01/02/2019
[ON DIRAIT UN HOMME]
Argumentaire intéressant pour répondre à ceux qui jugent certaines femmes "trop" musclées....
(D'ailleurs, quand je met sur Google "femme musclée", on me suggère directement de rajouter le mot "trop").
.. Et une belle remise en question de notre perception du corps et de la féminité!
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La société s’est toujours arrogé le droit de dire ce que devait être le corps des femmes et il y a une évidence: la société aime les femmes fragiles. Frêles. Vulnérables. Et qui ne s’en plaignent pas. Des femmes fragiles qui au contraire s’épanouissent en trouvant la protection d’un corps viril. Une femme qui peut gagner au bras de fer contre un homme perd aussitôt son diplôme de femme. Elle est une anomalie, elle est anti-naturelle (souvenez-vous, si on découvre qu’elle produit trop de testostérone, on lui conseille de prendre un traitement artificiel pour devenir ce qu’on croit naturel).
Quand on y pense, c’est marrant cette idée d’un corps naturel atemporel. Comme si le corps était une entité hors de tout contexte. Comme s’il ne s’adaptait pas au milieu. Comme s’il n’était pas le résultat d’un milliard d’interactions différentes: les traits évolutifs qui ont été conservés, l’alimentation, l’environnement général qui joue sur le développement de nos corps présents et sur l’héritage du corps de nos ancêtres. En novembre dernier paraissait une étude d’une équipe d’anthropologues de Cambridge qui avait comparé les squelettes de femmes vivant au Néolithique, il y a environ 7.000 ans, à ceux de championnes actuelles d’aviron (qui rament en moyenne 120 kilomètres par semaine). Il en est ressorti que les femmes du Néolithique avaient des bras bien plus musclés que ceux des athlètes contemporaines. Mais dites donc, est-ce que ça voudrait dire que notre idée du corps féminin naturel serait… construite?
On se coltine donc dans la tête l’idée qu’une femme naturelle c’est un corps plutôt fragile et gracieux, en opposition avec un corps masculin fort. Les corps d’hommes et de femmes doivent être les plus différents possibles, sinon l’univers s’effondrera sur lui-même. Tant que les femmes faisaient du sport juste pour perdre du poids, tout allait bien, l’ordre des choses n’était pas bouleversé.
Mais on prenait toujours soin de nous prévenir: faire du sport, oui, devenir musclée, non. Dans ce texte de Public sur ces stars féminines trop musclées, la journaliste écrit quand même: «Problème, une femme trop musclée, ce n'est pas esthétique, loin de là! Madonna, Fergie, Cameron Diaz, Gwen Stefani, Sarah Jessica Parker, Pink, Elle McPherson, Hilary Swank ou encore Geri Halliwell pour ne citer qu'elles ont eu la malchance de vivre cela...» La malchance… Je pense que toutes les femmes qui ont commencé un jour à faire une activité sportive quelconque ont entendu la même mise en garde: «Fais gaffe, faudrait pas non plus que tu prennes trop de muscles».
C’était vraiment présenté comme un inconvénient. «Le sport c’est bien mais il y a ce gros inconvénient, si tu n’as pas de chance, tu risques de te muscler.» Même quand je faisais de la gym suédoise on me l’a dit. Et la plupart du temps, j’ai hoché la tête d’un air entendu. Limite si j’ai pas dit «Oui, je vais faire attention à ne pas être trop musclée». (Ah ah ah…) Quand on y pense, c’est totalement fou. Non seulement faire du sport c’est relou, mais en plus il faut doser pour que ça ne se voit pas trop. Ce qui me conforte dans l’idée qu’il n’y a jamais un moment, un sujet sur lequel on ne nous fait pas c***r.
Alors, quand je vois ces femmes qui exhibent leurs muscles, ça me plaît. Évidemment, on peut juger qu’il s’agit d’un nouveau diktat de l’apparence physique. Et il y aurait beaucoup à dire sur la discipline que ça demande et l’idéal actuel d’une forme de pureté du corps incluant l’alimentation et les émotions. Mais ce qui est remarquable, c’est que ce diktat inverse les normes de genre habituelles. Autour de moi, les femmes qui ont commencé à faire du sport n’ont pas été motivées par le désir d’avoir une carrure d’athlète. Elles ont trouvé une pratique sportive qui leur faisait du bien. Au fur et à mesure, elles ont vu leur corps se transformer et finalement, elles ne trouvent pas ça désagréable de se sentir une certaine puissance physique.
Ça peut aussi être ça, l'empowerment.
Titiou Lecoq