05/19/2026
Article sur Mélodie Collard, une ancienne de Tennis Outaouais Performance - OSBL
'La réalité du tennis professionnel pousse une espoir québécoise à la retraite'!!
C'est la fin de la très belle carrière de Mélodie Collard, 22 ans, qui aura marqué l'histoire du tennis en Outaouais.
L’heure de la retraite a sonné pour la jeune Québécoise Mélodie Collard. Ce n’est pas en raison d’un manque de talent qu’elle décide d’accrocher sa raquette, mais plutôt en raison de la réalité extrêmement difficile du tennis professionnel.
Sa carrière s’est terminée, samedi dernier, alors que son équipe, les Cavaliers de l’Université de la Virginie, a été éliminée de la course au titre national. Même si sa décision était prise depuis quelques semaines, elle ne réalise pas encore que c’est la fin d’un immense chapitre de sa vie.
«C’est encore trop frais. J’ai de la difficulté à croire que c’est la fin, a-t-elle raconté au Droit, moins de 24 heures après son tout dernier match. Je me présentais à chacun de mes matchs en me disant que ça allait possiblement être le dernier. J’essayais de profiter de chaque moment et de l’adrénaline intense qu’apporte un match de tennis. Ce fut une dernière saison incroyable. Certainement celle que j’ai eu le plus de plaisir.»
Ce n’est certainement pas le manque de talent qui a poussé Collard vers la retraite. La Gatinoise a connu une brillante carrière junior en participant à plusieurs tournois majeurs, dont certains du grand-chelem. Plus récemment, en 2024, elle été sacrée championne nationale en double féminin de la première division de la National Collegiate Athletic Association (NCAA).
Ce titre lui a permis de devenir la première Canadienne, tous sexes confondus, à remporter un titre national depuis le triomphe de Cleeve Harper en double masculin, en 2022, et la première femme depuis Ayan Broomfield, en 2019, en double féminin. Bref, vous voyez le portrait.
Impossible de gagner sa vie
Le plus important facteur qui a influé sa décision fut certainement le volet financier. Il est pratiquement impossible de gagner sa vie avec le tennis à l’extérieur du top 100 mondial. La compétition est très féroce pour y arriver. Des milliers de joueuses rêvent d’obtenir l’une des 100 premières places au classement mondial. Sans un soutien financier important, c’est une mission perdue d’avance ou presque.
«Le côté financier met tellement de pression sur les joueuses, a-t-elle expliqué. Cette pression rend toutes les autres choses de la vie extrêmement difficiles. J’ai vu de mes propres yeux des filles perdre la joie et le plaisir de jouer au tennis. Leur vie dépend de chaque point, alors c’est normal. Je ne veux pas vivre ça. Je ne veux pas détester le tennis. Je veux encore aimer mon sport dans 20 ans et transmettre ma passion.»
La passion de Mélodie Collard est encore bien présente. Sans un soutien financier majeur, elle ne peut tout simplement pas se permettre d'effectuer le saut vers les rangs professionnels.
La passion de Mélodie Collard est encore bien présente. Sans un soutien financier majeur, elle ne peut tout simplement pas se permettre d'effectuer le saut vers les rangs professionnels. (Sumner Solomon/Cavaliers de l’Université de la Virginie)
Durant son parcours universitaire, Collard a joué aux côtés de l’Américaine Emma Navarro, 35e raquette mondiale. Cette dernière a même atteint le huitième échelon en 2024. Malgré ce succès, les choses ne sont pas toujours roses.
«Ça peut sembler très glamour la vie de joueuse professionnelle, mais tu es souvent très seule. C’est beaucoup plus difficile que les gens peuvent le croire. Tu vis souvent ton succès seul.»
Une identité au-delà du sport
Avant de s’engager avec les Cavaliers de l’Université de la Virginie, la prometteuse québécoise aurait pu faire le saut directement chez les pros. Pour de multiples raisons, elle a finalement pris la direction des universités américaines.
«Je ne regrette absolument rien, a-t-elle admise. Ma vie aurait été complètement différente si j’avais décidé de passer directement chez les pros. Je ne le saurai jamais, mais j’ai adoré mon passage en Virginie. J’ai obtenu de très bons résultats et j’ai eu la chance de remporter le championnat national de double en 2024. Ce qui me rend le plus fière demeure toutefois le cheminement personnel que j’ai eu. J’en ai appris énormément sur moi-même en jouant au tennis en équipe avec un objectif plus grand que soi-même. Je ressors grandi de cette étape de ma vie.»
De son propre aveu, elle a vécu des moments troubles dans les mois précédents son engagement en première division de la NCAA. Cette décision aura véritablement changé sa vision de la vie.
«Il y a un moment de ma carrière que je me suis perdu un peu. Tout était tellement axé sur les résultats. Je ne savais plus vraiment qui j’étais sans le tennis. Ma vie tournait uniquement autour du tennis. Venir à l’université m’a ouvert les yeux sur de nouveaux horizons et ça m’a refait tomber en amour avec le sport que j’aimais tant.»
La Gatinoise termine sa carrière universitaire de quatre ans avec un dossier en simple de 98 victoires et 47 revers. En double, elle revendique un impressionnant total de 129 gains et seulement 49 défaites.
La Gatinoise termine sa carrière universitaire de quatre ans avec un dossier en simple de 98 victoires et 47 revers. En double, elle revendique un impressionnant total de 129 gains et seulement 49 défaites. (Cavaliers de l’Université de la Virginie)
Évidemment que le deuil ne sera pas évident à vivre. Après tout, elle a passé la quasi-totalité de sa vie avec une raquette de tennis dans les mains. L’athlète de 22 ans ne s’est cependant jamais sentie autant outillée que maintenant à tourner la dernière page de son livre.
«Ce ne sera certainement pas une transition facile. Je suis tellement accro à l’adrénaline. Je carbure à la compétition et j’aimerais vraiment demeurer impliqué dans le monde du sport. Je me sens tout de même mieux préparée personnellement. Au cours des dernières années, je me suis forgée une identité à l’extérieur du tennis.»
Fabriquée à Gatineau
Le parcours de Mélodie Collard dans le monde du tennis a été façonné dans la région de l’Outaouais. Malgré une offre de la part du Centre national de Tennis Canada, c’est sous les ordres de Mathieu Toupin de chez Tennis Performance Outaouais qu’elle s’est établie comme l’une des meilleures joueuses juniors de la planète.
«Je suis extrêmement fière de ce que j’ai accompli et d’avoir représenté la région de l’Outaouais. Je ne pourrai jamais dire assez merci aux gens qui m’ont supporté tout au long de mon parcours. Mes parents ont toujours été avec moi dans cette aventure-là. J’ai passé 12 ans avec mon entraîneur Mathieu Toupin avant de quitter la région. Je suis tellement heureuse et reconnaissante de tout ce que le tennis m’a apporté dans ma vie.»
Mélodie Collard a collaboré avec son entraîneur Mathieu Toupin de ses premiers coups de raquette jusqu'à son départ vers les Cavaliers de l’Université de la Virginie.
Mélodie Collard a collaboré avec son entraîneur Mathieu Toupin de ses premiers coups de raquette jusqu'à son départ vers les Cavaliers de l’Université de la Virginie. (Archives Le Droit)
Elle est devenue un véritable modèle et une source d’inspiration pour une génération complète de joueur ainsi que de joueuse de tennis de la région. Collard a défriché le chemin vers les meilleurs programmes universitaires américains à certains athlètes, comme la Gatinoise Neda Rahimkhani,, qui évolue actuellement avec les Bears de l’Université Baylor.
«J’espère que j’ai pu inspirer d’autres gens de la région de l’Outaouais. J’ai démontré qu’il est possible de se rendre loin dans le monde du tennis, même si tu viens de Gatineau», a-t-elle conclu.
Par Zakary Mercier, Le Droit
13 mai 2026