06/09/2026
6 septembre 2026
Pathos, non. Je ne cherche pas l’apitoiement. Je fleurette ailleurs du sentiment mièvre, de l’affect imbécile. Et, si je cause de mon crabe qui rogne mes viscères, c’est pour toiser le diable.
Je lui adresse un message. Malgré sa présence, je ne cesserai jamais de pépier un chant que fée donne. Je n’y tiens pas, moi, à abandonner ma lumineuse liberté.
J’avertis le lecteur du rite. Le fâcheux risque d’être évoqué souvent avant qu’il ne gagne la partie, que la camarde m’évite le grand âge et ses emm***ements.
Je préviens. J’assume. Je dis tout haut, authentique. Je ne cache rien. Je ne suis pas là pour divertir mais nous envoyer, vous et moi, si possible, vers le subtil de l’existence.
Ce petit avertissement, écrit, reprenons notre ballade dominicale.
Un petit gris d’automne couvre le ciel. La cohorte des touristes a disparu. Un silence emplit la rue. Il y a du recueillement dans l’air que cueillent mes neurones, sans effort. Tout-à-coup, il pleut. Je triture mes méninges. Je les taquine. Du nouveau, il faut. Ça y est ?
Peut-être, peut-être pas. C’est tout confus dans ma cafetière. Je dissous ma langueur dans une sorte d’ébahissement. Je plâtre, gamin, ma jambe de bois des sensations que j’avale, idiot halluciné. J’ai troqué le monde d’ici pour le monde là-bas. J’effectue, en toute imputé, mon vol de piaf. Cela m’arrive de plus en plus souvent.
Petit bistrot glauque, ici, ma ville, j’exporte mes délires. Les insoumis emportent dans leur tourbillon, une fille brune, jolie, belle poitrine.
La musique des mots échappe de ma bouche. La nymphe est toute bue par ce flot ininterrompu. Je lui cause de ma marginale vie, de mon refus de suivre le troupeau, de ce que le beau peut offrir à toute vie corsetée. En fait, je lui parle, sans arrières pensées, de ma quête du merveilleux.
C’est elle qui proposa que je l’amène chez moi, pour poursuivre la soirée. Le prétexte fut que je lui montre, au cabanon, mes compagnons livres, barrages contre les vagues de l’ennui.
Au départ, libido ne fut pas de la partie. Mais chemin, faisant, l’obsédante prit part à nos échanges. Pris par l’élan du désir, je voulus les reluquer, ses nichons voluptueux..
La belle mit du temps à accepter mais devant l’insistance du poète, muse ôta, pudique, chemise et soutif. Elle lui dévoila ses nénés. Oh, l’impudente ! La dévergondée faillit faire exploser la tête de l’aède, lorsqu’il les vit, nues, les mamelles saintes.
Je m’en souviens. J’ai utilisé la scène dans une pièce théâtrale. Deux répliques résument le moment : «ce ne sont que seins de femme », « ils écartèlent mon cerveau ! ».
Éros ne fut pas compagnon familier de la route. Dionysos le remplaça souvent.
Je m’en fous. Je peux tout écrire. Je ne suis pas là pour plaire, pas de postérité à choyer. Je n’ai aucune place à défendre ou à conquérir.
C’est ma façon, boulanger de le poésie, d’envoyer la nouvelle fournée dominicale.
Me suis-je mis, à vos yeux, dans le pétrin ?
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VICE-VERSA
En agissant avec les autres, je me fis l’illusion. Je n’étais pas forgé pour l’action. Je le fis par opportunisme, par désir d’être un lierre sur un mur s’effritant. Je me suis trompé. Je n’ai fait que m’éloigner de ma propre vérité. Je me suis égaré sur le versant de la montagne sacrée, sans chercher à rejoindre le sommet.
J’accepte mes errements. Le médiocre nous éloigne du noyau central, indéfinissable.
Tout n’est qu’affaire de senti.
Maintenant, tout dégagé des cordes de l’enfermement, que constitue une société d’avoir, délesté des foutaises hiérarchiques, de l’illusion du mérite, je jouis l’instant comme je ne savais le faire. J’en extirpe plus de transcendances qu’avant.
Je constate. La liberté n’a pas de verbe actif. Je le crée, en solitude, sans vocable qui explique. Le poids de l’affect se délite. J’ai acquis ce quelque chose qui mène d’ici à l’infini et vice-versa.
***
SIGNES ET TROUVAILLES
Quand les signes ne se manifesteront plus, je serai hors du chemin voulu, celui de la poésie.
Hélène Cadou me disait qu’ils servaient de boussole à l’appelé. Elle ajoutait, pareilles, les trouvailles, qui à son insu, jaillissent dans ses textes.
Guillevic et d’autres que j’ai aimés, me disaient la même chose.
***
L’ŒUVRE PARFAITE
La phrase a disparu. Elle ne plaisait pas à l’oreille. Je l’ai biffée. Dans la précipitation, je n’ai pas ôté le point qui l’achevait. Ce n’est plus qu’un signe sur la page. L’œuvre parfaite !
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EMMANUEL BERL
En grimpant les escaliers, le désir atteint son paroxysme. J’ai lu cette vérité chez Emmanuel Berl alors qu’il montait avec une prostituée dans sa chambre.
***
UN SOLEIL
Ronde table marron
Pomme
Chaises en bois
l’encerclent
Au milieu de la salle
un soleil
aux quatre oreilles !
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LE GOÉLAND
Puisque le cri
annonce l’âme
Sur le parapet bleu
cerf-volant
blanc et gris
boutant
nuages
le goéland
raille
L’oiseau explore
son territoire
Serge Mathurin THÉBAULT