10/06/2026
Hier, devant le contre-la-montre du Dauphiné, j'ai ressenti quelque chose. Ou plutôt, j'ai confirmé une certitude qui grandit en moi depuis plusieurs années.
Le vélo de très haut niveau est en train de devenir inaccessible.
J'ai vu des machines extraordinaires. Des vélos incroyables. Des coureurs rouler à près de 75 à 80 km/h sur certaines portions. C'était magnifique. J'ai adoré regarder ça. Voir ces coureurs... que dis-je, ces pilotes.
Et qu'on ne me dise pas que les générations précédentes étaient moins fortes. C'est faux. Le niveau technologique a gagné une vitesse f***e. Aujourd'hui, on va plus vite sans avoir nécessairement progressé autant physiquement.
Le problème, c'est que cette course technologique a un prix.
Que dira-t-on demain à un jeune U15 ou U17 issu d'une famille modeste ?
« Papa, il me faut le dernier Colnago Y1Rs, les roues Princeton et le groupe Dura-Ace... sinon je ne suivrai pas le peloton. » Et le pire, c'est qu'il n'aura peut-être pas complètement tort.
Que répondre à son fils ou à sa fille ? Faire un crédit à la consommation pour un vélo ? Lui expliquer que le talent ne suffit plus toujours ? Ou simplement lui dire : « Fais du foot. » ou trouver la réserve, cette réserve qui protège la jeunesse et développe progressivement le capital physique. Non, non je vais peut-être trop loin là...
C'est cela qui me dérange. Cette discrimination sociale silencieuse qui s'installe peu à peu dans notre sport.
Le vélo restera toujours populaire. Il restera toujours ce formidable outil de liberté que l'on pratique gratuitement sur les routes. Mais le vélo de haut niveau, lui, coûte désormais une fortune.
Et c'est peut-être là le plus grand danger : voir un sport historiquement populaire devenir progressivement réservé à ceux qui ont les moyens de suivre la course à l'innovation.
Le golf, le tennis... vous êtes presque devenus des sports de pauvres. Attention !
📸Photo PQR/Richard Bunel