02/09/2026
Vers 9 heures, le 25 août 1944, une cinquantaine de soldats allemands bouclent les issues de Maillé, un village de 500 âmes en Indre-et-Loire. Ce qui suit dure toute la matinée. Ils vont de ferme en ferme. Selon les témoignages, « tout ce qui se présentait devant eux, hommes, femmes, enfants et animaux, était abattu ». Les balles ne suffisent pas : certaines victimes sont achevées à la baïonnette. On tire sur des familles entières réfugiées dans les caves.
Le bilan glace. 124 morts sur 500 habitants. 35 hommes, 41 femmes, 48 enfants de moins de 14 ans. La plus jeune victime a 3 mois. La plus âgée, 89 ans. Des fratries disparaissent en quelques minutes.
À midi, les tueurs quittent le village. Mais des sentinelles restent en place et empêchent quiconque de fuir ou de porter secours aux blessés. L'après-midi, un canon antiaérien de 88 mm est mis en batterie. Il crache environ 80 obus sur les maisons. 52 des 60 habitations sont rasées. Maillé brûle jusqu'au soir.
Les tueurs appartenaient, selon les historiens, à la 17e division SS Götz von Berlichingen, stationnée dans la région. L'enquête désigne un responsable présumé : le lieutenant Gustav Schlüter, qui commandait le détachement SS de Sainte-Maure. Interrogé à Hanovre en 1950, il nie tout et disparaît le lendemain vers la zone d'occupation soviétique. Le tribunal militaire de Bordeaux le condamne à mort par contumace en 1952. L'Allemagne refuse d'extrader ses ressortissants. Schlüter rentre chez lui et meurt dans son lit en 1965. Sa condamnation est prescrite en 1972.
En 2008, un procureur allemand rouvre le dossier. Faute de preuves suffisantes, l'enquête est classée sans suite en 2017. Aucun exécuteur du massacre de Maillé n'a jamais passé un seul jour en prison.
On l'a surnommé « l'autre Oradour ». Mais Maillé a été reconstruit, vite, et le monde a oublié. 124 noms, dont 48 enfants, pour un crime resté sans assassins.