12/06/2026
▪️Hommage sportif
▪️Le dernier chrono de José Micheli.
Le silence de la WRC blanche. Les fantômes passant d’une voiture à l’autre, sans qu’aucune vibration, n’ébroue le moteur dans le garage d’Ersa, à la pointe du Cap Corse. Ces derniers mois, la maladie l’avait déjà rapproché de Dieu.
À 79 ans, José ne verra plus la perspective de l’ile de la Giraglia, en face de sa maison, qu’il saluait tous les matins, véritable mausolée de sa jeunesse. La réunion en 1970 de quelques copains bastiais, qui ont créé la ‘’Ronde’’ du même nom, un rallye automobile et qui décrétaient, que l’arrivée de la première spéciale Macinaggio-Ersa au bout des 11 km, se ferait à la porte de son garage.
José juste 30 ans à l’époque, n’avait plus qu’a l’ouvrir, embarquer son frère Thomas à ses côtés et prendre le départ de la première édition, avec la Renault 8 ‘’Gordini’’. « C’était une auto d’à peine 80 cv avec des pneus du commerce Michelin XAS. Nous avions un système d’entonnoir et de tube relié au casque pour lire les notes. Mais je connaissais la route par cœur », nous avait-t-il alors confié lors d’une visite. « Lorsque je le raconte aux jeunes aujourd’hui, ils croient que je plaisante », rigolait l’homme du Cap, toujours ‘’magagneur’’.
Devenu ensuite assidu à la compétition automobile, il écumait tous les rallyes de l’ile, de nombreux Tour de Corse et les courses de côte avec succès, au volant des plus belles autos et des plus charmantes coéquipières. Il avait même gagné le ‘’National’’ à la Giraglia, avec la Berlinette Alpine Jaune, lorsque l’épreuve comptait pour le Championnat d’Europe.
José était de la même génération que Jean-Pierre Manzagol, le ‘’Roi du Cap’’. Au cours des 50 ans de la Ronde de la Giraglia en 2020, rallye le plus ancien de Corse après ‘’le Tour’’, José n’avait loupé qu’une seule édition. Pour cet anniversaire du demi-siècle, Il prenait le départ au volant d’une Citroën C4 WRC, ex Sébatien Loeb. Une satisfaction et une fierté de partager l’habitacle avec sa petite fille Luna Stella, baignée par la passion. « A mon âge on n’est plus dans la course, mais l’objectif est de rentrer en se faisant plaisir », confiait le pilote, devenu ‘’Gentleman Driver’’.
Une dynastie mécanique chez les Micheli, avec Hugo, déjà double vainqueur de l’épreuve. Un mélange des genres, de styles et d’époques. José aura connu l’évolution stratosphérique du sport auto, depuis la clef à pipe pour le réglage carbu, les mains dans le camboui, jusqu’a la souris de l’ingénieur sur l’ordinateur.
Un monde, une éternité, un temple de symboles qui hier, s’est définitivement refermée sur l’une des figures du sport-auto insulaire. Désormais, le silence du marbre blanc… Tchao Jo !
Alain CAMOIN.