11/01/2021
La sentence est tombée, inéluctable comme celle de Koh-Lanta, la faute à une absence d’immunité collective perdue comme un totem, ou un vaccin salvateur qu’on tarde à inoculer dans nos veines. Sauf qu’à la fin il n’en restera pas qu’un, mais des milliers, prêts à revivre l’aventure. Qu’importe la saison.
On pourrait pleurer toutes les larmes de notre corps, se rassurer à coup de « y a pire », avoir une pensée émue autant pour les super-héros qui tous les jours sont au front à la limite du burnout que pour ses gamins qui ne comprennent pas tout ce qui se passe et qui s’impatientent de rejouer comme avant afin de profiter de leurs plus belles années qui fanent trop vite…aux enfants placés qui devinent derrière les masques de leurs personnes référentes le sourire dont ils ont besoin, aux grands qui trouvent que la vie manque de charme sans tous les copains et dont les instants deviennent souvenirs et se mutent plus vite qu’un foutu virus hors de contrôle… On peut aussi avoir une pensée émue pour cette envie brûlante de refaire la fête comme avant, un désir furieux sans cesse glacé par un couvre-feu, une culture et un secteur horeca menacé d’extinction. Bien sûr qu’il y a pire, dans l’histoire, dans les faits, chez les autres, y a pire. Le plus à plaindre n’est jamais celui qu’on découvre le matin dans son miroir. Mais ce n’est pas parce qu’il y a pire, que le meilleur n’est pas à venir. Braquons notre regard sur le positif : la P4 va peut-être connaitre un an sans défaite et notre coupe de la province ne quittera pas notre armoire à Trophées pleine de poussière. Le cadenas accroché à notre temple finira par sauter… Quoi qu’il arrive, même sans notre lieu de culte, on garde la (ou le) foie à défaut de l’imbiber de bière. L’équipe qui aura le culot de nous affronter en guise d’inauguration de la nouvelle saison prendra cher comme une femme de détenu un premier jour de sortie. Sachez-le.
J’aimerais être naïf et puiser dans ce puits d’informations contradictoires qu’on empoisonne à longueur de journée une information stipulant qu’on endigue un virus en buvant des boissons houblonnées, trouver en ce qu’on faisait avec passion le remède miracle, parce qu’en fait, on a peut-être la solution et que demain sera meilleur. Mais je laisse le soin aux complotistes de confectionner dans leur garage une fusée pour vérifier que la terre est plate et que, bien sûr il y a de l’eau sur Mars et que là-bas on peut se balader dans les Fagnes aussi facilement qu’au sein du Capitole à Washington. Je n’ignore pas que l’annulation du Laetare a sans doute poussé certains hommes qui aiment se déguiser en bison à prendre le pouvoir. Qu’importe….
Refloteront un jour dans les vestiaires les odeurs nauséabondes de chaussettes sales, de flexum gel et de transpiration, recoulera à flot infini la bière, s’entonneront plus en chœur nos chants fédérateurs, reperdront les équipes qui auront la mal-chance de nous affronter avec cette abstinence forcée qui déclenche l’envie de tout défoncer sur un terrain. Radieux sera le jour où on ressortira de nos placards où on les a remisées trop longtemps nos vareuses rose et noir. Parce qu’il est temps de retrouver des couleurs. Surtout les nôtres.
Il parait qu’en nous privant de beaucoup de choses, on finit par se rendre compte de ce qui est vraiment essentiel. Ce qui est essentiel est devenu souvenir et rarement un souvenir fût aussi vivace. Quand quelque chose nous manque, une fois revenu, on fini par le chérir comme un bien plus précieux encore que tout ce qu’on possède. Bref, ce soir-là, ce sera l’orgie. Il parait qu’après la peste, on organisait des vraies soirée bunga bunga, le comité des fêtes du RBCS se penche sur la question. Nous serons à la hauteur de l’évènement, comme toujours.
On se retrouvera un jour, tous ensemble. Les masques tomberont, les nuages gris laisseront place à un horizon moins saturé de pollution. Parce que les beaux jours sont comme ces joueurs qui partent voir si l’ambiance est mieux dans un autre club, ou ces nombreux fidèles qui nous manquent… Ils finissent toujours par revenir.
Au nom du Hall du Paire, du fils, et du Sacro-saint samedi,
Amen.