13/07/2026
Décap
En arpitan, le patois savoyard, un "décap' à diots" est une grande perche décroche-saucisses, qu’on utilisait traditionnellement pour attraper en haut de la cheminée les salaisons mises à sécher. C’est aussi, par analogie, le surnom des gars de grande taille. Il y a un peu l’équivalent en français quand on parle d’un grand dépendeur d’andouilles.
Aussi, quand le tout jeune Daniel Vincent-Genod débarque à Challes, au Centre savoyard de vol à voile alpin, au tout début des années 70, pour y apprendre à voler en planeur, ce surnom lui est vite attribué, et il devient pour tous « Décap ». Il faut dire qu’il mesure 1,93 m et qu’il est très mince.
Très vite attiré par le vol à voile de distance puis la compétition, il se fait surtout remarquer le 27 juillet 1979 quand, avec un LS1F du club challésien, il atteint Innsbruck, où il se pose… alors qu’on l’attend, trois jours plus t**d, pour commencer son service militaire ! Le dépannage par la route, sera difficile à organiser pour essayer de rentrer avec pas trop de ret**d.
En club, cette même année, grâce aux conseils du spécialiste Christian Brondel, il apprend à réparer les planeurs en fibre de verre cassés. Cela lui permettra d’acquérir l’épave d’un Rolladen Schneider LS-3 et de le reconstruire (ici en photo, document Jean Travers-Mizan). Par la suite, ce sera un LS-4 qu’il se reconstruira.
A Challes, il effectue chaque année de très beaux vols. En 1981, il réalise le premier triangle de 720 km, le plus grand vol alors. Le 25 mai 1985, le premier triangle Challes-Pont d'Aiguines-Col de la Furka-Challes (763 km) en planeur est réalisé conjointement par Daniel Vincent-Genod sur son LS4 et par Alain Courtial sur le Nimbus II du CSVVA.
A côté du vol à voile, Décap est aussi pilote d’avion. Il passe son pilote professionnel et part ainsi travailler quelques années dans l’aviation d’affaire. Il va alors s’établir en région parisienne, et migrer vers le club vélivole de Beynes. Il est ensuite recruté comme copilote par la compagnie Air Inter. Devenu commandant de bord, il rejoint Air France lorsque la compagnie intérieure est arrêtée. Il évolue ainsi au fil des qualifications machines, jusqu’au Boeing 777, le « Triple 7 ».
Ses planeurs personnels évoluent également au fil des années. C’est avec un Schleicher AS 33, le bien nommé F-CVGD (immatriculation pour Vincent-GenoD), qu’il s’inscrit en cet été 2026 pour participer aux championnats de France qui se tiennent à Vinon-sur-Verdon.
Le 9 juillet 2026, vers 19h, au retour de l’épreuve du jour, son planeur percute la Tête de Siguret, une montagne située près de Barcelonnette. Décap est tué sur le coup.
Il laisse à ses amis savoyards le souvenir du joyeux drille de ses jeunes années, puis celui d’un animateur hors-pair.
Nous adressons nos condoléances attristées à Maryvonne et à leurs enfants.
Bon vol, Décap !
JNV