10/02/2025
Le Kobudō d’Okinawa est né dans un contexte historique marqué par des restrictions sur les armes, l’influence des cultures chinoise et japonaise, et la nécessité de développer des techniques de combat efficaces à mains nues et avec des outils agricoles détournés en armes.
Annexion du royaume de Ryūkyū par le Japon (1609)Après l’invasion du royaume de Ryūkyū par le clan Satsuma, les autorités japonaises imposent des restrictions sur le port et la possession d’armes pour éviter toute révolte.
Privés d’armes conventionnelles, les Okinawaiens ont développé des techniques martiales basées sur des outils agricoles et des objets du quotidien (bō, sai, tonfa, k**a, nunchaku…).
Le Kobudō s’est enrichi d’apports du Kung-fu chinois, grâce aux échanges commerciaux et culturels avec la Chine.
À Okinawa, le Kobudō était souvent pratiqué en parallèle du Tōde (ancien nom du Karaté)
Les maîtres de Karaté comme Matsumura Sōkon, Chōtoku Kyan et Chōshin Chibana maîtrisaient aussi le maniement des armes.
Shinpo Matayoshi et Shinken Taira ont joué un rôle clé dans la préservation et la structuration du Kobudō au XXe siècle.
Le Kobudō n’était pas destiné aux grandes batailles, mais à la protection individuelle et communautaire.
Comme le Karaté, le Kobudō était souvent enseigné de manière clandestine ou au sein de clans familiaux.
Le Ryūkyū Kobudō continue d’être enseigné, souvent en complément du Karaté traditionnel.
Des écoles comme le Matayoshi Kobudō et le Ryūkyū Kobudō Hozon Shinkō Kai préservent cet art martial unique.
Le Kobudō d’Okinawa incarne donc l’adaptabilité, la résilience et l’ingéniosité d’un peuple face aux contraintes imposées par l’histoire.
On peut considérer que le katana et le kobudō reflètent deux contextes et finalités différents :
Le katana: Utilisé par les samouraïs, le katana est devenu le symbole de l’art de la guerre et de la conquête. Conçu pour le combat sur le champ de bataille, il était aussi l’emblème du pouvoir et de l’honneur, notamment dans le cadre des duels et des batailles rangées.
Le kobudō d’Okinawa: En revanche, le kobudō est né dans un contexte où les habitants d’Okinawa, soumis à des interdictions strictes de port d’armes (imposées notamment après l’annexion par le Japon en 1609), ont dû faire preuve d’ingéniosité pour se défendre. Transformant des outils agricoles et des objets du quotidien en armes, le kobudō s’est essentiellement développé comme un art de défense, permettant aux civils de protéger leur intégrité individuelle et collective.
En résumant, le katana est historiquement associé à la guerre et à la conquête, le kobudō est avant tout un système de défense adapté à un contexte de restrictions et de protection. Toutefois, il est important de noter que, comme dans tout art martial, même le kobudō comporte des techniques pouvant être utilisées de manière offensive lorsqu’il s’agit de neutraliser une menace.
En ce qui me concerne, en 1985, je suis allé vivre à Okinawa pour Le Karate do et Kobudo et j’ai eu la chance de résider dans le dojo de Maître Matayoshi. Cette immersion m’a permis de m’entraîner très régulièrement, que ce soit lors des cours en groupe ou en pratiquant seul, profitant de la panoplie complète d’armes et d’outils traditionnels mis à disposition.
Avant cette expérience, je pratiquais le Kobudō à Paris, suivant les cours et stages animés par Maître Kenyu Chinen.
J’ai ensuite enseigné le Kobudo avec l’autorisation de maître Matayoshi , le Kobudo et ceci pendant plus de 10 ans au nord de Tokyo . Ce fut une véritable révélation pour moi : j’ai découvert que, grâce aux différents outils du Kobudō, il était possible de transformer presque n’importe quel objet en une arme redoutable mais que cela restait des outils/armes de défense et non d’agression pour la guerre .
Patrick Rault