25/04/2026
Ceci est un progrès. On a un peu abîmé l’idée de « progresser ». À force d’injonctions à la performance, de challenges en tout genre, de morning routines millimétrées et de versions optimisées de soi-même à atteindre, devenir meilleur est devenu une source de pression supplémentaire. Comme si on n’était jamais assez. Comme si s’améliorer était une course dont on partirait toujours perdant. Cette perspective me déprime totalement et, pire encore, elle me semble trahir l’enjeu le plus essentiel. Devenir meilleur, vraiment, n’a rien d’héroïque. Ça ne ressemble pas à une discipline de fer, ni a une volonté surhumaine. Il me semble que ça ressemble plutôt à une attention portée à ce qu’on est, à ce qu’on fait, à la façon dont on traite les gens autour de soi. C’est remarquer quand on a réagi trop vite et choisir différemment la prochaine fois. C’est lire quelque chose qui déplace légèrement notre regard. C’est demander pardon quand on a eu tort. C’est écouter mieux qu’hier.
Aristote appelait ça l’éthique des vertus : non pas des règles à suivre, mais des dispositions à cultiver par la répétition des gestes justes. La bonté ne s’acquiert pas en un grand soir de résolution. Elle se construit dans l’ordinaire, dans l’infime, dans ces micro-décisions quotidiennes qu’on prend sans même s’en rendre compte et qui, accumulées, finissent par dessiner qui on est vraiment. Ce qui est libérateur dans cette approche, c’est qu’elle n’exige pas la perfection. Elle n’exige pas même la constance absolue. Elle demande juste une intention. Ce désir modeste d’être, demain, un tout petit peu plus attentif, un tout petit peu plus généreux, un tout petit peu plus honnête qu’aujourd’hui. Il y a une question que j’aime beaucoup, parce qu’elle déplace tout : « Est-ce que je suis quelqu’un que j’aimerais rencontrer ? » Pas quelqu’un d’irréprochable, mais quelqu’un d’intéressant, d’aimant, de fiable. Cette question n’est pas un jugement. C’est une boussole. Elle recentre le progrès là où il compte vraiment : non pas dans la performance qu’on donne à voir, mais dans la qualité de présence qu’on offre aux autres au quotidien. Je vous souhaite d’avoir envie de vous rencontrer »