16/07/2026
L'année prochaine, en 2027, j'aurai le privilège de célébrer 60 années de pratique sur les tatamis.
Ces six décennies m'ont appris une chose essentielle : le grade n'est pas une finalité. Il est simplement la reconnaissance d'un parcours, d'un engagement et, surtout, d'une réelle valeur technique. J'aspire à présenter un jour mon 6ᵉ dan, mais sans jamais courir après les grades.
Au fil des années, j'ai malheureusement vu des pratiquants accéder à des grades très élevés, parfois 9ᵉ ou 10ᵉ dan après seulement 20 ou 25 ans de pratique. Je respecte le parcours de chacun, mais je pense sincèrement qu'un grade ne vaut que s'il est en adéquation avec les compétences qu'il représente. Dans le cas contraire, il perd sa véritable signification.
Le tatami, lui, ne ment jamais. C'est sur le tapis que l'on découvre la qualité technique, l'expérience, la capacité à transmettre, mais aussi l'humilité. La véritable valeur d'un pratiquant ne se lit pas sur une ceinture, elle se démontre à chaque entraînement.
J'essaie d'appliquer ce principe à moi-même. Lorsque je me déplace avec mes élèves pour participer à un stage, même si je suis invité à y enseigner un cours, dès qu'un autre expert prend la direction du stage, je redeviens simplement un élève. Je monte sur le tatami avec mes élèves, j'écoute, je travaille, je cherche à comprendre et à progresser. Après bientôt 60 ans de pratique, je considère que j'ai encore énormément à apprendre.
Malheureusement, je constate que cette attitude est devenue assez rare. Certains préfèrent rester au bord du tatami plutôt que de revêtir leur rôle d'élève. Chacun est libre de son choix, mais je suis convaincu qu'un véritable maître n'a jamais peur d'apprendre, ni de montrer qu'il continue lui aussi à progresser.
Pour moi, la plus grande richesse des arts martiaux n'est pas d'accumuler des grades, mais de conserver toute sa vie la curiosité, l'humilité et l'envie d'évoluer. C'est cet état d'esprit que j'essaie de transmettre à mes élèves, car un grade s'obtient un jour... mais l'apprentissage, lui, ne s'arrête jamais.