21/06/2025
— ET SI LAISSER PLUS DE LIBERTE AU CHEVAL PERMETTAIT D'AVOIR UN MEILLEUR CADRE AVEC CELUI-CI ? —
S'il y a bien un concept qui revient très régulièrement quand on travaille avec les chevaux, c'est le concept du respect, et ce respect il vient souvent avec plein de petites règles que le cheval doit respecter. Pour certaines d'entre elles on est plutôt sur un besoin de sécurité (le cheval ne doit pas me pousser, le cheval ne doit pas me mordre, etc.), mais d'autres règles sont davantage pour notre confort (le cheval ne doit pas manger de l'herbe tant que je ne lui dis pas qu'il le peut, parfois on entend que le cheval ne doit pas s'approcher de l'humain sans autorisation etc.).
Ces règles de confort elles sont là pour nous, pas vraiment pour le cheval. La règle de ne pas brouter c'est pour qu'il y ai un code qui permette au cheval de comprendre qu'à ce moment-là il a le droit de manger l'herbe, mais si je ne lui dis pas, alors il ne doit pas tirer pour l'herbe. S'il tire, on le reprend directement. Ca peut être fait autant gentiment que violemment, là n'est même pas la question : la question c'est celle du fait qu'on interdit le cheval de respecter un de ses besoins primaires (manger de l'herbe) et que c'est toujours très dur pour lui. Et si on parle du fait que le cheval doit garder une certaine distance avec l'humain, on traduit cette idée par celle de la "bulle humaine", ce qu'on nommerait en réalité proxémie : interdiction de rentrer dans mon espace intime sans autorisation. Concrètement ça mène à beaucoup de dérives, mais qui ne sont pas le sujet dans ce post.
Avec mon cheval Sigursteinn j'ai cependant dû réfléchir autrement. Nous avons une forte proximité physique, et comme il est dermiteux il est souvent dans la demande de recevoir des gratouilles car ça lui fait du bien. Ensuite j'ai réfléchi au problème de l'herbe dans l'autre sens : pourquoi donc, à part pour mon propre confort, il devrait attendre mon signal pour manger de l'herbe ? Et ma seule réponse c'était "pour moi, pour qu'il évite de tirer". Du coup j'avais toujours la longe assez courte, ou prête à être ramenée vers moi s'il se jetait sur l'herbe. Or, je ne voulais pas réfléchir pour mon confort mais le sien. Depuis je lui ai appris qu'il pouvait brouter quand il voulait, mais qu'il devait écouter ma demande orale de revenir ou d'avancer en broutant au minimum : du coup on s'amuse beaucoup plus ! Il broute, il revient au trot ou au tölt, il broute, il marche en broutant... On travaille les transitions l'air de rien. 😆 Mais il n'est plus frustré, et a même désormais fortement tendance à m'écouter de plus en plus loin, même à plusieurs mètres devant moi, ce que je n'arrivais pas à faire avant.
Ca ne conviendra pas à tous les chevaux, mais cette explication va me permettre de vous dire ma façon de penser sur ce sujet de mettre plein de règles.
Je pense qu'on essaie désespérément d'avoir le respect du cheval au travers de toute cette liste de règles, incompréhensibles pour le cheval (il ne peut pas comprendre pourquoi elles sont en place). On pense que le respect part de là, et que si on ne les met pas, on est forcément un cavalier ou une cavalière laxiste envers son cheval.
Et toutes ces règles font qu'on se tend nous-même. Je ne veux pas qu'il aille brouter sans que je lui dise, donc je reste avec la longe courte ou prête à être tirée. Je ne veux pas qu'il entre dans ma zone intime et "me manque de respect" donc je dois m'apprêter à le pousser à tout moment. Je ne veux pas ceci, je ne veux pas cela. On sait ce qu'on veut (le respect, concept purement humain), mais est-ce qu'il vient vraiment de tout ce qu'on ne veut pas ?
Tout ça, ça vient avec son lot de tension. On nous dit de tenir la longe courte pour se préparer au pire, mais après on nous reproche de stresser le cheval en faisant ainsi. On nous demande de garder le contrôle du cheval au travers des rênes, puis qu'on se tend trop dessus, etc. On instaure des règles, des attentes, qui ne peuvent pas détendre qui que ce soit, qui ne peuvent pas permettre ni au cheval ni au cavalier de s'exprimer et de vraiment travailler sur lui-même. Et pire, on dit que des comportements sont super graves quand en réalité ils ne sont rien. On nous a appris à penser négatif, on nous appris à restreindre un individu, et c'est tout.
L'éducation (pour garder ce terme, il est faux en interespèce mais pas le choix) ne vient pas de règles très strictes, uniquement de règles claires et justes pour l'individu. Quand on monte, on devrait pouvoir lâcher les rênes sans se mettre la pression. Quand on marche à pied, on devrait pouvoir avoir une longe lâche, autant que faire se peut. Et ça, on peut y arriver avec beaucoup de règles strictes si on veut continuer ainsi, mais on peut aussi y arriver en donnant plus de liberté dans le comportement naturel du cheval et créer un compromis.
Cependant tout est à adapter. Si je m'adapte à Sigursteinn : je le laisse brouter et il revient quand je lui demande; je ne tire jamais sur les rênes car c'est le tendre plus qu'autre chose, donc j'utilise mon corps et encore plus ma voix pour le guider. Il a le droit de venir me demander des gratouilles, il a le droit de choisir d'être monté ou non, etc.
Et je pense que pour plein d'autres individus on peut adapter énormément de choses avec différentes manières de penser, qui rendraient la communication plus fluide et largement moins étouffante pour le couple cavalier-cheval !
En finalité, le cadre qu'on pose ce n'est pas un ensemble de règles contraignantes, c'est un ensemble de comportements qu'on laisse le cheval adopter ou non, et trouver un moyen pour qu'il soit le plus juste et compréhensible possible. Mon cadre envers Sigursteinn n'est pas plus mauvais qu'un autre seulement car il a plus de liberté, puisque au contraire, on s'écoute davantage mutuellement et ça fonctionne pour nous. Le cadre est simplement ouvert pour qu'il puisse se comporter comme un cheval.