19/09/2024
C'est "amusant" (ou triste). On parle de la situation dramatique sur l'Everest depuis pas loin de 15 ans chez Mr Mondialisation. 15 ans. Personne n'écoute. Les cadavres comme les déchets qui s'y accumulent toujours. Les sources des villages en de-dessous sont polluées par des tonnes de merdes et de pisse abandonnées sur place. Les hélicoptères vont et viennent sans fin pour livrer de l'oxygène aux riches touristes qui veulent prendre des risques mais pas trop. Le sur-tourisme bourgeois ne date pas d'hier et promet de nouveaux records de profits pour les années à venir. Il se nourrit de lui-même à travers une médiatisation édulcorée et le culte du dépassement de soi si cher au monde marchand où l'Ego éternellement insatisfait est le cœur de la consommation. Dans ce modèle, pour se dépasser, il faut surtout dépenser. 50 briques. Un peu plus avec l'option sauna.
10 ans qu'on en parle, mais voilà, aujourd'hui, on ne serait plus autorisé à le faire sans récolter un tombereau de réactions négatives car un individu a médiatisé sa montée pour un budget de 2,2 millions de dollars. Un film, osons le dire, brillamment mis en scène et visuellement beau (qui dirait le contraire?), assez puissant pour désactiver l'esprit critique des gens. Peut-on s'autoriser à réfléchir où c'est également abandonné en flanc de montagne ? Peut-on exposer de simples faits sans se faire traiter de jaloux ou de pisse-froid pour reprendre les termes des autorités envers tous les critiques de leur système malade ? Peut-on tout simplement dire la vérité ?
Il n'y a pas si longtemps, un dicton était de bon ton : le courage, c'est de regarder la vérité en face et de la dire. Qu'en reste-t-il quand l'affect, l'image et le culte de l'égo ont pris le dessus sur la raison ? Soyons fous. Rêvons du jour où le dépassement de soi ne consistera plus à se regarder le nombril sur les réseaux sociaux, mais à incarner le changement sans vanité, sans l'exposer, sans chercher à le capitaliser car "hey, business is business". Rêvons du jour où le dépassement sera collectif avec un objet commun qui profite à toute l'humanité, pas à une extrême minorité née au bon endroit, au bon moment et qui a en plus le plus le culot d'expliquer aux pauvres qu'ils devraient faire des efforts pour, à leur tour, se dépasser. Où comment convaincre les masses qu'ils sont malheureux sans Faire, tout comme nous les avons convaincus hier qu'ils étaient malheureux sans Avoir.
Se dépasser pour devenir meilleur, c'est peut-être commencer par se dire, parfois, quand la situation l'exige : NON, ça, je ne le ferai pas, car les externalités négatives sont trop importantes pour les autres. Surtout quand on connaît la situation de l’Everest depuis 15 ans. Voilà du dépassement de soi qui aurait été courageux. Et vous ne le verrez jamais médiatisé sur toutes les chaînes de télé.