08/06/2025
Par Mathieu Côté
Sur les terrains du baseball de Varennes, là où la passion bouillonne plus fort que dans les gradins du Yankee Stadium, un combat invisible se livre chaque soir.
Ce n’est pas celui des frappeurs contre les lanceurs. Ni même celui des entraîneurs contre le chrono.
C’est celui de l’ordre contre le chaos.
Et en première ligne de ce combat se dressent les arbitres et les marqueurs.
Ils ne jouent pas.
Mais sans eux, rien ne peut être joué.
Ces derniers semaines, les matchs se sont enflammés.
Au marbre, Jimmy Beaulieu fonçait vers la victoire, prêt à faire basculer le match des Pirates contre les Diamondbacks, alors que l’ambiance devenait électrique.
Quelques instants plus t**d, Nicolas Dupont s’élançait dans un élan désespéré, manquait son coup, lançait son bâton dans un moment de frustration — et se voyait expulser dans la foulée. Une décision immédiate, incontestable. Un rappel brutal que les émotions ont des règles.
Et qui était là, au cœur de cette tempête?
L’arbitre.
Seul. Debout.
Avec le regard de deux bancs d’équipes, de dizaines de parents, d’un stade entier sur ses épaules.
Et il a tenu bon. Parce que son rôle, ce n’est pas d’être aimé. C’est de protéger l’intégrité du jeu.
On l’a vu aussi lors du fameux match entre les Red Sox et les Diamondbacks.
Un vol de but décisif de Maude Lanctôt provoque un tollé dans le camp adverse. Est-elle safe? Est-elle out? Le banc gronde. Les parents s’indignent. Les entraîneurs hésitent à sortir.
Mais l’arbitre, lui, ne tremble pas. Il a vu. Il sait. Il tranche.
Des joueurs ont tracés des lignes pour protester contre la zone de prise de l’arbitre. Réponse instantanée.
Des joueurs ont manqués de respect, réponse instantanée.
Le chaos frôle le terrain, souvent. Mais ne l’envahit jamais.
Pendant que la poussière retombe, que les spectateurs se demandent encore si le call était bon, une autre figure, immobile, stoïque, écrit.
Le marqueur.
Le seul témoin impartial du tumulte.
Le seul capable de transformer la fureur d’un moment en ligne claire, nette, propre dans le livre du match.
Ce sont eux qui notent que Jean-Michel Proulx a sacrifié un point pour égaliser.
Que Tristan Blais a été atteint par un lancer et a donné l’avance aux Red Sox.
Que Dominic Page a lancé deux manches parfaites sans permettre de point.
Que Noémie Lanctôt a obtenu deux buts sur balles cruciaux.
Ils notent tout, sans émotion, mais avec une précision chirurgicale.
Et grâce à eux, chaque match entre dans l’histoire — pas seulement dans nos souvenirs biaisés, mais dans les archives éternelles du baseball.
Alors oui, il y a eu des frictions.
Des cris au marbre.
Des bâtons lancés.
Des regards furieux.
Des décisions contestées, discutées, parfois même remises en doute.
Mais jamais, jamais, on n’a vu un arbitre faillir à sa tâche.
Jamais un marqueur baisser les bras.
Parce qu’ils savent que leur rôle va au-delà du moment.
Ils sont les piliers invisibles d’un sport qui, sans eux, s’effondrerait dans la confusion.
Le respect qu’on leur doit ne se limite pas à une poignée de main à la fin du match.
C’est un respect quotidien, fondamental, non négociable.
C’est reconnaître que, sans eux, le vol de but de Maude n’existe pas.
Que le retrait de Dupont est juste un geste oublié.
Que la victoire ou la défaite ne sont plus que des souvenirs flous.
Ils n’ont pas de gants.
Ils ne frappent pas.
Ils ne courent pas.
Mais ils sont là, chaque soir, à écrire, à juger, à maintenir vivant le plus beau jeu du monde.
Ce sont nos arbitres. Nos marqueurs. Nos légendes silencieuses.
Et si nous avons une seule mission, en tant que joueurs, entraîneurs, parents, spectateurs, c’est de ne jamais oublier le respect sacré qu’on leur doit.
Car sans eux, tout ça ne serait que désordre.
Avec eux, nous pouvons pratiquer le plus beau sport du monde, le baseball.