EPAM les blaireaux

EPAM les blaireaux L'Equipe Pyrénéenne d'Alpinisme Mixte, du Comité régional Occitanie des clubs alpins FFCAM, est

01/11/2022
Jour 2 Innominata 2h45 : le « réveil » (pour ceux qui ont fermé l’œil) est compliqué. On essaye d’avaler quelque chose, ...
01/11/2022

Jour 2 Innominata

2h45 : le « réveil » (pour ceux qui ont fermé l’œil) est compliqué. On essaye d’avaler quelque chose, on enfile les habits mouillés de la veille et en s’élance dans ce qui s’annonce être une grosse journée. Dès les premiers mètres, on comprend que les conditions ne sont pas avec nous. Ce qui semble être du regel n’est en fait qu’une croûte gelée recouvrant les 30 cm de semoule dessous, ce qui rend la progression bien plus difficile. On arrive assez vite à la pointe Innominata après un joli passage technique en dry. Momo et Simon sont devant et ils vont tracer toute la voie, car il semble que nous soyons les premiers cette année à parcourir l’arrête de cette imposante face sud. On essaye d’être le plus efficace possible car il nous faut être au couloir exposé aux chutes de pierres avant que le soleil ne touche le sommet. Nous traversons juste à temps à 6h30. S’en suit d’interminables pente de neige qui mettent à rude epreuve nos mentals. Vers neuf heures nous arrivons à ce qui sera, pour moi, le Crux de la voie à cause des conditions de chaleur catastrophiques : une arrête de neige quasi verticale à deséscalader. Sous chacun de nos pas la neige se dérobe, on s’enlise, on s’enfonce, on ne peut presque plus avancer car tout s’effondre. Mais tout le monde passe. On aboutit sur sur cette longue pente de neige débouchant sur l’arrête du brouillard qui mène au mont Blanc de Courmayeur. Là-haut le vent souffle, et tout le monde enfile sa doudoune
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Après un bon jour de repos en falaise vers courmayeur on se lance dans Innominata en face sud du Mont Blanc Il est sept ...
30/10/2022

Après un bon jour de repos en falaise vers courmayeur on se lance dans Innominata en face sud du Mont Blanc

Il est sept heures et on se réveille tranquillement au matin du quatrième jour. Les sacs ont été bouclés la veille, chacun avec cette concentration caractéristique qui précède les jours de grandes courses. Les cordées aussi sont prêtes : Momo sera encordée avec Simon. Romain, Pierre Luigi et Agnes ensemble. Quant à moi c’est avec Jules que j’arriverai au sommet du Mont-Blanc. Il est huit heures lorsqu’on entame l’approche tous ensemble jusqu’à Monzino où l’on remplit les gourdes d’eau.
Là, Momo et Simon vont emprunter l’itinéraire via le glacier. Le reste de l’équipe se dirigera vers la première partie de l’arrête de l’Innominata. La première moitié de l’arrête n’est pas vraiment agréable à grimper car le caillou il est vraiment friable. Heureusement cela s’améliore, mais la fin de l’arrête est à notre plus grande surprise entièrement spitté. Vers 18h, on enfile les crampons pour la dernière partie sur l’arrête neigeuses avant le bivouac, il fait trop chaud et tout s’effondre. Pour Morgane et Simon, c’est le même combat, chaque pas pour eux sur le glacier demande deux fois plus d’efforts car la neige ne tient pas et tout s’écroule sous leurs pas. Arrivés deux heures avant nous, affamés et sans réchaud, ils auront fait preuve d’innovation dans la cuisine survivaliste.
Pour reproduire cela chez vous il vous faudra 100g de semoule, 150 ml d’eau froide, un sac congélation et un caleçon. Mettre la semoule et l’eau dans le sac congélation puis réserver dans votre caleçon 30 minutes bien au chaud entre vos cuisses. Et voilà un bon gâteau à la semoule pour toute la famille.
Quant à nous, nous arrivons en bivouac Eccles à 20h où nos deux compatriotes nous attendent (dîner entre les jambes) avec des dizaines de litres d’eau récupéré de la fonte de la neige. Eccles, c’est 7 mètres carrés pour 7 couchages et toujours plus d’intimité.
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Jour 2 : La KuffnerAprès un test à 4000 la veille sur la Dent du Géant, on décide de continuer l'acclimatation dans un t...
26/10/2022

Jour 2 : La Kuffner
Après un test à 4000 la veille sur la Dent du Géant, on décide de continuer l'acclimatation dans un terrain mixte neige et rocher pas trop dur pour se préparer à l’Innominata.
Lever à 3h pour l'arête Kuffner qui conduit au Mt Maudit!
Au départ, beaucoup de cordées on a pas l’habitude! Nous voilà parti dans le couloir de neige pour rejoindre l'arête. Une fois une petite bifurqu’ faite pour passer la rimaye, ça déroule: la neige est couic et l’itinéraire très tracé! Parfait pour se mettre en jambe. Effectivement, en voyant quelques traversées pour passer au plus facile, sans traces il y aurait eu plus de recherche d’itinéraire...
Une fois les premières difficultés passées à la frontale, le soleil se lève sur l'arête, c’est magnifique... L’itinéraire est vraiment en très bonnes conditions... Pas de glace et pratiquement que de la neige couic... Plus haut, ça déroule bien, le soleil tape et nous réchauffe, c’est pas de refus! Au sortir des difficultés, on arrive sur une grande pente de neige sous le Mt Maudit, le vent et l’altitude se font sentir. On accuse le coup dans la montée finale... Mais ça y est: sommet! On s’en met plein la tronche, le paysage est superbe! Mais sans traîner, le vent est fort et bien froid, ça caille!
Reste à descendre en suivant la voie des 3 Monts... On croise pas mal de personnes en train de monter au Mt Blanc par cette voie. Il y a de tout: les classiques groupes d’alpinistes, des skieurs en crampons avec les ski sur le dos, des parapentistes et d’autres spécialistes de la gopro et du solo sur glacier...
Le retour nous achève! L’itinéraire est long et le soleil tape plus fort que jamais... On crame! Les crevasses et séracs sont impressionnants, des immeubles qui ne demandent qu’à tomber...On ne traîne pas...
Heureusement, on finit par arriver au refuge à 13h, bien content de se poser sur la terrasse après cette jolie course!

Cette semaine nous allons revenir sur notre stage final qui s’est déroulé en juin dernier.Et oui, mieux vaut t**d que ja...
25/10/2022

Cette semaine nous allons revenir sur notre stage final qui s’est déroulé en juin dernier.
Et oui, mieux vaut t**d que jamais :)
Jour 1 : voie normale de la Dent du Géant
Fraîchement débarqués la veille au soir, on est plein d'énergie et de sacs cabas pour monter au refuge Torino où on dépose le matos en trop. Le temps est pas terrible, mais c'est censé se dégager dans l'après-midi. En attendant on va se poser au pied des aiguilles marbrées pour réviser les manips de secours en crevasse. Puis c'est reparti pour la dent du géant, mais devant la météo pas terrible et le froid polaire, on décide qu'on a pas envie d'enlever nos gants ni de mettre nos chaussons d'escalade, et on se lance donc dans la voie normale en corde tendue. On s'en fiche, l'objectif c'est de s'acclimater ! La voie est sympa, dommage que de gros boudins blancs de corde gâchent un peu le paysage. On arrive au sommet dans une météo franchement douteuse, alors on se rue sur les rappels de descente, quitte à griller la priorité à la cordée de devant qui a eu la malchance de se trouver sur le chemin d'un blaireau pressé. Finalement le ciel ne nous tombera pas sur la tête et tout le monde rentrera intact au refuge.

ARRÊTE DES GENTIANES  Cette fois, le compte rendu, c’est moi (Louis) qui m’y colle. J’ai une revanche littéraire à prend...
12/01/2022

ARRÊTE DES GENTIANES

Cette fois, le compte rendu, c’est moi (Louis) qui m’y colle. J’ai une revanche littéraire à prendre sur une rouste physique subie. Lundi dernier je reçois mon planning de la semaine. Message aux autres : « Repos jeudi. Chaud pour une bambé ? » Je reçois une réponse mercredi 8h de Lolo : « Je pose un RTT demain, on va faire l’arrête des gentianes. » Je ne sais pas ce que c’est, comment c’est, ni où c’est, mais je suis chaud comme une poêle à frire. Avec Lolo on a confiance l’un dans l’autre, l’expérience nous a montré qu’on formait une cordée qui roule.
La météo annonce grand beau toute la journée en Andorre, mais à peine partis de Foix, avant la frontière c’est le déluge, des flocons gros comme un pouce … le doute s’installe. Ceci dit, passé la frontière franco-andorrane les précipitations s’arrêtent net comme le nuage de Tchernobyl en 86 pour laisser place à un ciel dénudé de quelconque nuage. Le thermomètre ne cesse de dégringoler jusqu’a atteindre -11 degrés au parking du Pas de la Case. Ça pique. On s’équipe à la hâte et on commence la montée en peau de phoque avec les Nomic dans le dos, les gens nous regardent comme si nous étions des femmes à barbe. Départ rapide pour se réchauffer … c’était sans compter, 150m plus loin, sur la fuite du camelbak dans mon sac laissant s’échapper par salves des trombes d’eau jusque dans mon caleçon. Ça commence bien. On vide la poche d’eau et on repart. On plie l’approche, on est en forme olympique, le ciel est dégagé et la neige porte.
Arrivé au pied de l’arrête, on constate qu’elle n’est pas si nue que ça, les 15cm de neige fraîche tombées dans la nuit vont rendre la tâche un tant soit peu difficile. Lolo, avec la motivation qu’on lui connaît décide de partir devant, on va rester en corde tendue. J’ai du mal à suivre, ce n’est vraiment pas dur mais je ne sens déjà plus les orteils et des onglets aux mains me tordent le bide. Je subis, demande à Lolo de ralentir pour récupérer un peu. Chaque fois que le sang revient c’est le même calvaire : nausée, vertige, et broyage d’estomac. Au tiers de l’arrête je rejoins Lolo au relais qui voit mon état : « Mec, si tu veux on réchappe dans ce couloir y’a pas de mal. » J’acquiesce timidement. Je n’arrive plus à me concentrer tellement le froid me brutalise les extrémités.
Mais 10m plus, dans le couloir, mauvaise nouvelle : le couloir est beaucoup trop raide et la descente engagée, on va devoir continuer. Les difficultés commencent ici. On serre les fesses plusieurs fois et l’on doit tirer des longueurs dans des passages plus techniques. Le niveau nettement supérieur, on progresse donc plus lentement mais déterminé à sortir par la grande porte. Je retrouve la sensibilité dans mes mains mais mes orteils sont toujours portés disparus.
Lolo est titanesque, il restera devant toute la course. Une seule longueur l’aura fait douter mais, inébranlable, comme toujours il sortira vainqueur en hurlant des sonorités qui feraient pâlir les meilleurs barytons de l’Opéra de Paris. J’en avais eu un aperçu en cascade de glace à Guillestre mais là ça se confirme : en hivernale, il est chez lui, c’est son terrain, il joue à domicile et les éléments n’ont aucun effets sur lui.
Les faux sommets se succèdent et la fatigue se fait ressentir, il y a beaucoup trop de neige, on brasse et l’horloge tourne. A chaque relais on se tchecke et on s’encourage ! On doit la sortir avant la nuit cette arrête, pas le choix. La voix de Sean Villanueva résonne dans nos têtes : « On va bientôt arriver au sommet de nos rêves, mais le sommet de nos rêves il n’est pas là-haut, il est ici, mais c’est là-haut qu’on va le chercher »
Dernière longueur technique, j’ai le bras gauche qui daube, j’essaye d’empoigner mon piolet main droite, je le mets à la bouche pour mieux l’attraper, erreur de débutant, il fait -20 et ma langue reste entièrement collée sur le manche. C’est avec le goût du sang dans la bouche que je rejoindrai Loïc au sommet, sur ce tas d’éboulis tout pourri.
On se prend dans les bras, on est finalement sortis par la grande porte et ça mérite un câlin de réconfort. On goûte enfin à nos premiers rayons de soleil au sommet de cette face Nord. C’est pour ça, là-haut, qu’on fait tout ça. Pour le bonheur de partager ces moments forts, l’esprit de cordée, l’émotion que ça procure.
A la descente on déambule comme des pantins, lessivés, rincés, le blanc et les couleurs, essorage rapide !
J’aurai terminé cette journée avec la raie du cul gelée par un Camelbak percé, la langue pelée par mon piolet et avec une belle petite gelure à un orteil (5 jours après je n’ai toujours pas récupéré la sensibilité de mes orteils gauches.) Mais si j’écris ces lignes aujourd’hui c’est pour te faire une promesse, oui toi, Pic du Font Negre, avec Lolo on va revenir en été et on va te rouler dessus, te randonner, te grimper sans les mains … bref on va revenir prendre notre revanche !

J1Foix. 5h du mat. Dring. Nous nous levons du sommier complètement desséchés. Hier nous avons mangé une fondue savoyarde...
28/12/2021

J1

Foix. 5h du mat. Dring. Nous nous levons du sommier complètement desséchés. Hier nous avons mangé une fondue savoyarde. Au réveil, on cherche l’eau comme du lierre sur une façade. Nous compactons dans la voiture nos sacs trop lourds préparés la veille. À l’heure où seuls lesboulangers sont levés, on fonce au lieu de rendez-vous numéro 1 et on récupère un Pierre Luigi quin’a que deux heures de sommeil sous les aisselles. Autant vous dire que les discussions ne sont pasgrandioses dans le Berlingo utilitaire nous conduisant au lieu de rendez-vous numéro 2. Nousrécupérons El titan, Christophe, tout heureux. Le coffre de la voiture ne s’ouvre pas. Malgré cela,nous chargeons des kgs de matos comme si nous allions faire la guerre de Sécession. Il y en a du
sol au plafond et avons du mal à nous faxer entre les skis et les piolets.
Chauffage à fond dans la voiture, nous commençons à prévoir l’itinéraire de notre week-end qui semble long et périlleux. Je fais l’erreur d’ouvrir un vieux fromage de brebis qui pue les pieds. Debon matin, ça nous file la g***e. Nous passons la frontière puis Soldeù (prononcé Sold[eu] parChristophe). CRAC !, frein à main. Nous sortons de la voiture : PETARDO, sa caille ! On met lespeaux et les sacs sur le dos pour prendre la piste du Val d’Inclès, tambours battants. La nuit est
claire et les étoiles scintillent. La lune nous domine dans l’axe de notre progression. Nous avonstous les yeux écarquillés vers le ciel. Seules nos respirations bruyantes viennent perturber le calmequi règne en demeure. Puis, la clarté orangée du ciel se dévoile : le jour se lève. L’instant estsuspendu. C’est sublime.
3h heures d’approche dans de la neige fraîche plus t**d, nous parvenons aux pieds d’une cascadede Joclar bien maigre qui a mauvaise allure ... Nous apercevons une ligne dans la goulotte la plus àdroite qui pourrait se prêter à la grimpe. Révision rapide des relais pour Momo (surnomméMohammed) qui va vivre ses premiers pas dans un Joclar décimé par la neige. Premier relais, easy !Second relais, easy ! Troisième relais, pas easy … La glace est inconsistante et la couche est trèsmaigre rendant le brochage de plus en plus engagé. La cascade craque à intervalles courts nousrappelant qu’à tout moment, les blaireaux que nous sommes peuvent ramasser une montagne deglaçons sur la margoulette. Quel bonheur d’être là ! R3 fait sur broches cravatées à 3/4 dans laglace… Christophe, là haut, ne ternit pas sa réputation de déménageur et casse tout sur sonpassage sans même annoncer. 10 mètres plus bas, c’est une pluie de parpaings qui s’abat sur nous.
On se plaque sur la glace comme des poissons nettoyeur d’aquarium. Malheureusement, cela nenous empêche pas de prendre la foudre. BARGTH ! Un bloc me tombe sur l’épaule droite. Morganeest près de moi, imperturbable et calme. Avec le recul, je crois qu’elle était déjà en mode « survie »à ce moment-là. Pierre Luigi parvient au relais dans un calme olympien. La dernière longueur en3+, mêlant mixte et glace, est une traversée obliquant à droite pour rejoindre l’ultime relais sur unbloc à l’aplomb de la cascade. Ni une ni deux, on plie boutique pour rejoindre le refuge du Rhule.
La nuit s’approchant à grand pas, nous hâtons la marche et parvenons rapidement à notre logis dusoir. Celui-ci est littéralement enseveli de neige si bien que nos pas frôlent le niveau de la toiture.Par conséquent, nous sortons pelles, patience et bonne volonté pour accéder à la porte. Après 20minutes d’effort à 8 mains, nous parvenons à quelque chose : CLOC CLOC ! Manque de bol ce n’estque la table, il reste 1 mètre à creuser ... Nous parvenons enfin à ouvrir cette satanée porte etentrer dans le congélateur du refuge qui dispose déjà d’une grande notoriété en Ariège. Nouspassons le clair de la soirée à faire fondre de la neige pour notre approvisionnement en eau. Lalégende raconte que Morgane, assoiffée, aurait bu l’équivalent de 17 litres d’eau fondue. À 21h et
des brouettes, nous nous collons tous les quatre comme des sardines dans une boîte et empilonsles couvertures tels des pancakes trop cuits.

J2

Refuge du Rhule. 5h du mat. DRING. Même heure, même chaîne. La pièce dans laquelle nous noustrouvons a entièrement condensé. Le givre tapisse les couvertures. On boit et mange un coup touten enfilant le baudrier. Nous savons qu’aujourd’hui chaque minute va compter si nous voulonstoucher la pierre sommitale.
Dehors, c’est spectaculaire. Je n’ai jamais vu une nuit aussi claire. La lune illumine l’arête commeun projecteur dans un théâtre rappelant ce que Mario Colonel appelait « les chemins du ciel », enmode tremplin vers les étoiles. C’est superbe !
Il nous suffit de 17 minutes de brassage dans la neige à peine tassée par un regel matinal relatifpour atteindre le pied. L’exercice de l’arête hivernale est assez impressionnant nous rendantquelque peu fébriles sur nos premiers pas : on pose des câblés dans tous les sens, on fait des relaistous les 30 mètres sans privilégier la corde tendue etc … On perd du temps malgré un rythme degrimpe assez soutenu. Nous galopons littéralement sur l’arête comme des enfants hyperactifs
drogués au Coca. Au premier vrai relais, nous prenons quelques secondes pour admirer le
spectacle s’offrant à nous : les lumières du jour se sont progressivement allumées. Nous, pauvresblaireaux bien déterminés à plier l’arête dans un temps certain, n’avions même pas pris le tempsde contempler la splendeur des lieux, impénétrables avec un tel niveau de neige, hostiles etinhospitaliers comme l’Ariège peut nous offrir. L’air que nous respirons est glacé. Au loin, le Pic dela Coume d’Enfer domine ses prédécesseurs : les Pic de Ransol et de la Portaneille. Près de nous,comme un serviteur, le Pic N***e de Joclar se dresse. Tous sont vêtus d’un blanc rayonnant. Ici
haut, nous sommes bien-heureux comme si, l’espace d’un instant, l’Aston nous appartenait.
- Pierre Luigi (tout bas) : « ya pas à dire, la Haute Ariège en hiver, c’est quand même magnifique ».
- Christophe (comme un supporteur argentin dans un stade) : « Morgane, dépaaaaaaart ! ».
La longueur dite « clé » est franchie assez facilement par nos deux cordées. Quelques spits ont étédéposés ci et là mais le gaz à nos fesses nous contraint à la détermination.
Le mixte, ce n’est vraiment pas mon fort. Je danse comme ma grand mère au bal musette. Momocommence à gémir dans les pas durs. En contre bas, nous haranguons de toutes nos forces : « AllezMomo, solide !!! ». La neige est granuleuse et ne facilite pas notre progression dans les zones demixte. Qui plus est, c’est Christophe devant. Et le bougre n’est pas connu pour sa finesse ou sescookies vegan faits maison. Il boulègue (verbe occitan signifiant remuer, mélanger) tout sur son
passage. Au relais, il nous déverse blocs de glace et neige en quasi continu. On se régale ! Sur lerocher, on se débrouille plutôt pas mal. Mais dans du mixte vertical, ce n’est pas la même histoire… Nous parvenons enfin à la longueur décisive du haut du deuxième gendarme. Nous observonsChristophe évoluer dedans. Il pose 3 freinds sur 30 mètres et force pour le réta final… Je risnerveusement en me disant : « Dément, je vais crever ! ». La peur m’envahit mais pas question deréchapper. Momo s’y lance en hurlant comme une souris qu’on coince dans une porte vitrée mais
sort de là sans encombre. Par défaut de temps (et de mental, il ne faudrait pas se trouver des
excuses), il me lance une corde. Je pars dedans. C’est dur, physique et psychologique. ABO ! Je sorsdu réta final en hurlant et jurant : « la pu**, la pu** ! ». Pierre Luigi suit en y mettant aussi lepaquet mais plus sobrement, sans un murmure (quelle coquine celui-là). On sort finalement del’arête trop t**d … Nous allons devoir taper le rappel et réchapper à 1h de marche du sommet…C’est donc entre frustration et satisfaction que nous descendons les couloirs N littéralement farcis
d’une puff légère et douce. Malheureusement, les lattes sont restées au refuge que nous
atteignons finalement en très peu de temps. A notre grande stupéfaction, un mec est là en
raquette. J’étais à deux doigt d’y offrir un autocollant des blaireaux … Nous en profitons pour faireune photo typée Paris Match avec l’arête en arrière plan.
Sous un soleil qui nous brûle le cocotier, nous entamons le retour à ski vers le Val d’Inclès
autrement appelé le chemin de croix de Morgane. Rapidement, nous faisons pied sur le lac gelé deFontargente. Le paysage qui nous entoure est lunaire et pur. Des congères gigantesques et soufflés par les vents nous servent de trottoir. Au loin, nous apercevons le col de Fontargentesymbolisant la fin d’une aventure incroyable et, pour Momo, le salut d’une blairelle démolie par lafatigue. Mais notre nouvelle partenaire disposant d’une ténacité sans égal, après un ultime coup
de rein, fait pied au col, un humble sourire aux lèvres. SCRATCH ! On retire les peaux et dévalons1000 mètres de descente entre les sapins. La neige est hasardeuse et hétérogène. Elle n’est pasdégueu mais avec les 12 kgs sur le dos, nous skions comme des tanches. Arrivés sains et saufs aucreux de la vallée, la partie n’est toujours pas terminée : une heure de faux plat en mode patineurpour rejoindre la voiture. Une fois le parking atteint, nous attendons patiemment Morgane. L’apercevant au loin, je m’approche d’elle. Elle est littéralement en kit. Son visage est meurtri. Je
me suis demandé si elle n’allait pas m’envoyer les skis dans la tronche alors pour éviter le dramej’ai saisi les skis d’une main ferme et lui ai donné une grande tape réconfortante sur l’épaule del’autre : « Bravo Momo, ça fait mal mais qu’est ce que c’est bon ».
Puisse le récit d’un voyageextraordinaire dans l’Aston, sanctuaire des Pyrénées Ariégeoise, rendre compte de ton courage et ta détermination.

Écrit par Loïc POUGET GALTIER

FFCAM - Club Alpin Français

Club Alpin Français de Toulouse - Caf Toulouse




Ariège, le Département

Dernier jour. Les corps sont rincés, tendus, égratignés, douloureux, courbaturés mais les esprits sont calmes et apaisés...
11/12/2021

Dernier jour. Les corps sont rincés, tendus, égratignés, douloureux, courbaturés mais les esprits sont calmes et apaisés. Je ne sais pas si tout le monde le vit de la même manière mais pour moi ce stage aura été le plus enrichissant non seulement au niveau de la pratique mais aussi d’un point de vue relationnel.
Aujourd’hui la journée ne sera pas violente, au programme : passer en r***e le reste des manip de cordes qu’il nous reste à voir. Les nuages ne veulent pas se lever et on va rester dans la purée toute la journée, on le sent. Il fait froid. À peine arrivé, Simon nous demande de sortir tous nos jeux de câblés et d’en farcir le bas de la falaise. Tout le monde s’exécute et se creuse la tête pour en mettre le plus possible. Il fait froid. Père blaireau patrouille d’Est en Ouest, tel un caporal du septième régiment d’infanterie, faisant sauter tous les Câblés mal tankés : « Ça, ça tient pas, t’es mort ! » L’exercice est prolifique pour tout le monde. Il fait froid. Place maintenant aux manips et secours sur corde, le vent souffle et le soleil ne veut pas percer cette épaisse couche de nuages. Il fait froid. Les manips s’enchaînent et nos membres commencent à se raidir. Le moral chute et notre plan initial de finir cette journée par quelques longueurs s’éloigne petit à petit comme Thomas Pesquet dans l’espace. Il fait vraiment froid. Les conseils de Romain ont de plus en plus de mal à rentrer dans nos têtes. Ça caille. La bonne humeur laisse place aux raleries. Ça meule. L’onglet pointe le bout de son nez. Il fait fr.. « Allez ! On a tout vu ! On plie le matos et on va débriefer au café ! » la voix de Simon résonne comme l’armistice en 1918.
En 15 minutes nous avons tous rejoint les sièges confortables de nos voitures respectives. Le retour en Ariège se fait dans le calme, chacun ayant les yeux rivés sur le paysage qui défile, sur les forêts alentours aux couleurs automnales sur fond de monts enneigés.

Nous tenons à remercier et saluer Lore qui a partagé tous ces moments avec nous, ça n’a sûrement pas dû être facile de trouver sa place dans un groupe déjà existant. Merci à toi (et désolé de t’avoir collé avec Loïc et Simon pendant sept heures le samedi)

Cinglera de los espolivins : ceux qui ont un jour pris la route pour Oliana n’ont pas pu échapper à l’extase que procure...
09/12/2021

Cinglera de los espolivins : ceux qui ont un jour pris la route pour Oliana n’ont pas pu échapper à l’extase que procure la vue de ses 600 mètres de parois verticales. En voiture, entre deux tunnels, la fenêtre est courte pour s’émerveiller devant ce tsunami de roche, un Nazaré de calcaire. C’est aux premières lueurs du jour que nous entamons la courte mais raide approche jusqu’au pied de la paroi. Il est difficile pour moi de mettre des mots sur la beauté qui s’offre à nous, sur la puissance de ce paysage matinal et ce qu’il me procure, sur le caractère surnaturel de cette lumière orange qui se fret un chemin à travers la brume éclairant à la fois le sommet que nous apprêtons à gravir et « el segre » et son barrage en contrebas.
L’heure n’est plus à la contemplation à notre arrivée aux pieds respectifs de nos voies. C’est rythmé par cette mélodie de mousquetons qui claquent, qui fait danser d’excitation tout grimpeur qui se respecte, que chacun se prépare pour la journée. Cricri et moi partirons dans « Alfa Centauro » suivi de près par Lolo, Lore et Simon. Quant à Luigi et Agnès à quelques mètres de nous, s’élanceront dans « Eder » talonné par Romain et Morgane. Il est huit heures et je décolle les pieds du pays catalan pour plusieurs heures. Le caillou est bon et ça déroule bien sur les premières longueurs. Nos trois acolytes nous collent au train. En l’espace de quelques heures, comme un coq au village, Lolo va réveiller toute la vallée par la puissance et la portée de son champ basque «Hegoak». Je me rends compte d’un oubli fatale si l’on veut grimper sur la même face que lui : les boules Quies. Avec Cricri on est à bout, les oreilles qui saignent, bref, échanges de regards, on s’est compris, on va mettre de la distance et accélérer… quatre heures plus t**d et trois cents mètres plus haut c’est la terrasse médiane après une longueur des plus chaotique sur le rocher le plus aléatoire qu’il m’ai été donné de voir. Je devine la voix du titan : « relais vaché » et moi de répondre « Cuerda liiiiiibre !! liiiiiibre como la cataluña ». Notre repos ne fut que de courte durée lorsque Père blaireau décida de prendre le lead laissant Lore (rebaptisé Loures) seule au relais avec un Loïc remonté à bloc et bien décidé à perfectionner son timbre de voix pour une future reconversion dans le chant lyrique. Pendant ce temps-là, 100 m plus à gauche, loin de la cohue sonore, Luigi ayant insisté pour prendre un gros et un petit sac se balade tranquillement au fil des longueurs laissant porter à Agnès le gros sac qu’il a allègrement rempli de son habituel casse-croûte au chorizo. Comme on dit, ce n’est pas au vieil ours qu’on va apprendre à hiberner. En dessous, ayant opté pour la distanciation sociale, Romain préférera tout au long de la journée faire des « relais béton » sur des buis plutôt que de se serrer au relais officiel.
Cette balade verticale se finit pour cricri et moi 600 m plus haut vers 15h30 alors que Lolo et Lore sont piégé au dernier relais par Simon, sadique, qui leur donne un petit cours de pose de coinceurs en plein vent, affamé et fatigué. Kétébécé.
Arrivée au sommet, surplombant la mère de nuages, nous décidons de ne pas attendre les deux cordées dans Eder et de trouver la descente tant qu’il fait jour, qui s’annoncent Rock N Roll. C’est, deux heures et une via ferrata plus t**d que nous arrivons au parking à la nuit soulagé de pouvoir envoyer aux autres qui sortent tout juste de leur voie la trace GPS de l’itinéraire à suivre.
Sortis de leur voix au crépuscule, nos quatre blaireaux se hâtent, allument leur frontal (Luigi pour se faire pardonner du sac qu’il a fait porter Agnès prendra la frontale sans batterie) et donc au pas de guerre se dirige vers l’ouest comme prévu. Lorsque l’obscurité est la plus totale, Romain tire de son jeu l’option « traces GPS » envoyé par Lore, mais c’était sans compter sur leurs lacunes en langues étrangères : « ah les salauds ! On comprend rien ! C’est tout en basque ! » Se résignant, ils continuent fièrement ce qu’ils pensent être l’itinéraire logique et entament une descente sur barreaux de via ferrata en plein dévers seulement éclairés par le faible halo de lumière sur leur tête. Le téléphone de Romain sonne. Fermeture de bras sur un barreaux, téléphone de l’autre. Simon met sur haut-parleur et lui lance « qu’est-ce que vous foutez bo**el ?» « On est au niveau de la via ! Dans le dévers » « quoi ? Mais quel dévers ? Vous êtes pas au bon endroit ! Faites demi-tour » puis Romain, faisant cracher les décibels de son téléphone : « VACHEZ VOUS ! VACHEZ VOUS ! » Ça a coupé ! 30 minutes plus t**d, ayant trouvé le bon itinéraire nous décidons de prendre la route pour le bar le plus proche pour les attendre.
Ils arriveront 1h30 plus t**d, exténués, affamés, mais heureux. Les estomacs rassasiés, les sourires reviennent et la soirée conclut une journée comme elle avait commencé, dans la beauté et la pureté des relations qui se créent et se consolident, dans la jouissance du moment présent et dans la bienveillance que subliment ces journées encordées les uns aux autres.

Écrit par Louis

Le réveil sonne, comme d’habitude, j’ai à peine le temps d’ouvrir les yeux que Lolo est déjà debout, au pied de guerre, ...
08/12/2021

Le réveil sonne, comme d’habitude, j’ai à peine le temps d’ouvrir les yeux que Lolo est déjà debout, au pied de guerre, sifflotant un air de Rosalía : « j’ai dormi 12 heures, je n’ai jamais été aussi en forme ! » le ton est donné et c’est une bonne nouvelle pour moi qui sera son compagnon de cordée pour la journée. On déjeune en silence et on jette un dernier coup d’œil au topo. Aujourd’hui, on jette notre dévolu sur la Serrât St Joan et l’objectif est simple : des voies courtes pour poser un maximum de protection et s’économiser pour le samedi. Une heure de route plus t**d les sacs sont sur le dos et c’est rapidement que nous laissons le reste du groupe pour entamer notre voix « Con 8 basta ». Dieu que c’est beau ! Le caillou est bon, la voie est un peu équipée mais on s’emploie au maximum à ne pas les utiliser. C’est un duo qui fonctionne et ça déroule un peu plus d’une heure plus t**d on est au sommet. La décision se fait sans même se parler on descend et on en fait une autre.
Cricri et Agnès se sont lancés dans « Shakira », et dès la première longueur nos deux blaireaux se font secouer comme le corps de la chanteuse colombienne lors d’un cours de Twerk. Un départ expo et morpho pour la blairette qui a nécessité l’immense taille du père blaireau à la parade. Ils sont suivis de près par Simon, Morgane et Luigi qui finalement choisissent la voie d’à côté après les avoir envoyé au casse pipe inspecter le terrain. Le caillou est mauvais et la grimpe n’a rien de transcendant, le doute intervient : est-ce un stage TA ou un accro branche tant la végétation y est abondante ! Agnès demande à El Titan: « cricri ! T’es passé à droite ou à gauche de l’arbre ? » « Tout droit dans le buisson ». Avec Lolo, on hésite à les suivre, il pleut autant de pierres que de neige sur les sommets ariégeois. On attend un peu puis on y va ! Tel un plasticien du rocher, un artiste du calcaire, Lolo décide de purger la face, de réinventer les formes et repères de la voix. Cailloux, arbres morts, rocher de la taille d’un four… tout y passe ! Pas de distinction pour un blaireau qui a trop dormi, il envoie tout valser 150 m plus bas manquant de tuer à plusieurs reprises Kiki, le chien du village n’ayant depuis des années pour seul but que de ramener les pierres tombées par les grimpeurs au pied de la face.
Cricri et Agnès enfin en haut et ayant eu écho de la beauté de « Con 8 basta » décide avec Romain et Lore, ayant fini aussi leur voix, de vite redescendre pour pouvoir se l’offrir. Seul Luigi et Morgane peine à atteindre le sommet envoyé au mauvais endroit par Simon dans une longueur péteuse est difficilement protégeable.
Dernière longueur pour Lolo et moi, 15 heures, on envisage déjà une troisième voie. J’arrive au sommet après 45 m de Bartasse digne d’une marche d’approche ariégeoise et un tirage de cochon. Je peine à ravaler la corde, Loïc pars de la vire, casse une prise ai fait une chute de 5 m dû au mou que je n’avais pas ravalé. Il est vient s’écraser de plein fer sur la vire en dessous, à peine amortit par un arbre. Le coude a tout pris, ça fait mal, on décide sagement de s’arrêter là pour aujourd’hui. Kétébécé. Cricri, Agnès, Simon, Romain et Lore sortent ravi de leur voie, heureux d’avoir pu toucher du bon caillou.
On est de retour à Oliana, les anecdotes sur la journée fusent de part en part, on raconte, on charrie, on félicite, on profite…
Demain sera la journée que tout le monde attend, la vraie course : deux cordées dans Eder (TD ; 600m) et deux dans Alfa centauro (TD ; 600m).

Écrit par Louis

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