marin qui lutte contre le vent s’épuise.
Celui qui sait lâcher-prise ajuste la voile, sent la pression, modifie son angle… et avance.
Le lâcher-prise est donc une relation intelligente avec ce qui est, et non une reddition.
Ne pas aller contre le courant… sans se laisser emporter
Dans l’eau, le principe est identique.
Nager à contre-courant est une erreur classique : on se fatigue, on panique, on s’épuise.
Mais se laisser porter sans conscience est tout aussi dangereux.
Le lâcher-prise consiste à suivre le flux sans dériver au hasard.
Cela suppose :
• sentir la direction du courant,
• accepter sa force,
• agir juste ce qu’il faut pour rester orienté.
Il ne s’agit pas de s’opposer, mais de rester à l’écoute.
Écoute du corps.
Écoute du souffle.
Écoute de la situation.
C’est une posture intérieure active, précise, ajustée.
Lâcher-prise et pratiques corporelles
Dans le Taichi et le Qi Gong, le lâcher-prise n’est jamais un effondrement.
Un corps qui « lâche trop » perd sa structure.
Un corps qui contrôle trop se rigidifie.
Le lâcher-prise véritable se situe entre les deux :
• relâcher les tensions inutiles,
• conserver l’axe,
• maintenir l’intention.
C’est exactement ce que l’on appelle Song :
un relâchement qui laisse circuler, sans faire disparaître la tenue.
Une erreur fréquente : confondre lâcher-prise et passivité
Beaucoup utilisent le mot lâcher-prise pour éviter d’agir, de décider ou de regarder une situation en face.
Ce n’est pas du lâcher-prise.
C’est de l’évitement.
Le lâcher-prise demande au contraire :
• une grande lucidité,
• la capacité de sentir quand l’effort devient contre-productif,
• le courage de modifier sa façon d’agir plutôt que de forcer.
On ne lâche pas parce qu’on est faible.
On lâche parce qu’on a compris.
Song : un lâcher-prise dirigé
Song n’est pas un mot décoratif que l’on plaque sur une sensation agréable.
C’est une compétence.
Et comme toute compétence, elle demande du discernement, pas de la poésie floue.
Relâcher ce qui crispe.
Garder ce qui oriente.
Rester présent à la pression réelle, et non à l’idée que l’on s’en fait.
Le Song est un lâcher-prise dirigé.
Pas un relâchement mou.
Pas une détente anesthésiante.
Un relâchement qui augmente la perception et l’efficacité.
Conclusion
Le lâcher-prise n’est pas un renoncement.
C’est une intelligence du mouvement, intérieure comme extérieure.
C’est savoir quand agir, quand relâcher, quand ajuster.
C’est suivre le courant sans perdre sa direction.
C’est accompagner le vent sans lâcher la barre.
Et surtout, ce n’est jamais une absence de présence.
C’est, au contraire, une écoute fine de l’instant.
Olivier