08/06/2026
Le goût du sourire…
Pierre Navarron
Voilà c’est fini, sans être amer et en restant sincère vaut mieux en terminer plutôt que de se déchirer, le rugby est une chose bien trop sérieuse pour la laisser aux statisticiens ou aux grincheux, tous adeptes du découpage en règle.
La bûchonnerie ne passera pas par la Nive ou l’Adour, la sciure se ramassera ailleurs, à Bordeaux ou à Clermont sûrement, chacun ses problèmes, ce ne sont plus les nôtres.
Ce soir, c’est kermesse au village, bandas dans les coins et empanadas à foison, les bénévoles de l’asso défilent dans un joyeux bo**el, chacun cherche son chat et retrouve le sien.
C’est comme une fête de l’école, il y a même des ados qui viennent faire un mini-spectacle de danse, chorégraphie groupée où à peu près tout le monde est raccord, ce qui n’a pas souvent été le cas de notre équipe ou de notre club au cours de cette saison.
C’est un match pour rien, juste l’énième rencontre administrative d’une saison qui s’étire en longueur depuis trop longtemps pour nos couleurs et que la comptabilité veut solder pour que la balance des 26 journées jouées soit à l’équilibre et que son objectif de départ soit tenu.
Bayonne termine son année ce soir, 12ème c’est son classement depuis quelques semaines, celui qui correspond à cette deuxième partie de saison qu’on dira pudiquement ratée.
L’antépénultième place pour une équipe qui a bafouillé son rugby à la maison depuis presque 6 mois, ne gagnant à domicile que lorsqu’elle joue à Anoeta, peut-être une idée à creuser lors du prochain gros trou d’air qui ne manquera pas d’arriver quand on connaît l’histoire paisible de notre club depuis des décennies.
Perpignan, lui, avait emmené à Bayonne une bande de gamins aux vraies têtes d'espoirs encadrée par quelques vieux briscards et des joueurs en recherche de temps de jeu.
Ça nous a permis de revoir Jean-Pierre Perez sur le banc de touche, coiffé de son éternel catogan, portant toujours fièrement sa barbe de baroudeur des rucks en tout genre.
Mais la différence de niveau avec une équipe Bayonnaise qui avait alignée pour l’occasion la meilleure équipe qu’elle pouvait présenter était trop évidente pour lui permettre d’éviter une déroute.
Alors les joueurs Bayonnais se sont régalés comme il y a longtemps qu’ils ne l’avaient pas fait, huit essais, des actions qui traversent le terrain et qui ravissent les gradins.
Spring pour commencer sur une offrande de Segonds, Machenaud pour sa dernière à Dauger après un cadeau de Tiberghien, Martin qui double, un en force avec son pack et le deuxième suite à une course rageuse, Orabe sûrement pour le plus bel essai de la soirée, Spring encore, puis Mori et Giudicelli pour conclure.
Sans oublier Erbi dans tous les bons coups, créateur de gestes de dentelles ou Cheikh, irrésistible en ce soir de clôture.
Le public, trop souvent déçu ces derniers temps, s’est réconcilié, le temps de ce match, avec son équipe sans la porter forcément aux nues.
Quelques chansons de Mauléon ou d’ailleurs reprisent en cœur par le public mais sans qu’une réelle homogénéité ne se dégage de l’ensemble choral.
C’était trop tôt ou trop t**d, la rivière de la saison avait emportée dans ses flots la f***e énergie d’un printemps 2025, disparue corps et bien avec les remous d’une année noyée sous une pluie de contre performances.
L’alerte submersion n’a jamais été vraiment entendue et tous les MNS bleus et blancs ont bu le bouillon de la déconvenue, sans parvenir à sauver le frêle esquif de nos espérances, Titanic de l’ovale, millésime 2026.
Ce soir tout a marché, les touches au 100 % naturel, la mêlée retrouvant une tête d’assise aux mollets saillants, la discipline au niveau des meilleurs et un réalisme qui venait venger toutes ses absences de la saison.
On a gagné tous les impacts, on n’a jamais reculé quand les Catalans sont venus nous attaquer frontalement, à part une fois ou deux quand Posolo Tuilagi est venu montrer à tonton que la force des îles existe toujours, il suffira juste de la remettre à la condition physique idéale.
Défensivement, on a tout le temps avancé, gagnant chaque collision et faisant un plaquage offensif tous les 2 plaquages, facilitant ainsi la récupération des ballons et le bon sens des turn-over.
C’était le match parfait pour quitter une saison maussade où le rictus de la déception a pris largement le pas sur le sourire de la victoire.
Ce soir, on a eu plaisir à voir les joueurs en prendre également en multipliant les actions où leur sens du jeu, leurs jambes n’ont rien eu à envier à beaucoup de lignes de trois-quarts de notre Top 14.
On a vu des joueurs heureux, jouant les uns pour les autres comme sur cette action, en toute fin de match, où Erbi fait la passe à Germain pour qu’il aille marquer l’essai de ses adieux, alors qu’il aurait pu l’inscrire en solitaire.
Son altruisme n’aura pas été récompensé, mais le geste rappelle que le rugby est un sport collectif par excellence où l’art de donner est toujours mis en exergue, porté au pinacle par tous les serviteurs de ce jeu.
Faire une passe pour un partenaire mieux placé, être partie prenante de cette courroie de transmission permettant la continuité d’un jeu qu’on veut perpétuel.
C’est le jeu à la Bayonnaise, celui venu d’Owen Roë et de ses contemporains qui, bien avant le désordre établi des Toulousains, était la marque de fabrique des petits bleus de Bayonne.
Ce soir, la victoire est plus sympathique que belle, l’opposition était faible, Perpignan a d’autres pensées en tête que de venir faire un résultat en Euskadi et à laisser la plupart de ses cadres à la maison.
Mais personne n’aura la mémoire courte et aucun reset ne pourra effacer les 6 derniers mois de galère que nous avons connus sur et en dehors du terrain.
Je l’ai déjà dit, il y a quelques semaines on ne peut s’exempter d’un devoir d’inventaire et d’en tirer un constat factuel avant la rentrée prochaine.
Une feuille de route cadrée qui doit nous remettre dans le bon axe, à défaut on risque d’en subir les désagréments et je les annonce peu sympathiques.
On a les hommes, la volonté, un public peu volatile et l’ombre tutélaire de Jean Dauger, il n’y a plus qu’à avancer en ordre, en respectant toutes les étapes nécessaires, inutile d’être pressé, les bases toujours les bases…
Dans les livres d’histoire du Top 14, il restera quand même ce résultat éloquent, une victoire Bayonnaise par 52 à 7 face à Perpignan, je ne pense pas qu’on reverra ça de sitôt mais ce score est acquis pour l’éternité sur les disques durs des statistiques.
Bonnes vacances, à la saison prochaine.