13/05/2026
Cette semaine, à Kinshasa, un pasteur très connu a tenu des propos qui, jusqu’à ce jour, continuent d’enflammer les réseaux sociaux, les débats publics et les spéculations. Tout le monde en parle.
Lors d’une prise de parole, il aurait qualifié certains de ses confrères — des hommes de Dieu qui se réunissent régulièrement — de « camp de lépreux ». Une expression forte, choquante pour beaucoup, qui a immédiatement suscité indignation et réactions.
Par la suite, interrogé sur une radio de la place, le pasteur a tenté d’expliquer sa pensée. Selon lui, ces rencontres entre leaders religieux devraient être motivées par l’intérêt du peuple et non par le soutien d’un individu ou d’un pouvoir politique. Mais le mal était déjà fait.
Ses propos lui ont valu une vague de critiques, de rejet et même d’hostilité venant de plusieurs membres de sa propre communauté religieuse. Depuis, il est attaqué, insulté, menacé et publiquement discrédité sur les réseaux sociaux.
À cette suite d’événements Un concept devenu très répandu dans notre société moderne surgit : la cancel culture, ou en français, la culture de l’annulation.
La cancel culture désigne le phénomène par lequel une communauté, un groupe ou une opinion dominante décide de retirer son soutien à une personne jugée offensante, problématique ou en contradiction avec certaines valeurs ou idéologies. Avec l’essor des réseaux sociaux, ce phénomène a pris une ampleur considérable. Aujourd’hui, chacun peut s’exprimer publiquement, mais chacun peut aussi devenir la cible d’un tribunal populaire numérique.
Dès qu’une personne tient des propos qui vont à l’encontre d’une pensée dominante ou d’un courant populaire, elle peut être immédiatement « annulée » : insultes, campagnes de dénigrement, intimidations, menaces, boycott, voire destruction de sa réputation.
Cependant, la cancel culture reste un sujet complexe.
Pour certains experts en communication, elle peut avoir une utilité sociale : elle pousse certaines personnalités à répondre de leurs actes et à prendre conscience de leur responsabilité publique. Elle peut servir de mécanisme de pression sociale face à des comportements jugés inacceptables.
Mais pour d’autres, elle devient une arme dangereuse. Une arme qui étouffe la liberté d’expression, empêche le débat contradictoire et transforme les désaccords en lynchage collectif. Là où la critique constructive cherche à corriger, la cancel culture cherche parfois à détruire.
Dans un débat sain, on échange des idées. On critique avec arguments. On écoute. On répond.
Mais dans la cancel culture, souvent, personne n’écoute plus. Celui qui pense différemment est immédiatement catalogué comme ennemi. Ses paroles sont sorties de leur contexte, amplifiées ou déformées. S’ensuivent alors des campagnes de désinformation, de dénigrement et parfois même des menaces.
C’est pourquoi il devient important, dans nos sociétés modernes, d’apprendre à distinguer la critique constructive du lynchage collectif.
Nous devons préserver le droit au débat, à la contradiction et à la nuance.
Critiquons avec responsabilité. Corrigeons avec intelligence. Mais bannissons la culture de l’annulation lorsqu’elle devient un outil d’intimidation et de destruction sociale.
Doris’alobi